La vie est un songe – Théâtre 13
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La Vie est un songe, créée vers 1633, est une comédie en trois actes de Pedro Calderón de la Barca. Si la plus célèbre pièce du dramaturge espagnol se lit comme un voyage onirique sans fin, elle n’en fourmille pas moins de questions existentielles et philosophiques sur la condition humaine et la quête identitaire des hommes.
La pièce démarre, sombre et oppressante, malgré les bouffonneries d’un Clairon, personnage tragi-comique, révélateur de nos contradictions intimes…
A l’ère des nouvelles technologies, la vidéo, la musique rock – assourdissante lors des changements de décor – et ce constant flottement entre rêve éveillé et réalité, rendent terriblement actuelles les souffrances du jeune Sigismond, prince déchu avant même d’exister.
« Toute la vie n’est qu’un songe »
Cependant, à trop vouloir surligner, la mise en scène souffre de quelques maladresses. L’utilisation de la vidéo est bienvenue lorsqu’elle dénonce l’effet Big Brother et l’attitude éminemment pathétique du roi Basyle, observant les faits et gestes de son fils – animal de laboratoire. Mais lorsque l’outil se transforme en écran du souvenir, on hurle à la mauvaise série B. Quant à la gestuelle appuyée des personnages qui accompagne la musique pour témoigner de l’effondrement du royaume, elle participe de la même fausse note. Pour autant, ce « pêcher d’esthétisation » ne saurait desservir une mise en scène tonique et intelligente servit par d’excellents acteurs. William Mesguish campe un Sigismond magnifique. Être fragile, ô combien humain, que les remords d’un père jettent dans le monde cruel des hommes pour mieux l’en soustraire ensuite « comme dans un rêve ». Malheureux pantin désarticulé qui s’interroge :
Qu’est-ce que la vie ? Une fureur.
Qu’est donc la vie ? Une illusion,
Une ombre, une fiction ;
Le plus grand bien est peu de chose,
Car toute la vie n’est qu’un songe,
Et les songes mêmes ne sont que des songes.
A l’heure du repliement sur soi, des fanatismes délirants, du questionnement identitaire dans un monde globalisé, où l’amour et l’intelligence de l’homme se mesurent à l’aune de sa puissance économique, revisiter la pièce de Calderón est, sinon salvateur, du moins révélateur de nos dérives existentielles.
Karine Marquet
La vie est un songe
De Pedro Calderon
Mise en scène William Mesguich
Avec Alain Carbonnel, Sophie Carrier, Matthieu Cruciani, Sébastien Desjours, Zbigniew Horoks, William Mesguich, Rebecca Stella.
Du 5 janvier au 14 février 2010
Le mardi, mercredi, vendredi à 20h30, le jeudi et samedi à 19h30, le dimanche à 15h30
Réservations : 01 45 88 62 22 (du lundi au samedi de 14h à 18h30, le dimanche de 13h30 à 14h30)
Tarifs : 22 euros ; tarif réduit 15 euros (le 13 de chaque mois, tarif uniqueà 13 euros)
Théâtre 13
103A boulevard Auguste Blanqui
75013 Paris
Métro Glacière (ligne 13)
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