Demain il fera jour – Théâtre de l’Œuvre
En juin 1944. Un appartement bourgeois à Paris. Un fils tente de se construire, entre des parents qui ne s’aiment plus, un père qui ne l’aime pas et une mère qui l’aime trop, à la limite de l’inceste. Pour cela, il veut entrer dans la Résistance. Sa mère, inconsciente du danger, l’approuve. Son père le lui interdit, lui offrant un vélo à la place. Mais, revirement de situation car le père, avocat ayant défendu un Allemand, sent le vent tourner. Un fils dans la Résistance, voilà qui arrangerait bien ses affaires. Mais il ne s’arrêtera pas là…
Très vite, on l’entend à la musique, on sait que l’on va assister à un drame. Pourtant, la pièce débute très légèrement grâce, notamment, au personnage féminin qui est à mille lieues de ce qui se passe en dehors de son nid douillet et vit une relation fusionnelle avec son fils, son vrai refuge sans doute. L’homme n’est pas en reste. On se demande d’abord s’il est sérieux quand il déclare qu’il n’aime pas son fils… avant de comprendre qu’il déteste tout le monde… lui compris.
Si le jeune Loïc Mobihan est convaincant, toute notre attention est captée par Michel Fau et Léa Drucker. Le premier, ayant choisi la voie de l’expressionnisme dans sa direction d’acteurs, a transformé Léa Drucker en tragédienne d’un autre temps tout en restant fidèle à son propre personnage, qu’il peaufine pièce après pièce. D’aucuns pourront-ils être déroutés par ce parti pris… j’ai quant à moi adoré l’interprétation de cette œuvre de Montherlant.
Outre la langue, raffinée, y a en effet en elle de la tragédie antique : personnages au paroxysme de leurs contradictions, de la douleur et de la monstruosité ainsi qu’une fin aussi dramatique qu’inéluctable… humour féroce en prime. Pour nous entendre toutes les nuances de ce texte, les comédiens passent par une multitude de strates de jeu et l’ensemble devient magiquement terrifiant. Cela permet en outre de mettre en abîme le fond du propos pour mieux voir qu’il n’a rien de suranné, au contraire. Car désamour et trahison nous tendent toujours et chaque jour des pièges que l’on déjoue… ou pas.
A voir donc !
Caroline Fabre
Demain il fera jour
De Henry de Montherlant
Mise en scène de Michel Fau
Avec Léa Drucker, Michel Fau, Loïc Mobihan et Roman Girelli
Depuis le 20 avril 2013
Du mardi au vendredi à 20h
Le samedi à 18h et à 20h
Le dimanche à 16h
Tarifs : 38€, 32€ et 17€
Pour les – de 26 ans : 10€
Théâtre de l’Œuvre
55, rue de Clichy
75009 Paris
M° Liège
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