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« Corps étranger » – Galerie du Passage

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« La boulangerie a été mon premier métier. La transformation de la pâte en pain me fascinait. Je n’aimais pas mon corps, malingre, et j’ai voulu le remodeler en pièce montée, comme une pâtisserie ». Il est gonflé, Martial Cherrier. D’ancien chef pâtissier, il devient ainsi champion de France de body-building et dérive vers le « body art ». Peintre, photographe et vidéaste, cet ancien culturiste est donc avant tout le sculpteur d’une œuvre vivante : son corps métamorphosé par l’absorption massive de substances ingérées ou injectées – aliments, hormones ou stéroïdes anabolisants.

 

Le corps comme construction sociale

Martial Cherrier conserve obsessionnellement les milliers d’emballages de ces substances qu’il consomme. En 1998, il débute ainsi la série « Food or drugs », photographies de photographies visionnées sur un écran de télévision. Mises en abyme, ces œuvres représentent son corps tout en muscles sur-imprimé sur les emballages des produits dopants absorbés, comme « Androtardyl » ou « Dynabolon », qui le réduisent à un produit de consommation packagé. En filigrane se dessine ici l’autre versant de son travail : « une réflexion politique sur le statut social du corps, et donc nécessairement sur le statut du corps social. Le corps est ici montré comme encapsulé dans un emballage, comme s’il était un produit. Martial Cherrier exhibe avec violence le fait que le corps n’est jamais un donné naturel, mais une construction sociale, une fabrication. », commente le philosophe Dominique Quessada.

En donnant à voir des substances prohibées comme une part indissociable de lui-même, Martial Cherrier montre en même temps un corps marqué par l’excès, un corps socialement inassimilable, un corps intégralement asocial, un corps affranchi de la détermination biologique comme de la coercition politique. En bref : un corps hors-la-loi. Mais pourquoi un body-builder tel que Martial Cherrier, taraudé par la hantise du corps plat, choisit-il paradoxalement la photographie pour présenter son travail, réduisant à deux dimensions la représentation d’un corps gonflé à bloc ? Cela participe en réalité de sa réflexion sur la production de l’acte artistique. En mettant l’accent sur ces substances qui sculptent le corps, Martial Cherrier intègre à son œuvre les outils qui ont servi à la façonner.

Quand l’art donne des ailes…

La galerie du Passage expose également des autoportraits issus de la série « Fly or die » réalisée en 2006. Martial Cherrier y apparaît pourvu d’ailes de papillon, mariant la puissance et le poids de son corps à la fragilité et la légèreté du lépidoptère. Il explique : « Faire 120 kilos de muscle, c’est être monstrueux, et en même temps unique, rare comme une œuvre d’art. Plus on approche de cette perfection physique, plus on est proche de la pathologie, c’est-à-dire de l’extase et de l’anéantissement. Plus le body-builder forcit, plus il est fragile. » Comme un papillon, prêt à se brûler les ailes.

Et de même que le papillon est capable d’accomplir dans son existence une métamorphose complète et surprenante, l’art (de) Martial révèle la transformation d’un corps de super-héros, parfaitement artificiel. Derrière l’euphorie de la perfection et l’affirmation de la différence se devine le drame implicite et permanent d’une existence mortelle.

 

Hors normes, dans un excès qui le situe aux limites de la référence humaine, ce corps auto-gendré est revendiqué par Martial Cherrier comme sujet, objet, support, substance, matériau et cadre de son art. Il dénonce ainsi le paradoxe d’une société qui prône le culte du corps tout en imposant des modèles physiques uniformisés largement véhiculés par la publicité. Avec démesure, Martial Cherrier incarne la critique de la normalité.

« Corps étranger »
Du 9 juin au 31 juillet 2009
Vernissage mardi 9 juin 2009

Ouvert du mardi au samedi – De 11h à 19h
Informations : 01 42 36 01 13
Galerie du Passage
20/26, galerie Véro-Dodat – 75001 Paris
Métro Palais Royal Musée du Louvre (ligne 1)

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