“Night Mode” : une exposition de l’artiste franco-iranien Arash Nassiri à découvrir à la Fondation Pernod Ricard
C’est dans les espaces assombris de la Fondation Pernod Ricard que se déploie l’exposition “Night Mode”, première présentation monographique d’ampleur de l’artiste franco-iranien Arash Nassiri dans une institution française. Composée d’un ensemble inédit de sculptures et d’une vidéo intitulée “A Bug’s Life” (2026), co-produite avec la Chisenhale Gallery, à Londres, et diffusée dans leur espace entre janvier et mars dernier, cette nouvelle étape du projet offre une perspective nouvelle sur l’œuvre de l’artiste.
Toujours soutenue par une logique d’assemblage, ainsi que de rapprochements formels et conceptuels emblématiques de ce travail depuis une dizaine d’années – lesquels, parfois, pouvaient relever du choc des mondes –, l’exposition établit un parallèle singulier entre la construction d’univers factices et la perte de repères liée aux situations de migration. Cette réflexion, si elle apparait dans l’exposition « Night Mode » comme le revers d’un univers pop formé par les objets de consommation détournés de leurs usages et les références à la culture de masse, trouve avant tout un écho particulier dans le parcours biographique de l’artiste.

Vue de l’exposition Night Mode, d’Arash Nassiri à la Fondation Pernod Ricard, Paris, 2026 © Nicolas Brasseur
Né à Téhéran en 1986 et ayant vécu les premières années de sa vie au Lignon, près de Genève, dans un grand ensemble emblématique des utopies architecturales des années 1960, Arash Nassiri est aujourd’hui installé à Berlin. La capitale iranienne est cependant restée un point d’ancrage fondamental pour lui, agissant dans sa pratique comme une entité autonome et migrante venant se superposer à diverses représentations du monde, comme cela fut notamment le cas dans les vidéos Tehran-Geles (2014) et City of Tales (2017). Sans pour autant faire de la ville un révélateur venant mettre à jour les écarts qui, dans l’imaginaire collectif, s’édifient entre différentes localités, il l’envisage comme un prisme où apparaissent les fantômes et les fantasmes d’une histoire fragmentée.
Cette préoccupation se prolonge désormais dans la vidéo A Bug’s Life, qui occupe l’espace principal de la Fondation, sous la forme d’une installation immersive dont l’atmosphère lumineuse se diffuse, elle, dans la totalité de l’exposition. On y découvre, à hauteur de vue d’une marionnette d’insecte aux yeux phosphorescents, l’intérieur d’une luxueuse villa perchée sur les hauteurs de Beverly Hills. Le marbre et les dorures encadrent les meubles précieux et les escaliers majestueux que le petit animal en bois, articulé et animé de fils, visite de nuit, à l’abri des regards mais pas des dangers que représente une telle exploration pour une créature qui n’y a pas été invitée.

Arash Nassiri, A Bug’s Life, 2025. Stills. Co-produit par Chisenhale Gallery, London; Fluentum, Berlin et Fondation Pernod Ricard, Paris. Courtesy de l’artiste
Si l’on s’y attarde cependant, l’image livre progressivement d’autres indices, permettant de comprendre que cette demeure est en fait l’œuvre de l’architecte iranien Hamid Omrani. Ce dernier, célèbre pour avoir réalisé ce qui fut a posteriori nommé, de manière péjorative, les Persian Palaces, était devenu une personnalité incontournable auprès des familles fortunées de la diaspora iranienne, arrivées aux États-Unis après la révolution de 1979. Ces maisons qu’il concevait en mêlant différentes inspirations géographiques et époques, dont le style composite et les proportions massives ne sont plus autorisés depuis 2004 dans la riche commune du comté de Los Angeles, ont pour la plupart été détruites ou profondément remaniées. Celle que l’on rencontre en observant l’insecte, tout aussi intrépide que maladroit, qui traverse A Bug’s Life, en constitue à ce titre un des derniers exemples remarquables.
Ainsi l’exposition Night Mode , empruntant et bousculant les formes du divertissement par des biais divers, prolonge l’écho des questions qui régissent l’œuvre d’Arash Nassiri depuis ses débuts. L’identité y est présentée dans sa nature invariablement hybride, au croisement de différentes sources d’influences et de multiples désirs, telle une construction complexe en permanente recomposition.

Vue de l’exposition Night Mode, d’Arash Nassiri à la Fondation Pernod Ricard, Paris, 2026 © Nicolas Brasseur
À propos d’Arash Nassiri
Né en 1986 à Téhéran, en Iran, Arash Nassiri vit et travaille à Berlin.
Diplômé des Arts Décoratifs de Paris en 2012, il a poursuivi sa formation au Fresnoy – Studio national des arts contemporains. Son parcours inclut également l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris ainsi que l’Université des Arts de Berlin, où il a séjourné en 2010. Son travail explore entre autres l’héritage de l’influence occidentale sur Téhéran. Sa pratique s’inspire des langages visuels des clips musicaux, de la télévision et du cinéma, qu’il réinvestit en formats familiers transformés en formes spéculatives et allégoriques. Il s’intéresse plus largement à la manière dont les environnements bâtis absorbent et reflètent les histoires de migration, de déplacement et d’hybridité culturelle.
Parmi ses expositions récentes figurent Half-Light (KW Institute for Contemporary Art, Berlin, 2024), Rayon Jouets (Hangar Y, Paris, 2024), GRIS NARDO (Octo Productions, Marseille, 2023), Barbe à Papa (CAPC Bordeaux, 2022) et Metabolic Rift (Berlin Atonal, Kraftwerk Berlin, 2021). Ses œuvres vidéo ont également été projetées au New Directors/New Films au MoMA, à la Biennale de Berlin, à l’ICA de Londres et au CPH:DOX.

Arash Nassiri © Benedicte Gyldenstierne
Commissariat d’exposition : Franck Balland
[Source : communiqué de presse]
Articles liés

“Dracula, la parodie hilarante et terrifiante !” en avant-première à l’Apollo Théâtre
Jonathan Harker, agent immobilier anglais, part en Transylvanie pour finaliser la vente de plusieurs appartements à Londres. Il y rencontre le comte Dracula, un vampire excentrique et pansexuel, qui a décidé de quitter sa terre natale pour s’installer en...

“L’Amant” s’installe au Théâtre de Paris après son succès au Festival d’Avignon 2025
Après son succès au Festival d’Avignon 2025, joué à guichets fermés chaque soir, la pièce « L’Amant » s’installe en Salle Réjane du Théâtre de Paris, pour 25 représentations exceptionnelles, à partir du 29 mai 2026. “Coup de cœur Festival Off Avignon 2025″ Télérama “Un face-à-face sensuel et venimeux” L’Affiche...

“Aura Bleue”: un solo show d’Alexandre Clair à la galerie By Lara Sedbon à voir jusqu’au 20 juin
L’exposition “Aura Bleue” présente un ensemble de peintures d’Alexandre Clair, qui s’attachent à explorer la dimension la plus solennelle et sacrée de la médecine. Ce projet, soutenu par la galerie By Lara Sedbon, prend la forme d’un écho familial,...






