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    “Top Hat” au Châtelet : un rêve dansant

    18 avril 2026
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    ©-Johan-Persson

    Porter à la scène l’une des comédies musicales les plus iconiques du cinéma américain, avec un plateau d’artistes formidables et un orchestre qui pulse et fait applaudir la salle en rythme, c’est le défi largement gagné de ce spectacle mis en scène et chorégraphié par Kathleen Marshall, qui magnifie la partition signée Irving Berlin datée de 1935. Venue de Londres et rodée comme une rutilante Rolls Royce, dans des décors superbes, « Top Hat » nous met en joie et séduit un très large public. Un bonheur !

    ©-Johan-Persson

    Hommage à Fred Astaire et Ginger Rogers

    On se souvient tous de ce couple mythique, danseurs et chanteurs virtuoses, qui faisait des claquettes en riant, Fred Astaire suprême d’élégance et de légèreté courtisant Ginger Rogers dans une légendaire robe à plumes, dans un film réalisé par Mark Sandrich en 1935. Le cinéma américain impulsait au public transi son énergie jazz, rapide et populaire comme les voitures qui sortaient des usines Ford, pétillante de vitalité et bruyante comme la vie à New-York, à travers une succession de numéros virevoltants, réglés comme du papier à musique sur une partition d’Irving Berlin, auteur et compositeur de près de 500 chansons, dont la célèbre « Cheek to Cheek » qui fit danser amoureusement des milliers de couples. À l’instar de Georges Gershwin, Jérôme Kern, Cole Porter ou Richard Rodger, avant même Bernstein ou Sondheim, tous joués au Châtelet, Berlin est l’un des petits génies venus de Russie qui contribuèrent aux plus grands succès de Broadway, inventant des airs qui marquèrent la mémoire collective mondiale. Comment faire revivre ces personnages et ces numéros mythiques, reproduire cette énergie qui jaillit telle un geyser du tempo démoniaque des claquettes ? 

    ©-Johan-Persson

    Revival éblouissant

    Kathleen Marshall, metteure en scène et chorégraphe, a confié le rôle du héros Jerry à Phillip Atmore, artiste afro-descendant originaire de Californie, couronné trois fois du prestigieux Astaire Award, totalement éblouissant dans une prestation où l’artiste conjugue avec une grâce solaire les claquettes, la danse, le chant et le jeu, tout cela avec brio et un sourire ravageur. Les numéros, dès le début du spectacle, sont d’ailleurs particulièrement athlétiques, avec la prestation d’une totale élégance et d’une souplesse aristocratique de Nicole-Lily Baisden dans le rôle de Dale, la fascinante cliente au charme magnétique. Dans des décors au kitsch art déco particulièrement réussis de Peter McKintosh, qui déploient leur éclat chaleureux et coloré sur les deux faces d’un plateau tournant, l’histoire est celle d’une vedette de music hall, Jerry, invité par son producteur Horace à Londres où il doit se produire, qui tombe fou amoureux de Dale Tremont, la meilleure amie de la femme du producteur. Mais la jolie Dale pense que Jerry est le mari de Madge, sa meilleure amie qui se trouve dans un Palace de Venise, ce qui complique considérablement leur relation. 

    ©-Johan-Persson

    Panache et émerveillement

    De Londres à Venise, le spectacle enchaîne une quinzaine de numéros dansés et chantés, étoffant les cinq classiques d’origine, tandis que les scènes burlesques ridiculisent à souhait la vie conjugale dont Stuart Hickley ou Clive Carter (Horace), Emma Williams (Madge), James Clyde (Bates) et Alex Gibson-Giorgio (Beddini) sont les interprètes remarquables, à l’humour anglais renversant. Les décors, les lumières, les costumes, la virtuosité des interprètes et la causticité anglo-saxonne de leur jeu décalé, alliés à la qualité musicale et spirituelle du livret et de la partition, dirigée dans la fosse d’orchestre par le sémillant Luke Holman, font de cette production du Chichester Festival Theatre un véritable feu d’artifice qui réjouit les coeurs et provoque dans le public des applaudissements nourris après chacune des performances. C’est une totale et généreuse réussite, qui se retrouve à Paris après des mois de travail et de répétition, et il faut savourer avec bonheur cet heureux événement.

    Hélène Kuttner

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