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    Rose et noir, la nouvelle comédie désolante de gérard Jugnot

    19 octobre 2009
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    Le décor est posé, le ton aussi : burlesque, ce sera. Inventions, complots, quiproquos… Le tout dans un mauvais goût qui ruine tout ce que ce film aurait pu avoir d’intéressant, en puissance. Des gags, au choix, vulgaires, prévisibles, lourds, puérils, ou tout simplement pas drôles. Car si celui des problèmes intestinaux au mauvais moment a connu son heure de gloire dans La cité de la peur, il n’est plus vraiment d’actualité.

    On a du mal à cerner un quelconque intérêt dans ce film aux subtilités très limitées. On en ressort en sachant que la religion ne fait pas le moine, et que les homosexuels ne sont pas des hérétiques … On en ressort comme on y était entré, en somme. Avec peut-être un mal de tête dû au trop plein de rose bonbon qui tapisse le film, avec on ne sait quel symbole derrière ayant trait à la richesse de la diversité face à la triste opacité des intolérants…

    Car il s’agit d’abord d’un film plein de bons sentiments, dans lequel on devine une vive intention de faire passer un message malheureusement dénué d’une quelconque profondeur.
    On va jusqu’à nous assener des phrases ô combien vides telles que « Qu’on admette que chacun puisse penser librement ! ». Le voilà, le vrai gag, le vrai moment du film où l’on a envie de rire. Non que la tolérance soit communément admise et respectée, bien sûr. Mais l’une des composantes de l’art, à savoir l’innovation, a bel et bien l’air de s’être perdue en route dans cette épopée chaotique.

    Et le fait d’intégrer des tantouzes au XVIe siècle ne nous amènera pas à penser qu’il existe dans ce film un soupçon d’originalité. D’autant plus que, niveau ouverture à la cause homosexuelle, on aurait espéré une meilleure représentation : Les homosexuels sont des grandes folles, les juifs des voleurs, quant aux arabes, on ne sait pas trop. Et c’est censé être drôle.

    On décèle donc dans ce film un très mauvais usage du contraste, du comique de situation. Des idées effleurées mais non abouties. Inciter à la tolérance religieuse, soit. Vouloir relancer un débat qui pourtant se fait vieux, très bien. Il était déjà périlleux d’exploiter une comédie engagée en utilisant les clichés racistes les plus bas. Mais la technique, ici, est de réutiliser ces stéréotypes à la retraite, pour argumenter sur un débat centenaire (sans rien y apporter de nouveau) et, de surcroit, de situer l’histoire au XVIe siècle. L’ancienneté des clichés utilisés atténue donc quelque peu la force du procédé selon lequel on utilise une période révolue pour situer des problèmes de société contemporains : toutes les composantes de ce film sont, en fait, révolues. Tout a déjà été fait. En mieux, voire beaucoup mieux.

    Rose et Noir se présente donc comme un flux incontrôlé de bons sentiments mêlé aux clichés les plus insultants.

     

    Sophie Thirion.

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