Les petites fêlures – Les Déchargeurs
Au départ il y a Les petites Fêlures, un texte écrit en 1995 par Claude Bourgeyx et créé au théâtre en 1996 par Claude Piéplu, prêtant sa voix shadockienne à la puissance du texte. En 2004, Yann Mercanton s’empare du recueil Dernières Fêlures, une suite chronologique de 40 « Petites Fêlures », et en extrait 16 nouvelles pour notre plus grand bonheur.
Il faut aller voir Les petites fêlures. Si si. Pourquoi ? Parce qu’on y trouvera tout ce qui fait que le théâtre n’est pas le cinéma, ni la BD, ni quoi que ce soit. On y trouvera ce qui fait le théâtre. Un homme seul, mais plein de ressources, qui joue avec le décor et les accessoires, qui en extrait toutes les possibilités. Une corde à linge délimite un espace, une étole en renard devient une cravate. Son uniforme militaire étrange, orné de Babybel aux épaules, est infiniment détourné, interprétable à l’infini. Son esprit enfantin (et le nôtre) fait d’un fauteuil de salon un moyen de locomotion.
« Le diable se cache dans les détails. »
Chaque détail compte dans la constitution du personnage, très conscient de sa propre valeur, jusqu’au ridicule. Dans cette éloge de la folie, cette apologie de la paranoïa, l’humour grinçant permet la mise à distance mais laisse une place au malaise. Les acolytes imaginaires de l’interprète sont hilarants, que ce soit la psychorigide madame Werner, ou l’absurde chauffeur Fernand. On y reconnaît tout de suite le style admirable et précis de Claude Bourgeyx, celui-là même qui dit : « Ce “je” c’est vous autant que moi, mais cela il ne faut pas l’ébruiter, car on nous prendrait pour des fous. »
Au milieu de ce capharnaüm fantasmé, Yann Mercanton se déploie comme un poisson. C’est un acteur qui connaît toutes les gammes de son corps et n’a pas peur de l’androgynie, de cet art de l’intervalle. Il ne craint pas de se mettre au service du texte, en tant que prolongement de son corps : corps et texte se nourrissant l’un de l’autre. Pendant une heure dix, Yann Mercanton voltige sur un tempo impressionnant : on sent qu’il a fallu lutter contre la richesse du texte, pour domestiquer sa redoutable anarchie intellectuelle, sa riche faconde.
Avec ce retour au théâtre de l’antique, on retrouvera donc, ce que nous avons laissé quelque part en chemin : la foi dans l’illusion, la proximité de l’acteur, l’évidence immédiate de la tragédie comique.
Les petites fêlures
Spectacle écrit et mis en scène par Yann Mercanton
D’après Les Petites fêlures de Claude Bourgeyx
Avec Yann Mercanton
Du 16 août au 29 octobre 2011
Du mardi au samedi à 20h15
Plein tarif : 22€ // réduit : 10 à 18€
Les Déchargeurs
3, rue des déchargeurs
75001 Paris
M° Châtelet ou Les Halles
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