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    D’Days 2014 : Entretien avec le designer Antoine Boudin

    22 mai 2014
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    La mauvaise herbe, ça existe ? Entretien avec Antoine Boudin 

    Le 22 mai 2014

    artmediaagencyLe travail d’Antoine Boudin, designer français, est au cœur de différents projets à Paris, alors que les D’Days mettent le design à l’honneur jusqu’au 25 mai. Le Palais de Tokyo et la maison Hermès présentent tous les deux son travail avec la canne de Provence, graminée géante très présente dans le sud de la France.

    Au Palais de Tokyo, l’exposition « arundo e estrambord » lui est dédiée. Il en assure d’ailleurs la scénographie. En parallèle avec cette exposition, il a été́ invité par Hermès et Pascale Mussard — directrice artistique de Petit h — à travailler cette plante souvent qualifiée de « mauvaise herbe ». Ce projet propose une ligne d’objets uniques fabriqués en collaboration avec les ateliers Hermès.

    Le jeune designer évoque pour AMA son parcours, son travail et sa vision du design contemporain.

    De quelle manière le design s’est-il inscrit dans votre parcours ?

    Le design m’est venu assez naturellement. Au départ, je souhaitais être architecte naval. Mais, j’étais un cancre en mathématiques et en sciences. Quelque part, mon cerveau m’en a empêché. De fil en aiguille, j’ai développé un véritable intérêt pour l’art. Je travaillais aussi tous les étés chez un menuisier, lorsque j’étais adolescent. Mon cheminement est finalement assez cohérent. J’ai suivi l’enseignement d’une école préparatoire à Paris, avant d’intégrer l’école cantonale d’art de Lausanne, en Suisse. Trois ans plus tard, j’y recevais le diplôme de designer industriel. Pour ce diplôme, j’ai conçu un bateau de camps à voile latine, Quieu Bagna.

    Je suis ensuite parti à Londres et je suis devenu l’assistant d’un designer qui s’appelle Alexander Taylor. Et en 2009, j’ai remporté le Grand Prix Design Parade de la villa Noailles.

    Pourriez-vous nous en dire plus sur l’objet qui vous a permis de remporter ce prix ?

    Il s’agit d’un fauteuil, D’eici se vei l’Almanarre. Cela signifie : d’ici on voit l’Almanarre, une plage de Hyères, que l’on peut effectivement contempler depuis la villa. C’est un hommage à son histoire et aux designers qui l’ont meublée du temps de Charles et Marie-Laure. À travers ce fauteuil, j’imaginais la vision d’un designer en 2008, 2009, sur le tube, son cintrage et le textile. Je voulais faire un nouveau fauteuil, séparé de quatre-vingts ans de ceux de Marcel Breuer ou de Djo-Bourgeois, par exemple.

    Et après le Prix Design Parade, que s’est-il passé ?

    J’ai travaillé pour François Azambourg pendant un an et demi, en tant qu’assistant. J’ai fini par quitter Paris. J’avais de plus en plus de travail personnel et je souhaitais retrouver le sud de la France. Pendant six mois, je me suis installé à Marseille, pour finalement m’établir à Hyères, où je vis encore actuellement. En effet, en 2011, après ces six mois à Marseille, Jean-Pierre Blanc, le directeur de la villa Noailles m’a trouvé une maison abandonnée, celle du jardinier de Charles de Noailles, en bas du jardin. J’avais besoin d’espace pour travailler !

    Cela m’a aussi permis de me rapprocher de Toulon, où j’enseigne à l’École Supérieure d’art. C’est d’ailleurs passionnant. L’enseignement dialogue harmonieusement avec mon travail. Cela permet de transmettre, mais aussi de se remettre en question, pas uniquement dans le domaine du travail. Un étudiant, c’est un formidable miroir, parfois très direct.

    Il faut aussi souligner que mon travail avec Hermès est vraiment lié à cette expérience à la villa Noailles. Pascale Mussard, la directrice artistique de Petit h s’y rend plusieurs fois par an.


    Comment avez-vous commencé à travailler la canne, qui est au cœur de l’exposition du Palais de Tokyo et du projet avec Hermès ?

    C’est un matériau incroyable. La canne est une plante qui existe dans l’ensemble du bassin méditerranéen. À Hyères et dans le Var, elle est cultivée pour faire des anches. Ce sont des petites lamelles de canne qui entrent en vibration dans le bec d’un instrument à vent. Je me suis tout de suite intéressé à ce savoir-faire. C’est une industrie qui génère énormément de déchets. Je me suis dit qu’il devait être possible de les revaloriser et d’en faire quelque chose. J’avais donc un stock énorme de ce matériau que je pouvais utiliser. Je me suis demandé ce que je pouvais faire. Le premier objet a été la lampe Eliou, qui est actuellement exposée au Palais de Tokyo.

    Au même moment, il y a eu la bourse Agora, à laquelle j’ai postulé. C’est un prix assez particulier, puisqu’il s’agit de présenter des idées, et non des objets déjà réalisés, afin d’obtenir les moyens financiers pour les réaliser. Dans ce cadre, j’ai créé des échantillons qui les ont séduits. Les premières choses qui sont donc nées, ce sont des échantillons et non des objets.

    La lampe Eliou a été un des premiers objets, puis il y a eu différentes déclinaisons. Cela a été jusqu’au bateau. J’ai un amour quasi obsessionnel pour les bateaux. Pour moi, ce sont plus que des objets. Ils ont une âme. C’est incroyable de mettre un bateau à l’eau une fois qu’il a été construit. Il est sublimé par contexte de la nature et par la magie de la physique. Cela me trotte tout le temps dans la tête. Faire du mobilier, c’est une pratique courante pour un designer. Moi, j’ai toujours eu envie de bousculer cette idée et de faire des bateaux.

    Jean de Loisy, le président du Palais de Tokyo, a été touché par la lampe Eliou, une simple canne avec un fil électrique qui passe à l’intérieur, une ampoule au bout et du scotch d’électricien. Il l’a vue à la villa Noailles. Il a découvert le reste de mon travail par la suite. J’ai une chance, il est marin, il a fait le tour de monde. Il a trouvé quelque chose qui résonnait en lui dans mon travail.

    Néanmoins, malgré l’exposition actuelle au Palais de Tokyo, je suis designer. Mon métier, ce n’est pas de faire des expositions. Je le fais, car c’est intéressant et c’est une vitrine passionnante, mais je ne travaille pas de manière différente pour autant. Je cherche à faire des objets pour le public. Mon approche reste la même.

    Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le design ?

    On n’invente rien, moi le premier. On fait tous un peu du réchauffé, à notre sauce. Néanmoins, « tout est dit, tout est fait », est une posture pessimiste que je n’aime pas et n’adopte pas. Mais il y a « faire » et « faire ». Je pense qu’il est toujours possible de faire, en se décalant, en regard les choses différemment.

    Le design contemporain comporte des choses passionnantes et merveilleuses, des personnes de talents avec un regard très juste et pertinent. Il y a aussi les fumistes, les suiveurs. Il y a aussi le filtre de la presse, qui crée un certain effet mouton. On nous donne à voir beaucoup de choses semblables. Je suis plutôt pour des couleurs multiples.

    Art Média Agency

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