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Anatole Boule : “L’art dans la ville grâce à la boîte de Pandore”

Marlene Braach 20 novembre 2020
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Anatole Boule, Président d'Atelier Pandore © Christoph de Barry

Un interview avec le jeune entrepreneur Anatole Boule sur la problématique de la visibilité des collections et sa vision de l’accessibilité de l’art dans la rue. Fondateur d’Atelier Pandore, il expliquera comment valoriser les collections dans l’espace public.

Qui êtes-vous ?

Je m’appelle Anatole Boule, je suis archéologue et depuis le 3 juillet 2018 je suis président d’Atelier Pandore. C’est un atelier de valorisation et d’innovation dans le domaine de la valorisation du patrimoine historique.

Qu’est-ce que c’est la boîte de Pandore ?

Très brièvement, la boîte de Pandore est une unité d’exposition mobile construite sur la base d’un container maritime que nous avons modifié. Le public est invité à observer les œuvres de l’extérieur vers l’intérieur de la boîte. Ce qui la différencie d’un container traditionnel est sa façade vitrée et son auvent qui vient protéger les œuvres des rayons directs du soleil. La boîte de Pandore permet de présenter des œuvres de musées en extérieur tout en assurant leur préservation.

La boîte de Pandore, Strasbourg © Coline Gutter

À quel moment avez-vous réalisé qu’il n’y avait pas assez de visibilité pour les collections de l’art ?

En 2015 au cours de mes études, j’ai été amené à fonder une association de gestion de musée pour le musée Adolf Michaelis de l’Université de Strasbourg. Ce musée expose principalement des pièces provenant de l’art grec et romain au sein du Palais Universitaire de Strasbourg. J’ai été marqué par le manque de visibilité du musée et son enfermement. L’association gestion de musée a vu le jour avec la volonté de rendre les collections visibles d’une manière novatrice. L’objectif n’était pas de sortir le musée de ses murs car il est fortement ancré dans l’histoire du Palais U. Nous avons alors opté pour sortir les collections afin de les faire connaître. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé qu’il existait une vraie problématique concernant la visibilité des collections de musées.

Quelle est selon vous la plus grande problématique des musées d’aujourd’hui ?

Selon moi, les musées suivent aujourd’hui des directives d’ouverture et d’accessibilité pour des publics dits “éloignés”. Les actions menées en ce sens sont soit dans les murs (visites atypiques, accueil d’événements…) soit hors les murs (visites scolaires, médiation en milieu carcéral…). Mais pour des questions bien souvent techniques, les espaces publics extérieurs sont impossibles à investir. Pourtant, ces espaces publics sont des endroits réellement démocratiques : il n’y a pas de porte d’entrée, de frais, de fouille au corps ou de restriction d’accès pour s’y rendre. Les codes de “la rue” sont compris par ceux qui y résident. Voilà pourquoi l’idée de l’Atelier Pandore est de se rendre au pied des immeubles, dans la rue, sur une place afin d’entrer dans le quotidien d’une population.

Si vous étiez directeur d’un musée aujourd’hui, quelle question vous vous poseriez ?

Être directeur est aujourd’hui une tâche complexe : les budgets se restreignent alors que les attentes augmentent. En effet, réaliser, par exemple, des actions “hors les murs” est une charge supplémentaire pour un musée qui a vocation à attirer du public dans ses murs. Pourtant, on comprend rapidement le levier que le “hors les murs” représente à la fois en termes de diffusion des connaissances, mais aussi en termes de communication, de marketing et de “produit d’appel” pour attirer des publics dans ses murs.

Je pense qu’en tant que directeur, c’est ce type de lien que je questionnerais : tirer un maximum parti des actions et des investissements que je réalise pour légitimer mon rôle dans la société moderne. Nous sommes dans une époque dans laquelle les envies des citoyens changent fortement et à une très grande vitesse (sans doute plus qu’à n’importe quelle autre période) et les musées doivent rester le reflet de cette société. Il est pourtant compliqué de faire correspondre ces bouleversements avec la structure elle-même du musée public qui conserve, étudie et présente des collections précieuses.

Scénographie pour l’exposition POST MORTEM, Strasbourg © Coline Gutter

Comment sont sécurisées les œuvres dans la boîte de Pandore ?

Il y a deux grands facteurs dans la sécurité des œuvres. L’intégrité physique de l’œuvre et sa protection contre les agressions extérieures. En bref, la boîte de Pandore a été conçue pour protéger les objets exposés de la lumière, de la température et de l’humidité. Ensuite, nous avons pris toutes les précautions nécessaires pour protéger la boîte de Pandore contre les effractions.

Comment réagissent les musées ou d’autres porteurs de collection à votre approche ?

À ce jour, il y a des questions de conservation, de sûreté et de sécurité des œuvres qui influencent les réactions des porteurs de collection. Elles résident d’ailleurs souvent dans les types d’objets présentés, leur valeur d’assurance… Mais on se rend aussi compte que la boîte de Pandore permet une projection de “ce qu’est le musée” qui permet de faire bouger les lignes. Alors, les réactions dépendent de l’état des réflexions du porteur de collection sur son lien à la société.

Quelle serait l’exposition que vous rêveriez de réaliser ?

Ce qui m’intéresse le plus personnellement, c’est l’art patrimonial. J’aimerai bien créer un festival autour d’une thématique puis y rattacher des œuvres patrimoniales (le passé), contemporaines (le présent), et futuriste (co-construite avec les citoyens par exemple). Souvent le regard sur le “passé” manque aux festivals actuels et c’est assez représentatif de l’état d’esprit de notre société. Mon “festival de rêve” ne serait donc pas uniquement limité à moi mais serait construit avec d’autres acteurs dont les citoyens.

Propos recueillis par Marlene Braach

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