La légende d’une vie de Stefan Zweig, avec Natalie Dessay et Macha Méril – Théâtre Montparnasse
Vienne, 1919. Un jeune auteur cherche à s’extirper du souvenir de son père, poète devenu icône nationale. Le jeune homme étouffe dans la maison familiale où tout est organisé par sa mère, femme autoritaire et intransigeante, autour du culte du grand homme. C’est alors que revient au sérail une femme dont le secret pourrait libérer le jeune homme de son carcan.
Après «Lettre d’une inconnue», quel plaisir de retravailler sur une œuvre de Stefan Zweig ! J’ai retrouvé ici l’ambiance incroyablement intense et redoutable d’une famille digne de Faulkner, les obsessions de Treplev dans «La Mouette» de Tchekhov et la puissance d’un Thomas Bernhard… Les thèmes que brasse «La légende d’une vie», nombreux et passionnants, font de cette pièce l’écho fidèle de ce «monde d’hier» au déclin duquel Zweig ne voulut pas survivre: l’incidence des clivages sociaux et du culte du secret, la genèse des drames familiaux, la constitution de l’identité (comment construire sa propre identité face à un si lourd héritage ?), le glissement de la vérité déformée vers le mensonge affirmé, et, bien sûr, le thème central de l’héritage spirituel: Peut-on réécrire la vie de l’autre jusqu’à construire une légende ? Voilà de quoi réunir autour de moi une équipe d’acteurs vibrants et profonds, offrir à Natalie Dessay l’opportunité de porter haut la grandeur artistique de Leonor, à Macha Meril d’être l’étrangère sincère et blessée, la Maria du passé qui détient la vérité, et permettre à Gaël Giraudeau de défendre la légitimité d’exister en tant que fils et artiste. Ce bijou de psychologie, élégant et profond, vous captivera, comme un parfum concentré de l’œuvre de Stefan Zweig.
Christophe LIDON – metteur en scène
Le théâtre de Stefan Zweig constitue une partie importante et souvent ignorée de son œuvre. « Légende d’une vie », créée en janvier 1919, en est un élément essentiel, que Zweig définit comme un « drame moral et contemporain », « le combat du fils contre la figure légendaire et faussée du père défunt qui l’opprime moralement et qu’il commence à aimer après avoir arraché le masque héroïque modelé par la famille et reconnu l’homme coupable et humain en lui » (lettre à son ami Romain Rolland).
Ce chef-d’oeuvre nous amène au cœur de l’affrontement entre deux femmes qui ont partagé la vie du grand homme, le poète Franck : Sa veuve, Leonor, autoritaire et intransigeante gardienne de l’œuvre poétique de son époux, et son premier amour, Maria, l’étrangère, la paria, dont le retour inopiné vient brouiller l’image idéalisée du Maître.
Michael STAMPE – adaptateur
[Source : communiqué de presse]
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