Ode maritime – Théâtre de la Ville
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Le volume de la salle du théâtre parisien contraste avec une organisation scénique minimale. Seul face aux spectateurs, Jean-Quentin Châtelain prend place au bout d’une passerelle métallisée et affronte directement les regards. Les lumières bleuies, les jeux subtils d’éclairage et le vide qui l’entourent sont d’une extrême sobriété. La profondeur et la pureté de l’espace, comme celui des étendues de mers qui ont tant inspiré le poète portugais, semblent propices à l’écoute et à la méditation. L’introspection à laquelle se livrait l’écrivain dans son recueil a le pouvoir d’entraîner le lecteur dans les méandres de l’âme du poète, mais Claude Régy provoque une sensation de grand vide dont on ne sort pas. Le regard n’accroche qu’un bref instant et les mots ne parviennent pas jusqu’à nous. La langue mélancolique et brute de Pessoa aurait pu éviter au public de sombrer si la voix de Jean-Quentin Châtelain n’accaparait pas toute l’attention.
A défaut d’hypnotiser l’assistance par ce tableau de la solitude, la théâtralisation à l’extrême fait perdre son sens aux mots. La voix, la diction et l’articulation du comédien sont travaillées à outrance, et comme un instrument de musique qui masquerait à lui seul tout l’orchestre, les effets sonores agressent l’oreille et masquent la musicalité du texte. La langue de Pessoa devient maniérée, artificielle et agace. Ces incongruités vocales difficilement définissables font alterner modulations, lenteurs et cris stridents et suscitent une gêne palpable dans les gradins du théâtre de la Ville. La performance individuelle et technique est certaine, mais une telle torsion de la parole irrite l’oreille et prête parfois à sourire. La désillusion et le mal-être de Pessoa n’en demandaient pas tant. Si Claude Régy a perçu à juste titre chez l’auteur d’Ode Maritime « […] le développement des monstres qui jaillissent des secrets de son être », il a, on le regrette, pris le parti de transposer à trop gros traits la monstruosité de ces tourments. La poésie de Pessoa n’avait semble-t-il pas besoin de tout cela pour atteindre l’entendement.
Se pose à l’issue de ce spectacle, il faut bien l’avouer hors du commun, la question de la mise en scène de la poésie. La solitude du poète nécessite-t-elle de passer deux heures interminables d’une même solitude ? Certains y ont vu une retranscription magnifiée et profonde de la pensée de Pessoa, d’autres une prise en otage du texte sous couvert de représentation, mais une chose est sûre, ici la parole du poète est plus confisquée qu’offerte.
Cassandre Bournat.
Ode maritime
De Fernando Pessoa, texte français Dominique Touati, Editions de La Différence
Mise en scène : Claude Régy
Scénographie, costume : Sallahdyn Khafir
Avec : Jean-Quentin Châtelain
Réservations du lundi au samedi de 11h à 19h : 01 42 74 22 77
Tarifs : première catégorie 23€
Deuxième catégorie 17€
Tarif jeune (moins de 30 ans) 12€
Jusqu’au 20 mars du lundi au samedi à 20h30
Théâtre de la Ville
2, Place du Châtelet
75004 Paris
Métro ligne 1, 4, 7, 11, 14 (Châtelet), bus 21, 38, 47, 58, 67, 69, 70, 72, 74, 75, 76, 81, 85, 96
www.theatredelaville-paris.com
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