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    Hippolyte et Aricie – Rameau – Opéra Garnier

    22 juin 2012
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    Hippolyte et Aricie - Rameau - Opéra Garnier

    Il y a en France trois façons de représenter scéniquement l’œuvre de Rameau : la Pellysienne, la Scozzienne et l’Alexanderienne. Comprenez par là trois visions radicalement différentes dont la première s’inscrit dans un absurde idéal (Laurent Pelly/Marc Minkowski), la seconde dans une contemporanéité politique qui pousse à la polémique (Laura Scozzi/Christophe Rousset) et la troisième dans un classicisme baroqueux majestueux et d’une sainte propreté (Ivan Alexandre/Emmanuelle Heim). C’est cette dernière proposition que l’Opéra de Paris a choisi de programmer avec Hippolyte et Aricie de Jean-Baptiste Rameau après sa création au Capitole de Toulouse en 2009.

    Il fut un temps où le renouveau baroque était le terme à la mode. Aujourd’hui, la tendance s’est retournée contre elle puisque l’on assiste davantage à un rabâchage baroqueux. Que l’on s’explique: depuis plusieurs décennies, la France est devenue le pays emblématique de la musique baroque avec nombres de créations d’Ensembles qui s’en sont fait leur spécialité.

    Depuis l’association entre William Christie et Jean-Marie Villégier (Atys de Lully en 1987) jusqu’à celle de Vincent Dumestre et Benjamin Lazar (Le Bourgeois gentilhomme de Molière / Lully en 2005), la France croule sous la redécouverte de la déclamation baroque et de sa représentation plastique. Avec Hippolyte et Aricie de Rameau présenté à l’Opéra Garnier en cette fin de saison, le déjà-vu s’impose donc forcément, mais un déjà-vu doté d’un plateau vocal harmonieux et d’une stature visuelle émérite.

    Cinématographiquement théâtral

    Capture_decran_2012-06-22_a_09.43.35Au sein de l’Opéra Garnier, le cinéma s’invite de nouveau à l’opéra. La symétrie des décors est le premier élément qui fait écho au cadrage cinématographique. Soudain reviennent en tête les scènes du Vatel de Roland Joffé et du Marie-Antoinette de Sofia Coppola. Ce n’est ainsi par pour rien si l’on retrouve aux décors Antoine Fontaine (imposante représentation des Enfers) et aux costumes Jean-Daniel Vuillermoz, deux habitués des plateaux de tournage. A la mise en scène, Ivan Alexandre use de la gestuelle baroque à bon escient sans trop en abuser, ce qui confère aux chanteurs une présence magique sous un grimage aux couleurs pastel qui va à ravir au Thésée de Stéphane Degout.

    2011/2012 aura décidément été la saison du baryton français. Entre Tannhäuser, Pélléas et Mélisande et maintenant Hippolyte et Aricie, Stéphane Degout aura prouvé tout l’étendue de son talent, usant d’une prononciation à la fois étendue, audible et grave. A ses côtés, Sarah Connoly démontre elle aussi tout son talent de tragédienne avec une Phèdre théâtrale dont la chevelure ferait presque penser à celle d’Anjelica Huston. L’amour de Jaël Azzaretti ressemble de son côté au Cherubin des Noces de Figaro pour sa désinvolture et son éclat (on reste sous le charme de son Rossignols amoureux, répondez à nos voix.)

    Sans rien réinventer, cette production permet toutefois à l’Opéra Garnier de briller de tout son or et de baigner dans un flot musical propre au premier opéra composé à cinquante ans par Rameau. On s’y ennuie ou l’on s’y réjouit, chacun son ressenti. Reste qu’il propose aux spectateurs étrangers (nombreux à l’Opéra de Paris) une vision hautement historique de l’inégalable patrimoine culturel français.

    Edouard Brane
    Twitter: Cinedouard

    Hippolyte et Aricie

    Direction musicale : Emmanuelle Haïm
    Mise en scène d’Ivan Alexandre

    Avec Sarah Connolly (Phèdre), Anne-Catherine Gillet (Aricie), Andrea Hill (Diane), Jaël Azzaretti (L’Amour / Une Prêtresse / Une Matelote), Salomé Haller (Oenone), Marc Mauillon (Tisiphone), Aurélia Legay (La Grande Prêtresse de Diane / Une Chasseresse / Une Prêtresse), Topi Lehtipuu (Hippolyte), Stéphane Degout (Thésée), François Lis (Pluton / Jupiter), Aimery Lefèvre (Arcas / Deuxième Parque), Manuel Nuñez Camelino (Un Suivant / Mercure) et Jérôme Varnier (Neptune / Troisième Parque)

    Orchestre et choeur du Concert d’Astrée

    Décors : Antoine Fontaine // Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz // Lumières : Hervé Gary // Chorégraphie : Natalie Van Parys

    Les 9, 13, 17, 19, 22, 24, 27 et 29 juin
    Les 1er, 4, 7 et 9 juillet

    Prix des places : 10€ // 25€ // 45€ // 70€ // 115€ et 180€
    Réservation en ligne

    Durée : 3h20 avec un entracte

    Opéra Garnier
    Place de l’Opéra
    75009 Paris
    M° Opéra

    www.operadeparis.fr
     

    [Crédit Photo n: Opéra national de Paris / Agathe Poupeney]

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