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    Fidelio, ode au courage féminin

    Hélène Kuttner 28 septembre 2021
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    ©S. Brion

    A l’Opéra Comique, Cyril Teste met en scène l’unique opéra de Beethoven, l’histoire d’une femme qui se déguise en geôlier pour sortir son homme de la prison où il a injustement été jeté. Le baryton ténor Michael Spyres magnifie le rôle de Florestan et Raphaël Pichon dirige avec maestria l’Ensemble Pygmalion qui joue sur des instruments d’époque. 

    Léonore ou l’amour conjugal

    ©S. Brion

    C’est le titre du livret d’opéra comique français signé Bouilly que Beethoven découvre à Paris quelques années après la Révolution. Très sensible aux idées des Lumières et de la liberté des peuples, le compositeur s’inspire d’un fait divers qui se déroula durant la Terreur, une femme déguisée en homme souhaite venger son mari injustement détenu en le faisant évader. Léonore, épouse courageuse et impétueuse devient, sous la plume de Sonnleithner et Treitschke Fidelio, une héroïne qui brave et séduit Rocco, le directeur de la prison, avant d’affronter frontalement Pizarro, le terrible gouverneur qui veut éliminer cruellement son mari Florestan. Cyril Teste évacue les stigmates de la terreur révolutionnaire pour plonger les personnages dans un univers carcéral contemporain, aseptisé par les néons et surveillé par un ballet d’écrans multi-directionnels. La romance entre Marcelline, fille de Rocco, incarnée par Mari Eriksmoen, et Jacquino, que campe Linard Vrielink, semble ainsi noyée sous dans un flux d’images alors que Siobhan Stagg qui porte le rôle titre mais sans la voix, se fait doubler avec virtuosité dans la fosse par la soprano américaine Jacquelyn Wagner. 

    La lumière de Michael Spyres

    ©S. Brion

    Sans faille, Albert Dohmen impose un Rocco généreux et bonhomme et Gabor Bretz un saillant Don Pizzaro dans un duo masculin façon polar qui fonctionne très bien, au sein d’un monde régi par les machines et les cliquetis de métal. Comme une pluie de gaieté, les enfants et les jeunes adultes de la Maîtrise Populaire de l’Opéra Comique irradient de leurs voix claires et de leurs costumes vifs la terrible claustration. Mais c’est l’apparition de Michael Spyres dans Florestan à l’acte 2, seul face public dans une combinaison rouge, les poignets menottés, perclus de douleur et d’effroi, qui rend le spectacle bouleversant. Cet artiste possède une voix qui ensorcelle, une projection de velours, et des nuances à renverser terre et ciel. Sa voix navigue suavement entre deux timbres, baryton et ténor, et s’échappe, toujours avec beaucoup d’humanité, de retenue et de tendresse. Du coup, on oublie les vidéos pas très utiles, les passages parlés inutilement sonorisés. Les musiciens de l’Ensemble Pygmalion, dirigés par l’excellent chef Raphaël Pichon, font sonner leurs instruments comme au début du 19° siècle dans une belle acoustique et une rythmique enlevée. Et c’est toujours un grand bonheur de savourer cette oeuvre, si lyrique, si puissante, à la gloire de la liberté, de la musique et de la paix.

    Hélène KUTTNER 

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