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    Traviata mon amour

    Hélène Kuttner 8 février 2018
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    ©Vincent Pontet

    Reprise d’une création du célèbre opéra de Verdi dans la mise en scène du cinéaste Benoît Jacquot, cette Traviata 2018 reprend des couleurs vives avec le chef Dan Ettinger, et surtout la présence de jeunes chanteurs, dont Marina Rebeka, soprano lettone qui a conquis le public dès la première.

    Un sacrifice de l’amour fou

    ©Vincent Pontet

    Les amoureux de Verdi ne se lasseront jamais de cette complainte, magnifiquement composée, qui emporte l’héroïne, Violetta, demi-mondaine se sachant malade mais s’étourdissant de plaisirs, vers son amant Alfredo, le passionné furieux, et aussi vers sa perte. La compagne de Verdi, Giuseppina Strepponi, était elle aussi gravement malade, et resté veuf une première fois, il craignait de la perdre. Le prélude, et non l’ouverture, qui annonce l’aspect mélodramatique se révèle de toute beauté. Violetta, qui n’est autre que l’héroïne de Dumas Marguerite Gautier, recèle donc un concentré de passion et de douleur qui fait d’elle l’une des principales sacrifiées de l’histoire de l’opéra. La belle brune aux yeux immenses se verra empêchée, par le père d’Alfredo, de fréquenter ce dernier, obéissant ainsi aux principes moraux de la société du 19° siècle.

    Une mise en scène sobrissime

    ©Vincent Pontet

    Benoît Jacquot choisit la sobriété des symboles : un immense lit à baldaquin trône sur l’un des côtés de la scène, référence fidèle de « L’Olympia » de Manet avec sa servante noire en turban. Ce lit sera repris à l’acte III, avec la toile empaquetée, signe que l’héroïne, malade, toussant, a vendu tous ses biens pour sa fin de vie. Le fond noir du plateau permet d’éclairer précisément les visages et concentre les scènes de groupes, foules de mondains, invités, sur de grands escaliers, marionnettes et parasites qui gravitent autour de la figure solitaire de Violetta. La mise en scène, qui reproduit la symbolique de l’arbre géant pour simuler la maison de campagne où Violetta reçoit son amant et le père de celui-ci, semble accentuer la solitude et le désespoir du personnage principal, alors que les autres tournent autour d’elle comme des ombres.

    Une distribution épatante

    ©Vincent Pontet

    Marina Rebeka réussit brillamment sa prise de rôle à l’Opéra de Paris, tout en ayant déjà à son actif un beau parcours à Salzbourg, Vienne et Norma au Met. Un peu trop solide avec un manque de rondeur dans le timbre lors de la première scène, elle s’épanouit magnifiquement ensuite tant du point de vue de la sensibilité dramatique, tant du point de vue de la virtuosité vocale, avec un brio et une maîtrise tout à fait remarquable. Quelle santé ! Quelle justesse dans la musicalité et les nuances de la partition ! Quelle projection ! On reverra cette soliste qui a conquis le public le soir de la première, soutenue, il est vrai, par un brillant chef d’orchestre, Dan Ettinger, généreux en énergie et en tempérament. Très bien lui aussi, avec ses accents de paternel raisonneur, le baryton ukrainien Vitaliy Bilyy. Voix chaude et bien timbrée, nuancé dans ses accès de colère, présence charnelle et bon acteur, le baryton produit un sans-faute, comme le ténor Rame Lahaj dans le rôle d’Alfredo, quoique un peu léger à notre avis. L’essence de la Traviata est ici présente, qui est l’essence même de l’amour pour les amoureux de Verdi et de bel canto.

    Hélène Kuttner

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