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    “Le Syndrome de l’oiseau” : sous les ailes de Sara Giraudeau

    Hélène Kuttner 27 janvier 2024
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    © Giovanni Cittadini Cesi

    La comédienne Sara Giraudeau met en scène avec Renaud Meyer un texte vertigineux sur l’enfermement d’une jeune femme par un conjoint manipulateur. Pour ce rôle de victime consentante malgré elle, Sara Giraudeau a obtenu en 2023 le Molière de la Meilleure comédienne. Elle y est éblouissante face à Patrick d’Assumçao, dans une atmosphère de conte fantastique, effroyable et pourtant si vraisemblable. Une réussite totale.

    “Je sais ce qui est bon pour toi”

    © Giovanni Cittadini Cesi

    Eve, Sara Giraudeau, est une jeune femme soumise aux ordres de son conjoint. Elle déambule en nuisette et chaussettes claires telle une poupée obéissante, prépare la purée, lave le sol et fait la vaisselle. L’appartement qu’elle occupe avec Franck, qui se fait appeler Adam, comme dans le jardin d’Eden, est un sous-sol dont une des fenêtres, en hauteur, est grillagée. Seul Franck, Patrick d’Assumçao, a l’autorisation de sortir à l’extérieur, ce qu’il fait après avoir pris soin de menotter Eve pour qu’elle ne puisse s’enfuir. De toutes les manières la porte est verrouillée par un code secret, et dehors « c’est l’enfer, dangereux ». Franck veille sur la sécurité de sa jeune femme, le sol doit être brillant comme si Sara l’avait léché, le passé et le futur n’existent pas et il est formellement interdit de les évoquer dans ce présent paradisiaque. Eve est un oiseau qui joue au piano La Sonate au Clair de Lune de Beethoven, guette le moindre éclat du soleil à travers les barreaux, n’a d’yeux que pour son fils de 4 ans, enfermé lui-aussi, et que Franck connaît à peine.

    Un texte subtil et puissant

    © Giovanni Cittadini Cesi

    Le texte de Pierre Tré-Hardy nous plonge au coeur de la dépendance d’une victime à son bourreau, par le biais d’une écriture subtile qui évite tout détail macabre ou grivois. Le couple à qui il donne vie s’aime, de toute évidence, même si l’on devine très vite l’autorité perverse du discours de l’homme et les évitements, les feintes de la femme pour éviter le conflit, la violence ou l’aveu. On songe à l’histoire terrifiante de Natascha Kampusch, la jeune Autrichienne séquestrée durant toute sa jeunesse en 2006 et qui réussit à s’enfuir, mais on songe à bien d’autres victimes inconnues et conditionnées par la même dépendance. Selon Sara Giraudeau, le titre de la pièce fait référence au Syndrome de Stockholm, le phénomène psychologique de connivence et d’empathie observé chez des otages ayant vécu longtemps avec leurs geôliers. La comédienne incarne cette jeune femme avec l’innocence et la folie nécessaires à sa survie, elle est fragile et forte à la fois, bouleversante. Pour incarner le rôle difficile de Franck, Patrick d’Assumçao est tout aussi magistral de puissance et de de perversité, de malignité et de violence. Dans le beau décor de Jacques Gabel, on suit ces deux comédiens en tremblant durant une heure et trente minutes, pratiquement sans respirer. C’est poignant.

    Hélène Kuttner 

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