0 Shares 1046 Views

    Demain il fera jour – Théâtre de l’Œuvre

    18 juin 2013
    1046 Vues
    Demain il fera jour - Théâtre de l'Oeuvre

    En juin 1944. Un appartement bourgeois à Paris. Un fils tente de se construire, entre des parents qui ne s’aiment plus, un père qui ne l’aime pas et une mère qui l’aime trop, à la limite de l’inceste. Pour cela, il veut entrer dans la Résistance. Sa mère, inconsciente du danger, l’approuve. Son père le lui interdit, lui offrant un vélo à la place. Mais, revirement de situation car le père, avocat ayant défendu un Allemand, sent le vent tourner. Un fils dans la Résistance, voilà qui arrangerait bien ses affaires. Mais il ne s’arrêtera pas là…

    Très vite, on l’entend à la musique, on sait que l’on va assister à un drame. Pourtant, la pièce débute très légèrement grâce, notamment, au personnage féminin qui est à mille lieues de ce qui se passe en dehors de son nid douillet et vit une relation fusionnelle avec son fils, son vrai refuge sans doute. L’homme n’est pas en reste. On se demande d’abord s’il est sérieux quand il déclare qu’il n’aime pas son fils… avant de comprendre qu’il déteste tout le monde… lui compris.

    Si le jeune Loïc Mobihan est convaincant, toute notre attention est captée par Michel Fau et Léa Drucker. Le premier, ayant choisi la voie de l’expressionnisme dans sa direction d’acteurs, a transformé Léa Drucker en tragédienne d’un autre temps tout en restant fidèle à son propre personnage, qu’il peaufine pièce après pièce. D’aucuns pourront-ils être déroutés par ce parti pris… j’ai quant à moi adoré l’interprétation de cette œuvre de Montherlant.

    Outre la langue, raffinée, y a en effet en elle de la tragédie antique : personnages au paroxysme de leurs contradictions, de la douleur et de la monstruosité ainsi qu’une fin aussi dramatique qu’inéluctable… humour féroce en prime. Pour nous entendre toutes les nuances de ce texte, les comédiens passent par une multitude de strates de jeu et l’ensemble devient magiquement terrifiant. Cela permet en outre de mettre en abîme le fond du propos pour mieux voir qu’il n’a rien de suranné, au contraire. Car désamour et trahison nous tendent toujours et chaque jour des pièges que l’on déjoue… ou pas.

    A voir donc !

    Caroline Fabre


    Demain il fera jour

    De Henry de Montherlant

    Mise en scène de Michel Fau

    Avec Léa Drucker, Michel Fau, Loïc Mobihan et Roman Girelli

    Depuis le 20 avril 2013 
    Du mardi au vendredi à 20h 
    Le samedi à 18h et à 20h 
    Le dimanche à 16h 

    Tarifs : 38€, 32€ et 17€ 
    Pour les – de 26 ans : 10€

    Théâtre de l’Œuvre 
    55, rue de Clichy 
    75009 Paris 
    M° Liège 

    www.theatredeloeuvre.fr
     

    En ce moment

    Articles liés

    Aurélie Van Den Daele met en scène “La Cerisaie” de Tchekhov à La Tempête
    Agenda
    127 vues

    Aurélie Van Den Daele met en scène “La Cerisaie” de Tchekhov à La Tempête

    Le rêve de jouer “La Cerisaie” au printemps et de s’inscrire dans le paysage, c’est le défi qu’Aurélie Van Den Daele, fidèle de la Cartoucherie, a décidé de relever en plongeant dans la dernière pièce de Tchekhov publiée en...

    Retrouvez l’édition 2026 du festival Le Court en dit long de retour au CWB du 1er au 5 juin
    Agenda
    111 vues

    Retrouvez l’édition 2026 du festival Le Court en dit long de retour au CWB du 1er au 5 juin

    Pour sa 34e édition, le festival Le Court en dit long propose une sélection de 41 courts métrages belges francophones récents et inédits, répartis en sept programmes thématiques : La vie d’artiste – Et l’amour dans tout ça ?...

    “Lorenzaccio” : une ode flamboyante à la vigilance, signée Sand et Musset
    Spectacle
    268 vues

    “Lorenzaccio” : une ode flamboyante à la vigilance, signée Sand et Musset

    Au Théâtre du Nord, le directeur David Bobée adapte et met en scène de manière magistrale la pièce monstre qu’Alfred de Musset avait composée, à partir du récit historique de George Sand, sur les conspirations des Médicis à Florence...