« La vie de Galilée » au Français : les lumières de la science contre les préjugés
©Vincent PONTET
Sur les traces de la mise en scène d’Antoine Vitez qui avait créé la pièce à la Comédie Française, Eric Ruf, qui en est l’actuel administrateur, avait choisi de la monter avec Hervé Pierre dans le rôle du scientifique. Nous avons la chance de voir ce beau spectacle, destiné à tous, repris en salle Richelieu. Truculent et clairvoyant, Hervé Pierre y est épatant comme toute la troupe sous d’immenses toiles peintes de la Renaissance et dans des costumes signés Christian Lacroix.
Un projet politique

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Trente années, c’est la durée pendant laquelle Bertolt Brecht s’est attelé à l’écriture de sa pièce qui traversa le nazisme, la guerre, la bombe atomique, de 1926 à 1956, date du décès de l’auteur, en pleine répétition de la troisième version de son oeuvre. La première version, qui date de 1938, est composée au Danemark, en exil, et traverse 27 années de la vie de Galilée, de Padoue à Venise, de Florence à Rome, en quinze tableaux vivants qui brossent l’enthousiasme du personnage qui lance à la face des princes et de l’Eglise une théorie totalement renversante : la Terre n’est plus le centre du monde, c’est « un corps céleste ordinaire, un parmi des milliers » qui tournent autour du Soleil ! Aristote et Ptolémée n’ont qu’à se rhabiller, car jusqu’à la Renaissance et les grandes découvertes, la Terre trônait immobile au centre de l’univers où gravitaient, autour d’elle, la Lune, le Soleil et les autres planètes jusqu’à la huitième sphère à laquelle étaient accrochées les étoiles.
Plongée dans la Renaissance

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Eric Ruf nous plonge dans cet univers, à Padoue d’abord, sous des toiles peintes immenses, saisissantes -Le Caravage, Raphaël, Fra Angelico, Rembrandt- avec des visages doux de la Vierge à l’enfant, de la Sainte Famille et des scènes pieuses. Dès lors, il nous raconte une histoire, celle d’un savant bon vivant à la science prémonitoire et à l’intelligence vivace, qui va finalement sauver sa peau en connaissant trop bien les instruments de torture que l’Inquisition catholique se préparait à lui faire subir, au cas où il ne renierait pas ses théories impies. Par un coup de sa ruse, ses écrits et ses calculs seront finalement sauvés et légués à son élève Andrea Sarti qui part les faire connaître à l’étranger. Hervé Pierre compose un Galilée pédagogue et malin, farceur aussi, aux côtés de Jean Chevalier, toute jeune recrue, qui campe avec une belle fraîcheur le tout jeune Andrea, surveillé de près par sa mère jouée par Florence Viala.
Une pièce de troupe

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Mais c’est une vingtaine d’acteurs de toutes générations qui fait revivre le drame, dont Guillaume Gallienne qui dessine un pape très sobre, Thierry Hancisse qui campe le Cardinal Inquisiteur après le Pasteur rigoriste de « Fanny et Alexandre », Véronique Vella en Côme de Médicis, Jérémy Lopez, étonnant petit moine railleur et révolté, une voix du peuple cher à Brecht. Les tableaux vivants se transforment aussi en images majestueuses à la composition picturale, moirées de dégradés aux teintes chaudes, imitant les gravures du 16°siècle, tandis que la robe du Pape est une enveloppe précieuse de gaze dorée. Tout fait signe ici, et parfois trop d’ailleurs, alors que le texte de Brecht, d’une pédagogie éclairée, pourrait se contenter d’une esthétique plus simple. Il n’en reste pas moins que la pièce, puissante, révèle une série de tensions et de conflits qui ont eu vraiment lieu au sein de la société et de l’Eglise, et à l’intérieur même du personnage de Galilée représenté ici comme un être humain ordinaire, adepte des compromissions et des petits arrangements pécuniaires et moraux. Cette bonhomie faussement désinvolte, ce regard amusé et ironique sur l’humanité porté par Hervé Pierre, auraient décidément plu à Bertolt Brecht.
Hélène Kuttner
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