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    L’Homme au crâne rasé, grand duo à ras le cœur

    5 juin 2014
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    Lhomme_au_crne_ras

    L’Homme au crâne rasé

    De et avec Natalie Broods et Peter Van den Eede

    Compagnie de KOE

    D’après les pensées de John Daisne

    Jusqu’au 17 juin 2014 à 20h, le dimanche à 17h

    Relâche les 7,8, 9, 15

    Tarifs : de 14 à 24 €

    Réservations au
    01 43 57 42 14

    Durée : 1h40

    Théâtre de la Bastille
    76, rue de la Roquette
    75011 Paris
    M° Bastille ou Voltaire ou Bréguet-Sabin

    www.theatre-bastille.com


    KoenBroosUn homme et une femme se retrouvent par hasard lors d’une visite de la chapelle Sixtine. Leur amour passé est ravivé et réinterrogé. Mais l’échec de la relation contient l’échec d’une reprise possible, dans ses plus cruels et risibles détails. Très grand duo contemporain, en une langue et une scénographie au scalpel.

    La pièce est une adaptation du livre éponyme de l’auteur flamand John Daisne, dont le cinéaste André Delvaux avait déjà tiré un film dans les années 60. Pour commencer, un homme et une femme sont assis autour d’une table au fond d’un restaurant désert. L’homme, dans ce dialogue lointain et indistinct, évoque le roman pour petit à petit dérouler son propre cheminement à l’image de ce personnage fictif. Il est à la fois cet homme et à la fois un autre, cernant des points communs et pourtant prenant des pistes différentes. Le début de la pièce s’étire dans ce fond de scène au rythme des voix enchevêtrées et des mots maladroits. Puis, petit à petit, l’homme et la femme vont s’avancer, se lever, se donner des respirations pour poursuivre leur tentative de retrouvailles. Ces parenthèses passent alors par des adresses directes au public, par exemple pour demander un mouchoir, ceci nous plongeant dans leurs propres mouvements intérieurs. L’introspection est entrecoupée d’instantanés, le passé et le mensonge se mélangent à un profilement de futur et de recherche de vérité. Leur conversation tourne autour de l’essentiel sans pourvoir s’y centrer. Fuyant ce qui les obsède, leur amour, ils parlent à n’en plus finir d’art et de peinture, s’enfonçant dans des échanges théoriques sur le Baroque et la Renaissance, ce avec beaucoup de drôlerie quant aux démonstrations de culture, en tant que masque parfois artificiel. C’est elle néanmoins, la très belle jeune femme, qui ose aborder de front le seul sujet qui les dévore, à savoir leur amour et l’attirance violente qui à nouveau les gagne. Mais lui ne cesse de se défiler et de biaiser, laissant croître la séduction tout en se retranchant sous des conversations de façade. Ainsi, longuement il narre une autopsie à laquelle il a assisté à cause d’un ami médecin qui a cru lui faire plaisir en l’autorisant à vivre une telle expérience. Son récit est à la fois terrible et hilarant. La jeune femme veut l’interrompre et ramener son ex-amant à la situation présente, mais l’on sent que derrière cette insistance de l’homme, c’est sa propre peur de la mort qui l’empêche de regarder la vie et le désir qui lui tendent les bras. Le chassé-croisé cruel se poursuit, passe par des échanges savoureux sur des questions de frigidaire et des souvenirs de voyages en Grèce. Puis le paroxysme est atteint lorsque la jeune femme s’emporte dans une danse aux pieds nus, folle, rageuse et désespérément sensuelle. On y voit sa blessure liée au comportement passé de cet homme et l’impossibilité pour celui-ci de réparer ou changer quoi que ce soit à cette terrible destruction et à l’impasse dans laquelle ils sont conduits.

    Duo-duel
     
    Natali Broods et Peter Van den Eede excellent dans ce face-à-face tranchant. Elle, qui a été l’élève de cet homme, est bouleversante par son abandon et le courage à affronter le désir qui la saisit encore et pour lequel elle est prête à recommencer leur histoire. La comédienne, par un jeu tout en nuances, composé d’intelligence et de finesse psychologique, cherche la vérité de ce qu’ils ont vécu et qui à nouveau se dessine. Peter Van den Eede, lui, est l’homme marié, professeur, dont on devine qu’il a su créer un ascendant et une emprise sur sa proie. Joueur peureux, rattrapé par la crainte de la mort, il continue à vouloir plaire tout en contrôlant la relation. Comédien magnétique, serpent par le regard et la déambulation souple, Peter Van den Eede donne à son personnage fuyant tout son brio d’intellectuel charmeur, où le romantisme et l’humour se croisent tragiquement. Tous deux s’adonnent à un discours autour d’un impossible point de contact, vicié par un rapport déchirant et destructeur, où l’un fait miroiter un bonheur sans y croire et l’autre plonge dans un rêve qui occulte le réel. La scénographie fait déambuler l’un et l’autre entre les tables aux nappes blanches du restaurant et ce petit labyrinthe ridicule devient poignant, car il suffit par ces quelques méandres à entraîner dans les profondeurs de l’impossible.

    Emilie Darlier-Bournat

    [Visuel : Koen Broo]

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