Neuf petites filles : Nordey règle ses comptes à la récré
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Neuf petites filles De Sandrine Roche Mise en scène de Stanislas Nordey Scénographie d’Emmanuel Clolus Lumières de Stéphanie Daniel Composition musicale d’Olivier Mellano Avec Marie Cariès, Du 19 au 30 novembre 2014 Tarifs : 16 à 26 € Réservation : Durée : 1h10 Théâtre de la Ville M° Abbesses (ligne 12) |
Du 19 au 30 novembre 2014
Stanislas Nordey orchestre les dérangeantes Neuf petites filles de Sandrine Roche. Un spectacle beau et maîtrisé. Attention, fillettes en vue. Elles sont neuf, sur la scène du Théâtre de la Ville, à Paris ; neuf petites filles pour pulvériser, en quelques féroces minutes, l’idéal enfantin. Le regard dur, le mot cru, elles balancent insultes et anecdotes acides et soumettent les plus faibles d’entre elles. “Pourquoi tu ris plus la grosse, on va te saigner la grosse, ça va te faire maigrir.” Leurs jolies robes, la couleur rose de leur terrain de jeu où glissent de doux ballons n’y changent rien : la cour de récréation imaginaire devient champ de bataille, miroir déformant et grossissant du monde des adultes. Xénophobie, racisme, machisme, injustice sociale : les gamines recyclent les mots entendus à la maison, dans la rue, en de monstrueuses histoires.
Portée au plateau par Stanislas Nordey, qui se frotte une fois de plus avec succès à un texte contemporain, la pièce est interprétée par neuf comédiennes entre 20 et 50 ans. Leur jeu sans fard, leur gestuelle sobre et maîtrisée donnent sens à cet écart générationnel : ces adultes, donc, jouent des enfants qui jouent aux adultes… On ne connaît ni le prénom, ni l’âge de ces petites filles, représentation plurielle de l’enfance au féminin plutôt qu’incarnation de personnages bien définis. Les mêmes collants fuchsia et l’identique patron de robe blanche portés par chaque actrice renforcent cette dimension interchangeable, quasi-impersonnelle. Un motif, rouge et rose, sang ou fleur, tache cependant chaque robe d’un contour unique, traduction costumière du décalage entre une douceur fantasmée – ou partielle – et une réalité plus cruelle. La scénographie, très réussie, joue aussi sur cette dualité : aux couleurs pop et fluos de la cour de récré répond un rideau noir et blanc sauvage, d’une esthétique art brut. Des flashs sonores inquiétants ponctuent le passage des scènes. Le spectacle est beau, précis, bien orchestré. Familières et cruelles On ne sait pas, au final, qui sont vraiment ces neuf petites filles, mais elles n’en sont que plus familières. C’est peut-être là ce qui dérange : leur cruauté est somme toute très ordinaire, semblent nous dire l’auteure et le metteur en scène. “C’est ça la vie des enfants : ils ne décident pas, ils ne décident rien. La vie n’est que ce qu’elle est, rien d’autre, et ils le savent. Les enfants aiment la vie, tout le monde sait ça, mais rien ne les oblige à aimer la vie qu’ils ont.” Énoncés en préambule de la pièce, les mots du réalisateur Arnaud de Pallières (Mon Vieux pays natal) renvoient chacun à sa responsabilité d’adulte. Christelle Granja [Photos © Brigitte Enguerand] |
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Image d’Épinal torpillée



