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    Mylène Farmer – Monkey Me

    17 janvier 2013
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    Mylène Farmer - Monkey Me

    Un album très moyen que rehausse le savoir-faire pourtant prévisible du Pygmalion Boutonnat. Loin des sulfureuses évocations qui perlaient dans les opus précédents de la chanteuse qui aujourd’hui se singe soi-même, « Monkey Me » résonne comme le disque de la frigidité. Ou de la ménopause ?

    Des calembours érotiques discrètement disséminés au fil des vers, presque dans les entrelignes comme se lovent les chaleurs inavouées dans les entrejambes ou les entrecuisses. Des références littéraires, cinématographiques rehaussant la déjà excellente facture poétique de textes ciselés, taillés dans le diamant dont on fait les disques lorsqu’ils atteignent le million d’exemplaires vendus. Androgynie (Sans contrefaçon), apologie de la sodomie (Pourvu qu’elles soient douces), suprématie féminine dans l’acte de chair (Méfie-toi), intellectualisation du désir sur métaphore christique (QI), éjaculation précoce (Pas de doute), hommage aux artifices vibrants (Sextonic), la carte du torride aura été parcourue en long et large et en profondeur par Mylène Farmer depuis  Libertine où elle avouait être une catin. 

    Habitués à ces libertinages sémantiques vraiment jouissifs, ceux qui prennent la peine d’écouter les textes de Mylène Farmer vont déchanter avec ce neuvième album, singerie farmérienne qui porte ô combien son titre. La simple auscultation du livret révèle déjà ce que les chansons confirment à l’écoute : la rouquine s’accorde de sacrées RTT. Réductions de travail textuel. Même si le noble alexandrin n’a jamais figuré dans ses couplets, force est de constater qu’ici, ce qu’on n’oserait même plus taxer de poétique se réduit à une accumulation de considérations fumeuses d’où n’émerge ni style ni émotion. Là où Barbara, en acquérant sa liberté au fil d’un apprentissage solide, fit exploser les carcans de la rhétorique pour parer au plus pressé, l’émotion brute (en témoignent les fougueux vers libres de Perlimpimpin ou du Soleil noir), Farmer force le hiératisme jusqu’au non-sens qu’elle remplit de vide vaporeux. 

    Fine mouche, elle a établi son fond de commerce sur cette propension à injecter du mystère à fortes doses dans tous ses (non) agissements jusqu’à anesthésier ses fans bêtas et béats d’admiration. L’exercice est rodé depuis des lustres : point trop en faire, en dire moins encore, sortir disque sur disque avec les délais suffisants pour mettre à rude épreuve la longanimité des aficionados, remplir les stades lors de concerts où la mise en scène masque la médiocrité vocale et les pleurnicheries tiennent lieu d’émotion. Jusque là tout allait bien pourtant, la surprise s’invitant toujours au moins à l’écoute des albums même si un certain appauvrissement textuel se fit sentir lors de l’avant-dernier opus, « Bleu noir ». La voix de plus en plus trainante inonde ici chaque titre jusqu’à la nausée, moyen pourtant efficace de maintenir la durée raisonnable d’une chanson, surtout lorsqu’aucune chance n’est accordée à l’originalité dans sa structure musicale.

    En effet, pour parer cette déliquescence de la geste farmérienne, le Pygmalion Boutonnat aura encore une fois déployé son efficacité légendaire, matraquant ses mélodies de sonorités toujours plus dance et électro. Ca va donc gigoter à Bercy à l’automne prochain à défaut de secouer les synapses. Si l’on excepte un ou deux titres, cette singerie d’album à l’abyssale vacuité textuelle a de quoi faire peur (Love Dance détient le pompon dans ce registre). Il semble bien qu’il en soit terminé de la libertine qui bousculait les consciences jusqu’à la censure et soulignait d’un rond de fesse ses extases impudiques. Sec mais plus sexe, le texte farmerien prend des allures de frigidité. Son neuvième album serait-il celui de la ménopause ?

    Franck Bortelle

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