Qui a peur de Virginia Woolf : quatuor explosif à l’Œuvre
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Qui a peur de Virginia Woolf ? D’Edward Albee, traduction de Daniel Loayza Mise en scène d’Alain Françon Avec Jusqu’au 3 avril 2016 Du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h Tarifs : de 10 à 42 € Réservation en ligne Durée : 1h55 Théâtre de l’Œuvre M° Place de Clichy |
S’atteler à la célèbre pièce d’Edward Albee, devenue en 1967 un film culte de Mike Nichols avec le couple star Elizabeth Taylor et Richard Burton, s’avérait aujourd’hui plutôt risqué. C’était sans compter Dominique Valadié et Wladimir Yordanoff, acteurs fauves dirigés de main de maître par Alain Françon dans un huis clos effrayant. Il fallait s’attendre à une joute sanglante, à un huis clos théâtral où deux couplent jouent à cache-cache face à eux-mêmes, dans la nuit alcoolisée d’une maison bourgeoise d’un campus universitaire américain. La nouvelle mise en scène d’Alain Françon éclaire deux grands acteurs dans la pleine intensité de leur talent, Dominique Valadié qui incarne Martha, fille du doyen de l’université, et Wladimir Yordanoff son mari, un prof d’histoire. Ils font face à deux jeunes époux, incarnés par Julia Faure et Pierre-François Garel, épatants également, qui font figure de blanches colombes égarées comme par mégarde dans un “trou à rat” habité par des loups. La réussite d’Edward Albee dans cette œuvre phare du théâtre américain réside dans une suite d’affrontements et de coups fourrés gorgés d’ironie, de cruauté et de mensonges, autant d’armes affûtées comme des lames de rasoir dont Martha, dans ses délires alcoolisés, et George, dans sa virilité bafouée, se servent tour à tour. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi la pièce est une partition rêvée par tous les acteurs ! Dans la traduction de Daniel Loayza, ces deux monstres s’étripent avec la suavité d’un Valmont et d’une Merteuil dans Les Liaisons dangereuses, jurent à chaque minute de s’étrangler, jouissent de se traîner mutuellement dans la boue à coups de provocations sexuelles ou d’injures référencées. Humour noir et perversité Alain Françon et ses comédiens parviennent sobrement à éviter le vaudeville et l’hystérie, deux écueils qui minent le texte. Dans un décor de velours rouge délabré, avec une économie de jeu et une précision diabolique, Wladimir Yordanoff semble tirer les ficelles sataniques d’un jeu de cartes truqué avec une maîtrise incroyable pour contrer le despotisme tyrannique de Dominique Valadié, son épouse frustrée et dominatrice qui semble s’inventer – fantasme ou réalité ? – une progéniture. La jeune épouse enceinte et son mari le prof de sciences naturelles, invités pour un gin à 2 heures du matin, y laisseront aussi quelques plumes en forme de névroses. Une sacrée performance théâtrale qui nous laisse K.-O. Hélène Kuttner A découvrir sur Artistik Rezo : [Photos © Dunnara Meas] |
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