Sunghee Lee – Colorer ce vide avec – galerie Marine Veilleux
Exposé lors des dernières Rencontres d’Arles, son travail a également été montré aux Etats-Unis, au Mexique, en Chine et en Afrique du Sud dans le cadre de l’exposition itinérante « Generation2 » initiée par le Musée de l’Elysée de Lausanne, et exposé à plusieurs reprises par la Galerie Valérie Bach à Bruxelles.
Reposant sur une double réflexion autour du non-lieu et de l’objet socio-sémantique qu’est le panneau publicitaire, la série « Panneaux vides » procède d’un inventaire photographique conduit six années durant à travers la Corée, la Thaïlande et le Vietnam.
En 2003, Sunghee Lee roule sur une des voies express qui encerclent Séoul. Il freine, arrête son véhicule et comme aimanté, franchit à pied le périphérique pour s’arrêter en zone d’écart, au pied d’un panneau publicitaire vacant. Il vient de faire l’expérience physique et psychique décrite par Marc Augé: « ce qui est significatif dans l’expérience du non-lieu, c’est sa force d’attraction, inversement proportionnelle à l’attraction territoriale, aux pesanteurs du lieu et de la tradition. »
Dès lors fasciné par la litanie qu’exercent ces colosses de fer sur la ville générique, Sunghee Lee dirige son exploration sur la contamination du paysage par l’étrangeté de ces signifiants déchargés de sens. C’est au travers de ces nouveaux totems qui, au sens propre, marquent le glissement contemporain du spirituel au matériel, qu’il fait l’expérience du sacré. Il opte à ses débuts, à l’instar de Hilla et Bernd Becher pour un motif central : même frontalité, même répétition du motif, même verticalité et volume, enfin même fascination pour la transposition d’un objet « sans qualités » en œuvre sculpturale. Le panneau publicitaire ici vide et mutique est à la fois la métaphore du chevalet du peintre et de l’écran blanc du cinéma. Tous les arts de l’image y sont convoqués pour parler de structure, de cadre et de hors champ.
Mais bientôt point une inquiétude. Comment éviter l’inventaire typologique ? Comment redonner de la dynamique à un sujet fixe ? Sunghee Lee multiplie les angles, les distances, attaque le point de vue. L’image en est moins hiérarchisée, la vision plus coloriste et la lumière très travaillée. L’environnement du panneau rentre dans l’image, inaugure le tableau photographique. L’espace offert, vacant, se fait alors persistance rétinienne et figure rhétorique.
La démarche de Sunghee Lee pourrait s’apparenter à celle de Stéphane Couturier qui annonce vouloir « produire une image ambigüe, une image au croisement de différentes lectures documentaires, plastiques, urbanistiques ou sociologiques. » Sunghee Lee s’approprie cette stratégie et démontre la difficulté à représenter le paysage contemporain. Il revendique, au moyen d’une esthétique de la disparition, un paysage plus que jamais lieu commun où se retrouve une civilisation en quête d’un nouvel humanisme dont il serait le fondement.
C’est donc à l’aune de cette phrase de Georges Perec, dans Espèces d’espaces que l’on peut lire l’œuvre de Sunghee Lee: « j’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles, intangibles, intouchés et presque intouchables, immuables, enracinés; des lieux qui seraient des références, des points de départ, des sources. »
Ainsi Sunghee Lee invite-t-il en contrechamp à colorer ce vide avec, à dépasser la sidération de l’affrontement visuel, pour y puiser la source d’un nouvel investissement symbolique et d’un nouvel humanisme.
Sunghee Lee – Colorer ce vide avec
Du 2 mars au 4 mai 2013
Du mardi au samedi de 14h à 19h et sur rdv
Vernissage samedi 2 mars à partir de 17h
Galerie Marine Veilleux
47, rue de Montmorency
75003 Paris
M° Rambuteau, Etienne Marcel ou Arts et Métiers
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