David Wampach
David n’est pas bavard. Il répond sans ambages, sans détours, avec une efficacité quasiment scientifique. Lors de mes questions, il réfléchit, puis répond avec son regard sombre et animal planté dans le mien. Regard sans peur, de déplaire, d’être incompris, de passer pour ce qu’il n’est pas.
Qui est-il ? Précisément, je ne le sais toujours pas. Il a tant l’art de poser des questions dans son travail et de n’avancer nulle certitude arrogante ou oiseuse que je m’y perds. Il n’écrit jamais de vague « avant-propos, programme, note d’intention » comme le font nombre de ses confrères que sa potentielle prose n’éclaircira pas ce broussailleux chemin qui ne mène nulle part dont parle Heidegger à propos de l’art.
La première intuition est toujours la bonne : le jour où je l’ai rencontré, j’ai su que j’étais perdue. Entre deux eaux. Impuissante à déceler à qui j’avais à faire. C’était l’été, un mois de juin moins chaud qu’il aurait pu l’être, mais j’ai du faire tomber ma veste dans la salle où il se produisait au festival d’Uzès. Acculée à un fou rire nerveux que je ne pensais plus pouvoir contracter de ma vie. Une expérience quasi orgasmique que de voir la projection de mon double (à l’époque, j’étais blonde) en proie aux névroses les plus absurdes, dans AUTO, où David, travesti, maquillé, outrancier, hystérique, paranoïaque, se déhanche lascivement sur les sonorités haletantes du piano d’Aurélien Richard, avant que la pièce ne bascule dans une épopée filmée au bout de l’étrangeté d’être une femme.
Quelques minutes après, on nous présente. Il me tend une coupe de champagne, hilare, en me précisant qu’il est heureux que je m’appelle Bérengère car c’est le nom d’un amour de jeunesse. Plus tard dans la soirée, on nous présente à nouveau, et ça tombe bien car je ne le reconnais pas : démaquillé, sans sa perruque blonde, ses cheveux courts coiffés en garçonnet, sa silhouette fine moulée dans un jeans. Au trouble, fait place la proximité. Qui, réciproque, ne nous a jamais fait faute, malgré les aléas de mon métier et surtout les va-et-vient géographiques du sien. Quand nous nous retrouvons, c’est cette énergie comique qui nous retombe dessus, à chaque fois. Ce sens du dérisoire, de l’absurde, qui le pousse à l’économie de paroles pour exprimer plus avant ce qu’il ressent, en peu de mots, mais choisis et efficaces. Il a l’art des « tubes », des slogans, des phrases qui claquent. David n’est pas bavard.
Bérengère Alfort
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– Entretien avec David Wampach
[Visuel : portrait de David Wampach]
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