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    “Nina c’est autre chose” de Michel Vinaver au théâtre de la Colline

    26 mai 2009
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    vinaver

     

    Leur mère est morte et ils habitent ensemble, deux frères, quarante ans passés, célibataires, une vie réglée. Sébastien, qui travaille dans une usine, est passionné par la comparaison entre les différentes nationalités. Charles ouvrier coiffeur est moins profond, ils s’entendent bien et ça pourrait continuer comme ça. Mais Charles introduit de force Nina, sa petite amie, dans leur vie commune, celle-ci se met à craquer mais sans se défaire. Au contraire la vie ne cesse, à partir de là, de se faire, puisqu’il y a maintenant les contradictions, les tensions, un incessant éclatement.

     

    La pièce, écrit Vinaver, est une chronique. Du temps ainsi saisi quoi dire de mieux qu’il passe ! Riche en surface de toutes les variations possibles mais pauvre en indications réellement directives. La chronique n’est pas l’histoire : elle n’a pas son surplomb et le systématisme ou même la causalité lui manque. De fait : ni exemplaire, ni arbitraire. Résistante, réfractaire, elle ne se laisse  pas piéger d’un mot puisqu’il en faut au moins deux et comme pour les thèmes, les motifs et les répliques, l’écriture, ici – et du même coup, avec elle, les multiples éléments de la représentation – consiste dans le maintien exigeant de l’entrelacs et de son corrélat : l’égalité contre toute prédominance. Abolition des privilèges.

    À l’oeuvre donc et dans l’écriture seule, deux forces d’apparence contradictoire : prolifération irrésistible des motifs de la vie courante dans le chaos dynamique et aveugle de leurs incessants télescopages et, venue d’on ne sait quel ressort dissimulé, cette nécessité pourtant – au risque de l’inertie – d’un ordonnancement, d’une configuration qui, sans contourner les pertes que le temps fait subir, pourrait permettre, en quelque sorte, de s’y (re)trouver. Croc-en-jambe permanent à qui voudrait s’en sortir par un discours général a priori orienté ; maigre et torturant espoir pour qui se sait englué dans l’informe. Il faudra bien s’y résoudre, la clé est dans l’acceptation des autres, de soi, du « réel ». Le tout âprement conquis (et pourquoi pas initiatique) : il en faut plus qu’il n’y paraît pour passer d’une ouverture en rôti de veau (aux épinards) à un final en merguez purée (en sachet instantané, bien sûr). Ni plus ni moins peut-être qu’une révolution – le mot est de Nina elle-même. Il est ironique. Ou pas. Le risque est toujours grand, dans cet art de faire et de défaire, de s’emmêler tous les pinceaux oumieux encore les cheveux puisque la souris – c’est ainsi qu’elle se désigne – est shampouineuse. Chronique d’un temps court et on ne peut plus défini : une année. Des semailles aux semailles (en passant par la moisson, les vendanges et la tonte) aurait dit Hésiode pour décrire son calendrier rural qui fait la moitié de ses travaux et de ses jours ; titre que Vinaver, évidemment notre contemporain, reprendra à la lettre pour sa pièce suivante. Un an seulement. C’est dire que le temps qui précède l’année soixante-seize est pour les deux frères quarante fois plus important (moitié moins pour Nina) que celui de nos douze morceaux ; quand à celui qui s’ouvre pour eux trois, une fois les morceaux digérés, il est – statistiquement au moins – tout aussi imposant. Modestie ou, là encore, acceptation du propos fragmenté : cette chronique est de nature intermittente (comme se qualifie aussi, à ce qu’on dit, le coeur). Et pourtant, de secousses en secousses (les véritables séismes, à ce qu’on croit, sont toujours à l’autre bout de la terre), d’incidents en accidents, se forment et se déforment – par effet de langage – les corps et les esprits, leur inertie et leur motricité, jusqu’à l’équilibre inévitablement précaire d’un partage où chacun reconnaît en l’autre le bienfait de leur rencontre.

     

    “Nina c’est autre chose” de Michel Vinaver
    Mise en scène de Guillaume Lévêque
    Création lumières de Pierre Peyronnet
    Conseil décors de Claire Sternberg
    avec Léna Bréban (Nina), Luc-Antoine Diquéro (Sébastien), Régis Royer (Charles)

     

    Du 28 mai au 27 juin 2009
    Du mercredi au samedi à 21h, le mardi à 19h, le dimanche à 16h (relâche le lundi)

    Plein tarif 27€, le mardi 19€, moins de trente ans 13€

    Réservation au 01 44 62 52 52

     

    Théâtre National de la Colline

    15, rue Malte-Brun 75980 PARIS CEDEX 20

    Métro : Gambetta
    Bus : 26, 60, 61, 69, 102
    Taxis : Station Gambetta

     

    www.colline.fr

     

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