William Kentridge – Refuse the Hour – Paris Quartier d’été 2013
Refuse the Hour est une œuvre totale, et le terme n’a peut-être jamais sonné aussi juste.
Sur le plateau, tout est là. Musiciens, chanteuses, chroniqueur-narrateur, comédiens, média et bien sûr la danseuse, une ballerine assez cubiste. Mais l’époque évoquée par les costumes, les dessins animés en noir et blanc de Kentridge et la musique veulent bien ça. Et c’est là un des plus beaux rôles de Dada, vu qu’elle change de registre par rapport à sa manière habituelle de célébrer son incroyable virtuosité. Et puis, si pour une fois on voit William Kentridge, dessinateur et metteur en scène de Johannesbourg, mener le spectacle de sa propre présence, on ne va pas bouder son plaisir.
On pourrait même commencer par dire qu’il s’agit d’un spectacle-conférence. Kentridge nous instruit, d’une très agréable érudition, sur les rapports entre le progrès scientifique, la mensuration du temps et de l’espace et le colonialisme. Kentridge, qui intervient en tant que récitant, aborde l’essor de l’Europe comme puissance dominante du point de vue de l’Afrique. D’où le titre qui se réfère au refus d’accepter la vision du monde imposée par le colonisateur. Et cette vision s’appuie sur l’écriture du temps.
Il y a là deux sortes de chorégraphies. La première, au sens où vous l’entendez, avec Masilo, fine, chauve et explosive, dont les jambes sont des flèches et les bras des couteaux, une virtuose quelle que soit la technique qu’elle danse. Ici, on pourrait parler d’une chorégraphie Bauhaus. Souvent articulée tel un automate, elle est également le personnage principal dans les dessins animés au style volontairement naïf de Kentridge, dans lesquels elle se fond de façon naturelle. Et c’est ici-même que l’on rencontre l’autre idée de chorégraphie, celle qui fait que toutes les composantes et tous les arts se conjuguent et s’imbriquent, le tout célébré avec un clin d’œil et une certaine ironie britannique. Et parfois le style d’un tableau, jouant sur la précision des formes graphiques et des gestes rappelle Einstein on the Beach, comme si Kentridge revisitait le chef-d’œuvre de Wilson aux reflets du monde actuel et dans une ouverture sur l’Afrique.
Sans oublier les arts plastiques, déjà présents dans les costumes et les machines rétro. Le coup de surprise vient cependant d’un énorme carillon placé sur le fronton. De grande beauté visuelle, cet automate fournit la base percussive d’une musique qui rappelle le minimalisme de Phil Glass, aux côtés d’accents de Berlioz et de musiques traditionnelles africaines.
Kentridge livre ici son projet le plus universel et le plus complet de sa carrière. Car non seulement le spectacle unit sciences, histoire, philosophie, arts visuels, danse, musique, arts plastiques etc., le projet est en plus lié à une exposition/installation vidéo et la parution d’un livre aux éditions Xavier Barral.
Thomas Hahn
Refuse the Hour
Conception et livret de William Kentridge
Musique et co-orchestration : Philip Miller
Chorégraphie : Dada Masilo
Conception vidéo : William Kentridge, Catherine Meyburgh
Montage : Catherine Meyburgh // Dramaturgie : Peter Galison
Avec William Kentridge
Direction musicale,co-orchestration, trompette, bugle : Adam Howard
Danseuse : Dada Masilo // Acteur : Thato Motlhaolwa
Chanteuses : Ann Masina, Joanna Dudley, Jacobi de Villiers
Percussions : Tlale Makhene // Violon : Waldo Alexander // Trombone : Dan Selsick
Piano : Vincenzo Pasquariello // Tuba : Thobeka Thukane
Du mardi 23 juillet 2013 au samedi 27 juillet à 20h30
Tarifs : 7€ // 16€ // 20€
Durée: 1h20
Théâtre éphémère
Jardins du Palais Royal
75001 Paris
[Visuel : John Hodgkiss]
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