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    “Lignes de faille” ou les éclats du monde

    17 mars 2015
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    Photo_1c_Pierre_Grosbois

    Lignes de faille

    De Nancy Huston

    Mise en scène de Catherine Marnas

    Avec Julien Duval, Pauline Jambet ou Elisa Voisin, Franck Manzoni, Sylvie Orcier, Olivier Pauls, Catherine Pietri, Bénédicte Simon et Martine Thinières

    Du mardi au samedi à 19h, dimanche 16h

    Tarifs : de 11 à 36 €

    Réservation au 
    01 44 95 98 21

    Durée : 4h30 avec entracte

    Théâtre du Rond-Point
    2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt
    75008 Paris

    M° Franklin D. Roosevelt
    (lignes 1 et 9)

    www.theatredurondpoint.fr

    Adaptant le superbe roman de Nancy Huston qui reçut le Prix Fémina en 2006, Catherine Marnas réalise une fresque humaine magnifique autour de quatre générations avec huit comédiens formidables. À voir absolument.

    La_fete__Pierre_GrosboisQuatre destins qui se croisent et se succèdent

    La pièce commence en 2004 avec l’histoire de Sol, 6 ans, petit garçon californien nourri aux jeux vidéo violents et aux massacres de la guerre technologique contre le terrorisme. Son père, Randall, élabore des robots militaires pour le gouvernement Bush tandis que sa mère, protestante pratiquante, les emmène chaque dimanche au temple. Ensuite, c’est le père de Sol, Randall, que nous découvrons à 6 ans à New York, avec une mère chercheuse et spécialisée dans l’histoire de la Solution Finale en Allemagne. Passionnée par le phénomène du Lebensborn, par lequel les nazis pensaient promouvoir les naissances d’enfants aryens nés de femmes considérées comme aryennes qu’ils accouplaient avec des SS, sa mère Sadie, qui est juive, décide de faire partir toute la famille en Israël, à l’époque de la guerre du Liban et des massacres de Sabra et Chatilla.

    LAllemagne_c_Pierre_GrosboisUne plongée dans l’histoire et ses secrets de famille

    En vérité, Sadie, qui nous raconte son enfance dans la troisième partie du spectacle, veut aussi explorer les mystères familiaux de sa propre famille et de sa mère Kristina, jeune chanteuse hippie qui court les tournées à travers le monde, mais qui a grandi en Allemagne, durant la Deuxième Guerre mondiale, dans une famille qui l’avait adoptée en tant qu’enfant née du Lebensborn. Elle apprendra qu’elle était ukrainienne. Rebaptisée Erra, c’est elle enfant qui bouclera la fresque du spectacle en Allemagne, en 1945. Le spectacle suit fidèlement la ligne narrative du roman, avec des narrations qui mettent les différentes histoires en perspective. Petites histoires à l’humour percutant et à la vérité déchirante face à la Grande Histoire. 

    La_lecon_de_piano_Pierre_GrosboisDes comédiens éblouissants

    Décor sobre – rien sur scène à part la mémorable table autour de laquelle on se réunit pour manger –, la scénographie noire ou étoilée, subtilement éclairée, fait la part belle au jeu des comédiens, tour à tour narrateurs et personnages de leurs histoires. Ce sont eux, vibrants et réceptifs, qui nous font partager leurs sentiments et leurs failles. Catherine Pietri, dans le rôle de la mère religieuse, est tout simplement formidable d’engagement et de justesse, enjouée, désespérée, malheureuse ou coquine. Julien Duval est bouleversant dans celui de Sol, le garçon à la vilaine tache congénitale, et de Daniel. Franck Manzoni, qui joue le père et le fils, Bénédicte Simon, qui interprète plusieurs personnages comme Sylvie Orcier, Martine Thinières et Olivier Pauls, tous sont épatants de sincérité. Ils racontent des vies qui nous touchent durant quatre heures de spectacle qui passent sans qu’on s’en rende compte. Du grand art.

    Hélène Kuttner

    [Crédit photos © Pierre Grosbois]

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