Nancy Spero – Centre Pompidou
Nancy Spero a renouvelé la pratique graphique, en marge du monde de l’art et de ses mouvements, par des pratiques et des matériaux modestes – feuilles de papier collées, impressions à la main, découpages… Élève à l’Art Institute of Chicago, place forte de la peinture figurative, l’artiste étudie à l’École des beaux-arts, à Paris, de 1949 à 1950, et revient y séjourner de 1959 à 1964. À son retour aux États- Unis, Spero s’engage contre la guerre du Vietnam et traduit son horreur dans sa première série d’oeuvres, les War Paintings (1966-1969). Inséparable de ses prises de position, son parcours artistique — résolument construit comme une lutte — est alors nourri de ses combats. Dès 1969, elle rejoint les Women Artists in Revolution (WAR) et participe en 1972 à la naissance de la première galerie coopérative pour femmes à New York, AIR (Artists In Residence). “Je peux parler plus directement (ou de manière biaisée) par la peinture et l’estampe, articuler par la main, le pinceau, plutôt que par des mots, par ma bouche.” (Nancy Spero, “Substitutes for my body”, ARTFORUM, 1998)
Bien souvent l’oeuvre n’est pas parole, mais cri. Un cri articulé, tel qu’il fait surface dans l’oeuvre sombre de la fin des années 1950 : Les Anges, Merde, Fuck You. Lectrice d’Antonin Artaud, Spero trouve dans l’art un moyen d’exprimer son refus de l’ordre social institué. Elle lui rend hommage avec les Artaud Paintings (1966-1969) et Codex Artaud (1971-1972), série où elle instaure l’utilisation de bandes de papier, verticales ou horizontales, dans la tradition des papyrus égyptiens, des rouleaux chinois et des frises antiques.
Nancy Spero se consacre ensuite exclusivement à la représentation de la femme. Commentant ses oeuvres en 1994, elle déclare : “J’ai décidé de faire de la femme la protagoniste, de la dépeindre comme libérée, même si je sais que ce n’est pas vraiment le cas […] L’histoire des femmes que j’envisage n’est pas linéaire ou séquentielle. J’essaie, dans tout ce que je fais, de la rendre actuelle.” Ses grands cycles sur papier, pour lesquels elle met au point un système de collages et de figures imprimées, donnent à voir des personnages féminins issus de cultures et d’époques différentes : The Hours of the Night (1974), Notes in Time on Women (1979), The First Language (1979-1981) et Azur (2002). Son oeuvre, habitée d’une violence latente, n’en prend pas moins l’allure fine et fragile de bandes de papier imprimées, se livrant — pour reprendre le titre d’une de ses dernières oeuvres — comme un Cri du coeur.
Nancy Spero
Commissariat : Jonas Storsve,
conservateur au musée national d’art moderne, commissaire de l’exposition
Du 13 octobre 2010 au 10 janvier 2011
Tous les jours de 11h à 21h, sauf le mardi
Renseignements 01 44 78 14 63
Tarifs : 12 à 10 euros, selon période
Tarif réduit : 8 à 9 euros
Accès gratuit pour les adhérents du Centre Pompidou (porteurs du laissez-passer annuel)
Billet imprimable à domicile : www.centrepompidou.fr
Centre Pompidou
75004 Paris
Métro Hôtel de Ville, Rambuteau
Articles liés

Alice Bié dans “Chattologie” : un seule en scène ouvert à toutes et à tous à la Comédie des 3 Bornes
“Chattologie” est un spectacle ouvert à tous.tes. On y parle de règles, flux, et tampons. Et de ce qui s’y cache de très drôle et de pas drôle du tout. Il y a aussi quelques gros mots tels que...

Sherlock Holmes revient au Grand Point Virgule
Le richissime Charles Baskerville est retrouvé mort sur les plaines du Dartmoor, en Angleterre. On raconte qu’un chien diabolique s’attaque à tous les héritiers de cette famille. Le fameux détective Sherlock Holmes et son fidèle acolyte, le docteur Watson,...

“Conversation intime” avec Michèle Bernier au Théâtre de Paris
Le Théâtre de Paris, associé à Catherine Ceylac, propose une soirée exceptionnelle le mercredi 22 avril prochain, avec la comédienne et humoriste Michèle Bernier. Autour d’échanges sincères, drôles et émouvants, sur le principe de “Conversation intime”, Michèle Bernier se livrera sur la...






