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    La Maladie de la famille M. aux Ateliers Berthier

    16 juin 2009
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    La Maladie de la famille M. ressemble au portrait collectif et tragique d’une famille ordinaire, mais en moins lisse, en moins verni aussi.  Et cette histoire de la famille M. vivotant dans une contrée anonyme a quelque chose d’un miroir universel, dans lequel piocher à loisir en vue de retrouver un petit ou un gros bout de l’image que l’on peut avoir de sa vie. Chaque personnage, qu’il soit père, fille, frère, sœur, ou bien prétendant, se voit doté d’un rôle aux caractères imprégnés, et d’un rôle encore plus social que théâtral. C’est pourquoi cette pièce ne verse pas dans la caricature ou dans une irréalité qui pourraient parvenir par sa poétique acerbe, mais se maintient plutôt sur le fil du non rêve et de la réalité aiguë.   La Maladie de la famille M. agit de bout en bout en synecdoque de la  vie quotidienne, de la vie perçue et rendue comme un mélange de contradictions, de sens et de non sens, d’interactions, d’altruisme, d’ isolement…
    La maladie vécue seule ou en famille a quelque chose d’un ordinaire qui n’empêche pas la tragédie : elle renvoie en folie à l’absurdité d’une vie quotidienne décontenancée par le non choix et la nécessité de composer avec. Que faire alors sinon accepter, et s’habituer au spleen qui en est comme l’inévitable corolaire ? Cette problématique sous jacente à l’écrit de Fausto Paravidino est rendue en puissance par la scénographie mélancolique de Radu Afrim. Ce dernier a fait montre d’un certain génie en pensant à l’exaltation de cette mélancolie, et ce au moyen d’une scène recouverte d’arbustes dénudés, plantés ça et là sur un tapis de feuilles rougies. Disséminés de part et d’autres sur ce plateau devenu sous-bois, on découvre un lit, une table, une baignoire… Avec Radu Afrim, le quotidien de la famille M. est donc relevé d’une fragrance automnale, lumineuse et mystérieuse,  et l’on est béat devant cette projection réussie d’une situation sociale dans une dimension onirique.
    En plus d’une scénographie au sommet, ce même metteur en scène sait s’entourer, puisque les acteurs qu’il dirige sont à la fois saisissants de vérité et déroutants de poésie par leurs échappées dansées, échappées surréalistes et folles dont on ressent la teneur exutoire.  Un spectacle suspendu entre poésie et réalité qui touche au firmament de l’art théâtral, là où les drames se mêlent aux joies, où de l’amour découle l’avortement,  et où rien pas même la mort, n’empêche la vie de suivre son cours…

    Christine Sanchez

    De Fausto Paravino
    Mise en scène Radu Afrim
    En roumain surtitré
    Jusqu’au 21 juin, du mardi au samedi à 20 h 00, dimanche à 15 h 00 (relâche le lundi)
    Location : 01 44 85 40 40 / theatre-odeon.fr
    Tarifs : de 13 à 26 euros
    Odéon- Théâtre de l’Europe
    Ateliers Berthier

    Angle de la rue Suarès et du Bd Berthier
    Paris 17 ème – Métro (ligne 13) et RER C Porte de Clichy

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