0 Shares 4459 Views

Taroop & Glabel – Ravissements (suite) – Sémiose

11 mai 2012
4459 Vues
Semiose

Depuis le début des années 90, le collectif opaque – camouflé sous ce logo sibyllin dont l’étymologie se situe entre les sourcils où poussent des poils disgracieux – déboulonne le business des croyances fleuri sur la tombe des utopies.

Comportementaliste de la soumission volontaire, anthropologue spécialiste ès lobotomie bénévole, Taroop & Glabel collectent les épiphanies de la bêtise qu’ils combatent à armes égales. Herméneute des mystifications modernes, leur généalogie du commerce de la tranquillité  d’esprit les mènent logiquement de Mickey Mouse à Jésus-Christ – qui pactisent par cet impudique baiser, ou encore de la bonne conscience défiscalisée au rachat des péchés en pièces d’or (Le livre des taxes).

Le syncrétisme des religions, du divertissement et du consumérisme, résumé dans cette équation limpide : « Lourdes + Disneyland = Las Vegas », parait ici déballer, dans un effet de miroir à la surface collante, ses armoiries suspectes, ses fétiches ridicules, ses icônes en vénaline sur contre-plaqué, sa littérature absconse et grivoise, dont la presse quotidienne régionale offre le matériel précieux.

Jeunesse a beau se passer, Taroop & Glabel ne respectent rien, ils rient de tout et ce n’est pas du goût de tous. Aux réactionnaires qui en ce printemps encore leur tapaient sur les doigts, ils auraient pu répondre par une rhétorique empruntée à Alphonse Allais : « Les gendarmes ont grand tort de malmener les criminels. Sans eux, ils n’existeraient pas ».

Mais Taroop & Glabel ne perdent pas leur temps à revendiquer leurs attentats. Si leur irrévérence fait brailler les pudibonds, c’est que le papier tue-mouche est un piège efficace. D’ailleurs, ils seraient bien mal placé pour faire croire à quelconque portée de l’art, activité plutôt vaine qu’ils pratiquent avec la même application qu’un adepte de scrapbooking. Car ce qui passe pour un coup de pinceau libérateur est ici le résultat d’un patient collage de matière vinyle ; encore la preuve qu’on se trompe sur tout, et qu’il ne sert à rien d’y coller son groin, l’art, non plus, ne nous sauvera pas. En attendant, la dérision pratiquée avec si peu de retenue déglingue d’emblée la contre-attaque, tant le rire est déconcertant. Et ce memento mori hilare parvient momentanément à élever l’esprit, soulagé de trop de sérieux.

Taroop & Glabel – Ravissements (suite)

Du 12 mai au 16 juin 2012
Du mardi au samedi, de 11h à 19h et sur rdv

Vernissage le 12 Mai de 14h à 21h

Sémiose
54, rue Chapon
75003 Paris
M° Arts et métiers

www.semiose.fr

A découvrir sur Artistik Rezo :
les vernissages à Paris en mai 2012

En ce moment

Articles liés

« Chiens » ou la liturgie du porno par Lorraine de Sagazan
Spectacle
1237 vues

« Chiens » ou la liturgie du porno par Lorraine de Sagazan

Dans une création chorale, où les cantates de Bach sont magnifiées par des superbes interprètes, Lorraine de Sagazan s’empare de la question de l’exploitation du corps féminin dans l’industrie pornographique, à la lumière d’un procès où seront jugés une...

“T.I.N.A. – There Is No Alternative” : une remise en question de la société au Théâtre Lepic
Agenda
296 vues

“T.I.N.A. – There Is No Alternative” : une remise en question de la société au Théâtre Lepic

L’échec n’est jamais qu’une réussite qui se voile la face (et inversement). Ce spectacle en est la preuve. Dans un souci de communication efficace, il m’a été demandé de résumer mon spectacle. Mais j’en suis incapable. Je suis incapable...

« Dans le couloir », un duo sublime au bord de la vie
Spectacle
715 vues

« Dans le couloir », un duo sublime au bord de la vie

Au Théâtre Hébertot, Christine Murillo et Jean-Pierre Darroussin sont deux octogénaires qui voient revenir, à leur grande surprise, leur fils âgé de cinquante-ans. La pièce est signée Jean-Claude Grumberg, qui a cousu des personnages pour ces acteurs magnifiques, dirigés...