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    Hamlet mis en scène par Daniel Mesguich – Théâtre de l’Epée de Bois

    30 octobre 2014
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    Hamlet

    De William Shakespeare

    Mise en scène : Daniel Mesguich

    Traduction et adaptation : Daniel Mesguich

    Du 4 au 30 novembre 2014 Du mardi au samedi à 20h30
    Le dimanche à 16h

    Tarif : de 7 à 18€

    Réservation en ligne

    Durée :3h avec entracte

    Théâtre de l’Epée de Bois:
    Route du Champs de Manœuvre
    75012, Paris
    M° Château de Vincennes
    Navette Cartoucherie, à partir d’1h avant la représentation

    www.epeedebois.com

    Du 4 au 30 novembre 2014

    “On n’en a jamais fini avec Hamlet. C’est comme un fleuve gros de l’infinité des sens et aujourd’hui, je le remonte. Depuis que je l’ai mis en scène la première fois, Hamlet, spectre de toutes les pièces du monde, n’a cessé de hanter tous mes travaux. Il y a plus de quarante ans, je disais : « ce qu’il faudrait, ce serait remonter Hamlet tous les dix ans. » je l’ai fait. Non pas dans le vain espoir d’en finir un jour, mais pour Nous mesurer, non à lui, mais à nous-même. Un duel encore, mais celui-ci n’est pas meurtrier. C’est d’amour qu’il s’agit.”

    Hamlet de Shakespeare est une histoire qui n’en finit pas.

    Sa centaine de pages en est, en réalité, cent milliards de milliards, au moins. Le simple répertoire des titres seulement (à raison d’une ligne par titre) des ouvrages publiés qui lui sont directement consacrés serait plus épais que le bottin de New York ! Autant dire que si l’on voulait lire tous les livres que cette petite centaine de pages intitulée Hamlet a suscités, il faudrait vivre – et en ne faisant que cela ! – plusieurs centaines d’années !…

    Or, s’il est vrai – comme je le pense – que mettre en scène un texte classique, c’est non seulement mettre en scène un texte visible, bien sûr (le texte littéral, imprimé), mais aussi– et à la différence des textes contemporains – mettre en scène un second texte, invisible –composé de la mémoire du texte visible, de son histoire, de sa « poussière » : gloses, commentaires, analyses, exégèses, souvenirs d’autres mises en scène, etc.) – alors, mettre en scène Hamlet – qui est, dit-on, le classique des classiques –, c’est, vous en conviendrez, une entreprise qui relève, d’emblée, de l’interminable même. De l’impossible. Ou de la folie. Plus encore que pour quelque autre texte, on peut dire que personne, jamais, n’a mis ni ne mettra en scène Hamlet. Plus encore que pour quelque autre texte, on peut dire que personne, jamais, ne l’aura seulement lu.

    Quant à moi, quels que soient mes autres travaux– et si divers puissent-ils paraître – je n’aurai fait, au fond, je le sais, que tenter de mettre en scène Hamlet toute ma vie, et je reviens toujours à lui, à sa lettre, inlassablement, tous les dix ans. Comme si c’était me « ressourcer », pour ne pas perdre le Danemark, – ce nord –, trop longtemps… Comme si c’était, aussi, pour me mesurer à lui, en un duel perdu d’avance ; ou, encore, à lui me mesurer, prendre, à l’aune de cet « absolu », la mesure de mon temps, relatif…

    Je reviens toujours à Hamlet. Ou c’est que toujours Hamlet me revient, que, du moins, il m’en revient toujours quelque chose, puisqu’à chaque lecture, en effet, je lui prête, j’investis : quelque chose m’en revient, donc, et, cela à peine dit, déjà le voici, revenant, spectre, oui, tous les dix ans, sur mes propres remparts. Et s’il revient à moi, c’est aussi que, par lui, à travers lui, je reviens moi-même à moi, comme après dix ans qui auraient été d’évanouissement.

    Hamlet joue. Ce jeu est tout sauf un amusement. C’est, si l’on peut dire, l’essence même du monde. The play is the thing : la pièce (le jeu, le théâtre), c’est la chose même.  De deux pièces de bois disjointes, on dit qu’entre elles, il y a du jeu… Eh bien, ce qui, entre une chose et une autre, joue, c’est cela, au fond, la chose. La chose même, nous dit Shakespeare. Ce jeu – cette inassignable différence, cette vibration essentielle, ce vide constitutif, c’est Hamlet.    

    Mettre en scène Hamlet, ce n’est donc pas seulement pour moi raconter l’histoire d’un prince mélancolique au Danemark, comme s’il ne s’agissait que de présenter sur la scène une sorte de dramatique « télévisée » sans caméra. Ce n’est pas même profiter de telle ou telle résonnance que le texte pourrait avoir à notre époque, et produire quelque mise en scène « analogique » (ces mises en scène, vous savez, de « l’heureuse coïncidence » : quelques idées, quelles qu’elles soient, d’autre part résumables en dix lignes dans n’importe quel article de revue, et obligeamment mises en dialogues par l’insu de William Shakespeare). Car il ne s’agit jamais, au théâtre, de procéder à quelque lecture des textes au sens du résultat (lectura), mais à une lecture active, en direct, dont chaque élément engage le tout du théâtre (lectio).

    Mettre en scène Hamlet, c’est aspirer à mettre en scène le théâtre. Cela commence comme une légende : dans des temps très reculés, là-haut vers le nord, au bout du monde, il était un royaume… Ces temps très reculés ne sont pas une origine. Ils sont passage, plutôt, frontière sans dimension de la fin d’un jour à l’aube d’un autre. Du cœur d’Elseneur au reste du monde.

    C’est Hamlet qui dit cela aux comédiens de la cité au propos d’une pièce jouée jadis. Cela pourrait être dit d’Hamlet. Que chacune de ses lignes soit savamment préparée, de cela on peut être certain, et chaque nouvelle lecture les fait plus savantes encore.

     Depuis que je l’ai mis en scène pour la première fois, il y a trente ans déjà, Hamlet, spectre de toutes les pièces du monde, n’a cessé de hanter tous mes travaux.

    Il y a quarante ans, je disais : « Ce qu’il faudrait, ce serait remonter Hamlet tous les dix ans. » Je l’ai fait. Non pas dans le vain espoir d’en finir un jour, mais pour me mesurer, nous mesurer. Non à lui, mais à nous-mêmes. Un duel encore, mais celui-ci n’est pas meurtrier. C’est d’amour qu’il s’agit.  Daniel Mesguisch

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