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    Gemma Bovery : jolie variation de Flaubert

    15 septembre 2014
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    gemma-bovery_affiche
    Gemma Bovery

    D’Anne Fontaine
    Avec Gemma Aterton, Fabrice Luchini, Jason Flemyng, Isabelle Candelier, Elsa Zylberstein 

    Durée : 99 min.

    Sortie le 10 septembre 2014


    Savoureuse variation sur un thème flaubertien, Gemma Bovery est une jolie comédie-hommage à la littérature, où rayonnent deux acteurs : Gemma Aterton et Fabrice Luchini.

     

    La grande littérature est-elle cinégénique ? On pourrait tenter de repousser la question d’un haussement d’épaules, en vertu de la multitude d’adaptations cinématographiques de chefs-d’œuvre littéraires qui jalonnent l’histoire du septième art. Plier sous le nombre, en quelque sorte. Pourtant, à y regarder de plus près, l’évidence ne s’impose pas. Car si l’on ne compte plus les adaptations de livres au cinéma, force est de constater que la qualité n’a pas toujours été au rendez-vous de ces transpositions.

    Madame Bovary elle-même a déjà fait l’objet de quelques adaptations, plus ou moins hasardeuses. Jean Renoir, Vincente Minelli et Claude Chabrol s’y sont déjà notamment essayés. Et même pour ce caustique portraitiste de la bourgeoisie, l’exercice s’est révélé ardu. Le mystère de cette femme qui s’ennuie jusqu’à en périr semble demeurer insagemma-bovery-fabrice-luchini-gemma-arterton_2isissable à toute caméra qui rêve de le capter.

    Était-il alors sage pour Anne Fontaine de tenter de s’en emparer ? Certes, non. Gemma Bovery, d’ailleurs, n’est pas sage, et c’est là l’un des secrets de son charme. Ce n’est en tout cas pas son boulanger qui prétendra le contraire… Car Anne Fontaine prend un parti plutôt malin : celui de ne pas s’attaquer directement au dit chef-d’œuvre de la littérature française, mais de l’aborder par ses sentiers détournés. À savoir en adaptant un roman graphique de Posy Simmonds, inspiré par Madame Bovary sans en être une pâle relecture.

    Gemma Bovery est donc une accorte jeune Anglaise, mariée à un restaurateur d’œuvres d’art débonnaire. Tous deux décident un jour de quitter la capitale britannique pour s’installer dans un petit village de campagne en Normandie. Ah, le fromage et le bon vin, enfin ! Et surtout, toutes les variétés de pains disponibles et leurs mille odeurs gemma-bovery-gemma-artertonde seigle, de froment, de son ! Le jeune couple vit d’abord son rêve français dans tous ses stéréotypes. Mais la réalité est hélas plus prosaïque… Le toit fuit, les mulots surgissent traîtreusement des recoins pendant les soirées cocooning au coin du feu, et même en Normandie, il y a des factures à payer. Alors la routine s’installe chez les Bovery. La mésentente gagne le couple. Gemma est lasse de la passivité de son époux. Et tous ces petits tracas sont épiés par un voisin qui, évidemment, leur veut du bien. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions… Martin Joubert, ex-éditeur parisien reconverti dans la boulangerie, a un faible pour la jeune Anglaise. Il faut dire que “d’un simple geste, elle a mis fin à dix ans de tranquillité sexuelle“. Et pour lui, les indices convergent : Gemma EST Madame Bovary. Martin décide donc de tout faire pour prévenir son issue tragique… Quitte à récrire lui-même l’histoire au passage…
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    Gemma Bovery est délectable, car tout, dans ce film, est malicieux. À commencer par le choix de ses deux acteurs de tête : Gemma Aterton, qui irradie l’écran de son charme pétillant, et Fabrice Luchini, personnage excessif mais acteur subtil. Ils portent l’équilibre délicat du film par leur duo aussi drôle qu’inattendu, la candeur rafraîchissante de l’une et la verve cynique de l’autre s’harmonisant dans une jolie comédie. Comédie qui n’est pas sans rappeler un autre film, réalisé cette fois par Stephen Frears, où le charme de Gemma Aterton faisait déjà des ravages. Il y a en effet quelque chose de Tamara Drew dans Gemma Bovery. Non sans raison, puisque Tamara Drewe était déjà une adaptation… d’un roman graphique de Posy Simmonds.
    Dans la variation flaubertienne qu’est Gemma Bovery, on reconnaît donc bien l’empreinte et l’humour de la dessinatrice britannique. Mais Anne Fontaine n’est pas en reste, rendant un bel hommage à la littérature en lui empruntant quelques moyens habilement transposés. Un incipit en forme de monologue face caméra, par exemple, ou ce choix de narration commentée par le personnage de Fabrice Luchini lui-même.gemma-bovery-fabrice-luchini-gemma-arterton_4 Il ne laisse aucun suspense quant à l’issue de cette errance sentimentale, pourtant le film parvient à surprendre constamment le spectateur. Et quel plus bel hommage rendu à la littérature finalement que cette idée que le film développe en filigrane tout au long de son intrigue ? Oui, la littérature change la vie des gens, dans les aspects les plus dérisoires de leur quotidien. Pas toujours en bien, certes. Mais elle a ce pouvoir de transformer l’ennui en événement, la plus petite trace de beauté en grâce ineffable. C’est finalement ce que nous explique Martin Joubert / Fabrice Luchini, au tout début du film. “Ça m’a foudroyé à 16 ans”, dit-il en brandissant sous le nez de sa voisine un exemplaire de Madame Bovary aux pages froissées. Or, si les premières amours sont réputées marquer pour longtemps, les passions littéraires, elles, ne s’éteignent jamais. Même une fois le livre refermé.

    Raphaëlle Chargois

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    A decouvrir sur Artistik Rezo :
    « Luchini : l’acteur le plus bankable de France » de Lucile Bellan

    [Crédits photos : Jérôme Prébois, Gemma Bovery, 2014 © Jérôme Prébois / Albertine Productions – Ciné-@ – Gaumont – Cinéfrance 1888 – France 2 Cinéma]

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