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    La visite de la vieille dame – Théâtre du Vieux-Colombier

    4 mars 2014
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    vieuxcolombier

    La visite de la vieille dame

    De Friedrich Dürrenmatt

    Mise en scène de Christophe Lidon

    Avec Yves Gasc, Simon Eine, Gérard Giroudon, Michel Favory, Christian Blanc, Céline Samie, Christian Gonon, Danièle Lebrun, Samuel Labarthe, Noam Morgensztern, Didier Sandre, Pauline Mereuze et Fabrice Colson et Xavier Delcourt

    Jusqu’au 30 mars 2014
    Le mardi à 19h, du mercredi au samedi à 20h, dimanche à 16h, relâche lundi

    Théâtre du Vieux-Colombier
    21, rue du Vieux-Colombier
    75006 Paris

    www.comedie-francaise.fr

    colombierToute la noirceur humaine se raconte en une fable sarcastique au cœur d’un bourg tranquille qui se transforme en repaire d’assassins à gages. Une parabole sans âge.

     
    Claire Zahanassian, interprétée par Danièle Lebrun, revient dans son village après des décennies d’absence. Entretemps, elle s’est livrée à la prostitution puis elle est devenue richissime, elle a collectionné les maris, elle a voyagé partout dans le monde et acheté à tour de bras des usines autant que des manteaux de fourrure ou une panthère noire comme d’autres achètent un caniche. Pour son retour, le village est réuni en fanfare sur le quai de la gare, tous attendent de leur concitoyenne célèbre une manne salvatrice. Des entreprises ont fermé, les échoppes vivotent et le maire se réjouit à l’idée de sortir de la crise grâce aux dons de la vieille femme attendue dans l’effervescence. Et ils ne se sont pas trompés. Leur vedette locale, exubérante et attifée en starlette hollywoodienne, est prête à céder à la mairie ainsi qu’à chaque habitant une colossale somme d’argent. Seulement voilà, le don ne sera pas sans contrepartie. L’âge venant, Claire Zahanassian revient en effet régler ses comptes. Malgré sa vie de paillettes et ses moyens sans limites, elle veut faire payer sa faute à son premier amour. Il s’agit d’Alfred Ill, resté au village, devenu épicier et père de trois enfants. Quand ils étaient presqu’encore enfants, ils s’étaient aimés et elle avait été enceinte ; il l’avait trahie. Abandonnée enceinte, elle avait dû partir sous les mensonges et la honte. Sa vie avait alors basculée. Si l’extérieur a pris les allures de la réussite, le cœur de la vieille dame a gardé intact la blessure intime. Et si les habitants veulent l’argent, ils devront donc tuer le coupable, le vieil Alfred. La première réaction collective est de renoncer à l’argent au nom de la morale mais très vite, les interrogations se multiplient, chacun se cherche de nouveaux arguments pour se ranger aux côtés de la vieille dame, et la chasse à l’homme commence.

    Friedrich Dürrenmatt, le grand auteur suisse de langue allemande, a écrit cette pièce en 1955. Non sans correspondance avec l’autrichien Thomas Bernhard, il excelle à dévoiler pas à pas les sordides et cruels recoins de la morale et des comportements humains. Il conte avec férocité cette histoire où se mêlent le faste et la lâcheté, l’avidité et l’hypocrisie, la bonhomie et le crime. Faut-il tuer le vieil Alfred ? Quid de la vengeance ? Les questions de la justice et de l’oubli s’enchevêtrent lentement, au rythme de la petite vie de village, et tout l’art de l’auteur tient à cette fine trame qui déploie subtilement les nœuds les plus grossiers de l’homme. On rit des excès de la vieille dame pétulante tout autant que la conscience grince sous les tartufferies des hommes de science et représentants du pouvoir, pasteur, professeur, juge, notables et édile. Les comédiens sont dirigés dans la retenue et la nuance, Christophe Lidon s’attachant à montrer la communauté villageoise en son existence apparemment brave. Le couperet qui monte lentement est d’autant plus terrible qu’il avance sans gesticulations. L’option qui consiste à rester dans une drôlerie tragique sans jamais souligner excessivement l’une ou l’autre facette  permet une lecture fine qui prend une ample résonance. L’horloge qui trône sur le quai de la gare est celle du temps intime et collectif. Le temps de la vieille dame s’est arrêté sur cette cruelle douleur de jeunesse, et le temps de l’humanité revient aussi sans cesse sur ces dilemmes comi-tragiques toujours d’actualité. Mené par les acteurs au jeu sobre qui évite les ficelles sommaires de la farce, le conte se déroule pour que le spectateur se glisse à son tour dans ce malaise lourd d’interrogations. Au milieu de ce délabrement humain, de belles images, là encore délicates et sans surlignage, se dessinent. Ainsi, dans un tableau en haut de scène, sous les branches d’un arbre stylisé, on voit les vieux amants se souvenir de ce qui fut tout de même envers et contre tout, une histoire d’amour. Au final, chacun a des comptes à rendre, envers l’autre et envers lui-même, et cette pièce sans bruit ni fureur fait entendre les noces funestes qui peuvent taper au cœur de l’homme. 

    Isabelle Bournat

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