“Qu’est-ce que le temps” ? Saint-Augustin se joue du temps au théâtre
© Sébastien Toubon
Au Théâtre de Poche-Montparnasse, Stanislas Roquette reprend une formidable création signée Denis Guénoun autour du philosophe chrétien Saint-Augustin sur la question du temps. Conçu comme un one man show édifiant, ce spectacle philosophique virevoltant nous rend aussi plus intelligents.
Qu’est-ce donc que le temps ?
A cette question, dans le livre XI de ses Confessions, la première autobiographie jamais conçue, Augustin, qui était docteur de l’Eglise, nous partage son ignorance : “Qui pourrait donner une explication brève et facile ? (…) Si personne ne me le demande, je sais. Si on me le demande et que je veux l’expliquer, je ne sais plus. Pourtant je suis sûr de savoir que si rien ne passait, il n’y aurait pas de temps passé, et que si rien n’advenait, il n’y aurait pas de temps futur, et que si rien n’était, il n’y aurait pas de temps présent.” Géniale contradiction que celle d’Augustin qui pointe le pouvoir de la conscience personnelle de chacun, la relativité du temps bien avant Albert Einstein. Le temps ne peut se définir avec le langage ordinaire, sauf par notre conscience, ce que nous ressentons à un moment précis. Le temps qui est passé n’existe plus, il s’est évanoui et pour répondre à ce paradoxe, Augustin invente le concept des trois présents : présent du passé, présent du présent et présent du futur. Cette pensée en perpétuel mouvement, qui traque la vérité sous le regard et l’attention permanents de Dieu, Stanislas Roquette, dirigé par Denis Guénoun, l’éprouve dans son corps même, virevoltant, tourbillonnant, à la recherche des mots précis, des réponses les plus adéquates.
La quête du temps est celle de l’acte théâtral

© Sébastien Toubon
Quel est le lien entre le temps et le théâtre : c’est qu’ils vibrent tous deux au présent uniquement, dans le présent d’une conscience et d’une représentation. Et c’est cela qui est très fort dans ce spectacle. Le comédien se saisit d’une interrogation qui lui vrille le cerveau, qui lui dévore le corps entier, pour partager son questionnements et ses doutes avec le public, dans un face à face comique et en même temps pédagogique. Par son jeu mouvant comme un feu follet, grâce à sa diction parfaite, Stanislas Roquette accomplit une performance assez remarquable, c’est d’éprouver en une représentation expressive une analyse qui chemine sans cesse. Comme pour nous faire comprendre que l’intelligence se concrétise par le mouvement et l’expression d’un corps et d’un visage, ce qui est la caractéristique de l’oralité et du théâtre. Sous le regard d’un Dieu exigeant, Augustin-Roquette fouille le sens, charcute les concepts, établit des liens sans percer le mystère d’un temps qui échappe à toute rationalité. En dehors d’une horloge dont les aiguilles nous indiquent le temps qui passe, le temps, comme la représentation théâtrale, percute la conscience de chacun de nous de manière très personnelle, très affective. Ce spectacle nous en livre le témoignage éclatant.
Hélène Kuttner
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