Un Lac des Cygnes éblouissant pour les fêtes à Bastille
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Le Lac des Cygnes De Rudolf Noureev En alternance à 19h30 ou dimanche à 14h30 Tarifs : de 5 à 140 euros Réservation en ligne ou par tél. au 08 92 89 90 90 (0,35 euros la minute) Durée : 2h40 avec 1 entracte Opera Bastille |
Avec des couples d’Etoiles de ballet, comme nous l’avons admiré avec Amandine Albisson et Mathieu Ganio, ainsi que de jeunes pousses montées déjà très haut comme Hannah O’Neill ou Germain Louvet, déjà évoquées par Artistik Rezo dans « Graines d’Etoiles », l’Opéra de Paris offre en ce mois de décembre un spectacle de pure danse classique signé Rudolf Noureev qui ravira petits et grands. Depuis qu’en 1984 Rudolf Noureev imagina pour l’Opéra de Paris une nouvelle version du « Lac des Cygnes », d’après les chorégraphies originelles de Marius Petipa et Lev Ivanov, ce ballet ne cesse de triompher à travers le monde. L’histoire du Prince Siegfried, ébloui par la fabuleuse métamorphose d’un cygne banc en jeune fille et menacé par le terrible Rothbart, immortalise la partition de Tchaikovski que l’on écoute souvent en boucle. Le sort dévolu aux danseurs masculins qui prennent chez Noureev une véritable importance fait basculer le conte dans une nébuleuse psychanalytique. L’amour impossible entre la jeune fille et le Prince, qui lui choisira par mégarde une autre fiancée, et la dérive progressive du héros, des rives aquatiques éblouies par ses songes au triste sort terrestre et humain qui lui est réservé, tout cela ne peut qu’évoquer l’homosexualité contrariée du compositeur lui-même et sa souffrance en son temps, de ne pas coller à la norme sociale. Pirouettes étourdissantes, jetés fabuleux, arabesques majestueuses, portés puissants, les figures de la danse classique sont ici incarnées au service de l’émotion la plus ardente, en se mêlant aux danses d’influence traditionnelle ou folklorique d’Europe de l’est. Mouvements lents qui laissent aux solistes tout le loisir d’une démonstration virtuose, ou tempi rapides et sautillants qui impriment aux ensembles une mosaïque de petits mouvements serrés, conférant aux bras, aux jambes et au cou la volupté et la majesté des grands cygnes, la danse s’exprime ici avec une vigueur toute animale, mystique et sensuelle, dans ce qu’elle possède de plus gracieux. La pantomime permet aux personnages sociaux de remplacer le langage et de faire comprendre l’histoire. Dans la scénographie très sobre, épurée d’Ezio Frigerio, les danseurs en tutus blancs de cygnes ou costumes folkloriques du Moyen-Age ne racontent rien d’autre qu’une merveilleuse histoire. Amandine Albisson et Mathieu Ganio forment l’un des couples stars du ballet. La première est une jeune Etoile à la technique parfaite, dotée d’un sens de l’incarnation dramatique particulier. Souplesse féline, élégance suprême dans ses postures, regard brun brûlant de sensualité, la danseuse témoigne d’une profondeur dans le mouvement, arabesques ou séries de pirouettes, et d’une assurance particulièrement virtuose et pure. Un heureux mélange de solidité physique et de grâce féminine, portées avec une belle générosité et une séduction très personnelle. Mathieu Ganio n’est plus à présenter, et son incarnation du prince est parfaite de finesse, de beauté, d’élégance et de brio technique. Là aussi le sens du drame et de l’émotion, brillant, est toujours discret, profondément humain. François Alu, puissant, excelle dans le personnage noir de Rothbart déployant ses grandes ailes sombres. Saluons la performance de la récente Première danseuse Hannah O’Neill et de Germain Louvet, accompagnés de Léonore Baulac dans un pas de trois mémorable. Et restons attentifs à la progression fulgurante des interprètes sus-nommés. Le corps de ballet demeure aérien et céleste, dans ce spectacle pour tous les âges. Hélène Kuttner [Crédits Photos : © Svetlana Loboff] |
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