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    Les Larmes amères de Petra von Kant au théâtre

    11 mars 2015
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    larmes

    Les Larmes amères de Petra von Kant

    De Rainer Werner Fassbinder

    Mise en scène de Thierry de Peretti 

    Avec Valeria
    Bruni Tedeschi, Zoé Schellenberg,
    Kate Moran, Lolita Chammah, Sigrid Bouaziz et Marisa Borini ou Nadine Darmon

    Jusqu’au 21 avril 2015
    Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 16h

    Tarifs : de 10 à 44 €

    Réservation au
    01 44 53 88 88

    Durée : 1h35

    Théâtre de l’Œuvre
    55, rue de Clichy
    75017 Paris

    M° Place de Clichy (lignes 2 et 13) ou Liège (ligne 13)

    www.theatredeloeuvre.fr

    larmes_1Jusqu’au 21 avril 2015

    Le film de Fassbinder tourné en 1971 avec la divine Hanna Schygulla est interprété actuellement au Théâtre de l’Œuvre dans une mise en scène de Thierry de Peretti avec dans le rôle-titre Valeria Bruni Tedeschi et quatre autres comédiennes magnifiques. Entre théâtre et cinéma, un mélo puissant et sulfureux.

    Subversion

    Rainer Werner Fassbinder a défrayé le monde de l’art, du cinéma et du théâtre dans les années 70. Acteur, auteur, réalisateur et metteur en scène, cet enfant terrible, né en Allemagne en 1945, prodigieusement doué en tout, défendait les opprimés contre les puissants, les femmes contre les hommes, plus par subversion d’un ordre établi que pour la défense d’un genre. Dans cette pièce dont il a réalisé un film, son personnage central, qui lui ressemble étrangement, est Petra von Kant, une styliste de mode célèbre qui vit avec Marlene, son assistante qu’elle maltraite comme une esclave. Débarque Karine, une jeune fille d’origine modeste, belle comme le jour, qui lui fait perdre la tête et pour laquelle Petra va perdre tout contrôle d’elle-même et de sa carrière professionnelle.

    larmes_2Du cinéma dans le théâtre

    Thierry de Peretti a compris qu’adapter aujourd’hui cette pièce nécessitait d’adapter aussi les conventions théâtrales. Dans le superbe théâtre à l’italienne de l’Œuvre, le spectateur est convié au cœur d’un capharnaüm baroque (décor de Rudy Sabounghi) envahi par les brumes des fumigènes : lourd rideau de velours rouge jeté en diagonale du plateau, piano envahi de verres à whisky, portant de vêtements d’une collection hippie, meubles épars et une musique de disco douce avec une basse continue qui ponctue l’ambiance.

    Les comédiennes déboulent sur le plateau par la salle, ce qui implique d’emblée les spectateurs au cœur de l’action. Valeria Bruni Tedeschi est une Petra souveraine et spectaculaire, incarnant avec une rare intensité la violence et la passion d’une amoureuse contrariée. Elle imprime au spectacle sa personnalité et son engagement, brutal et sans concession. À ses côtés, Lolita Chammah est remarquable en assistante écrasée et soumisse, perverse et silencieuse.

    larrmes_3Un casting en or

    La réussite du spectacle repose sur les actrices qui sont très bien dirigées. Zoé Schellenberg, qui incarne l’amoureuse de Petra, fait preuve d’un talent surprenant et d’une aisance physique remarquable, notamment lors des scènes d’amour qui sont mises en scène avec beaucoup de délicatesse dans des lumières très douces. Kate Moran (Sidonie) et Sigrid Bouaziz (la fille de Petra) sont tout aussi formidables, en ce qu’elles interprètent la pièce en l’actualisant avec leur personnalité de jeunes filles d’aujourd’hui, spontanées et radieuses. Du coup, ce texte porteur de problématiques et de névroses propres à Fassbinder devient une histoire d’aujourd’hui, forte et émouvante, qui parle de possession, de soumission, d’amour et d’argent, entre deux femmes. 

    Hélène Kuttner

    [Crédit photos © Huma Rosentalski]

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