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Charles Tristram : “Mon appareil photo m’a permis de cristalliser des images mentales et de figer des souvenirs”

Adèle Chaumette 5 novembre 2020
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© Charles Tristram

Rencontre avec le jeune et talentueux photographe Charles Tristram dont les précieux clichés ont déjà réussi à marquer nos esprits. Originaire de Paris et passionné de photo depuis son enfance, il nous en apprend plus sur son rapport à cet art et revient sur son périple en Asie qui lui a valu ses plus beaux clichés.

© Charles Tristram

À quel moment as-tu commencé à t’intéresser à la photographie ?

J’ai commencé à m’intéresser à la photo vers l’âge de 10 ans et c’est à ce moment-là que ma famille m’a offert mon premier appareil photo, un petit compact Canon bleu électrique. C’est beaucoup plus tard, lors de l’été de mes 18 ans que j’ai découvert l’argentique en tombant sur l’ancien appareil photo de ma mère, un compact Olympus. Je n’ai plus jamais fait de numérique depuis.

Qu’est ce qui te plait dans la photographie et quelle est la première chose que tu veux transmettre à travers tes photos ?

C’est une question super large car il y a énormément de choses qui m’attirent dans la photographie. Je pense que la chose la plus importante pour moi est que j’aime photographier les gens et être touché par quelqu’un ou par une situation, le but étant de réussir à capter un moment précis sur ma pellicule, pour toujours, et de le partager ensuite. Beaucoup de facteurs me poussent à prendre une photo : une attitude, une émotion sur un visage, une réaction, un regard… en bref, l’aura dégagée m’attire pour capturer un instant. J’ai vraiment envie de montrer à travers mes photos l’importante vitalité présente chez chacun d’entre nous.

© Charles Tristram

Quel appareil photo utilises-tu ?

J’utilise principalement deux appareils qui se trouvent être très différents : un Nikon F3 50 mm et un Olympus mju-2. Le Nikon est celui que je préfère utiliser car il me permet d’être super créatif tout en ayant le contrôle sur l’ensemble de mes réglages et m’offre la possibilité de faire de la double expo. L’Olympus est un appareil compact plus petit et beaucoup plus simple d’utilisation, on peut le qualifier de “point & shoot” : il suffit de cadrer et d’appuyer sur le déclencheur pour prendre la photo. L’approche est complètement différente de celle du reflex mais peut se révéler intéressante dans une situation vive et rapide. C’est un appareil qui peut révéler de jolies surprises.

Tu as sorti une série de photos prises dans plusieurs pays d’Asie, quels sont les éléments qui t’ont plu, intéressé et inspiré artistiquement parlant lors de ce voyage ?

J’ai en effet une série de photos sur deux voyages que j’ai fait entre 2019 et 2020 : le premier entre le Vietnam, le Laos, le Cambodge et la Thaïlande, et le second en Inde pour le mariage du frère d’un pote. C’est durant ces voyages que ma pratique de la photo a pris une autre ampleur. Mon appareil m’a permis de cristalliser des images mentales et de figer des souvenirs du surplus de découvertes, qu’elles soient sensitives, humaines ou culturelles. J’ai pris énormément de plaisir à photographier les gens que je rencontrais, apercevais dans la rue et j’ai aimé garder un souvenir durable d’eux, de leurs pays, de leurs habitudes, de leurs façons de vivre…

© Charles Tristram

On retient notamment un certain nombre de portraits, quelle approche as-tu eu en photographiant ces personnes ?

Les prises de mes portraits se sont effectuées avec différents approches. À certains moments, j’aime que les personnes que je photographie ne s’en rendent pas compte afin qu’elles ne modifient pas leur façon d’être et que je puisse enregistrer ce qui m’a touché chez eux. Cela me permet d’obtenir une version non modifiée de leur comportement, contrairement à une photo où le sujet pose. Sinon, il m’est aussi arrivé de photographier des gens que je venais de rencontrer et avec qui j’ai passé un bon moment : que ce soit après une partie de carte dans la rue, le partage d’un repas… Un vrai lien était établi. J’ai également pris quelques photos de personnes que je ne connaissais pas et à qui je demandais la permission de leur tirer le portrait. Dans ce cas, la confrontation avec l’appareil peut être super intéressante, à condition que l’échange entre nous se passe bien et que le sujet soit assez à l’aise pour faire ressortir quelque chose de profondément ancré en lui.

© Charles Tristram

En mars dernier a eu lieu ton premier vernissage. Quel a été ton ressenti face à l’exposition de tes œuvres pour la première fois ?

C’était à la fois super stressant et super excitant ! Même si c’était un petit évènement pour débuter, ça représentait beaucoup pour moi que des gens se déplacent et prennent de leur temps pour venir voir mes photos. Cette expo représentait également la dernière étape d’un cycle et ça m’a beaucoup touché. J’ai trouvé génial de voir que certaines personnes étaient vraiment intéressées par l’origine de la photo ou par la petite anecdote qui se cache derrière… J’ai eu la chance de réaliser ce projet dans le restaurant Toloache (18e arrondissement) qui m’a permis d’exposer pour la première fois, et mon pote DJ Kuby était également là pour mixer pendant l’expo, ce qui a rendu l’évènement encore plus appréciable.

Tes derniers clichés en date ont été pris lors du rassemblement pour Adama Traoré, contre les violences policières le 2 juin dernier. Pourquoi était-il important pour toi d’immortaliser ce moment ?

Je suis simplement allé à ce rassemblement par conviction et, ayant toujours mon appareil sur moi, en ai profité pour photographier ce moment et ses contradictions, sa beauté et sa violence. Ça a été un moment très fort à vivre et j’ai simplement eu envie de capturer tout ce qui se déroulait autour de moi. Personnellement, à l’échelle où je me situe, je ne pense pas que mes photos transmettent un message politique et engagé, bien qu’elles aient le mérite d’exister en racontant l’évènement d’un certain point de vue. J’ai beaucoup de respect pour les photographes que j’ai pu rencontrer ce jour-là, qui eux, dédient vraiment leur travail et leur temps à la tâche. Grace à eux, il est possible pour nous tous de constater ce qui se passe réellement dans notre pays, et notamment dans les manifestations. Cela m’inspire beaucoup et j’aimerais à l’avenir élargir ma pratique de la photo, notamment en me rendant régulièrement aux manifestations, dans cette optique d’informer sur la réalité.

Selon toi, la photographie est-elle un moyen d’expression fort et puissant dans ce genre de contexte ?

Bien sûr, je suis persuadé que la photographie est un médium super puissant dans ce genre de contexte : il y a tellement d’énergies et d’émotions extrêmes environnantes que la photo peut les capturer à merveille et créer des clichés extrêmement forts.

Retrouvez Charles et ses photos sur Instagram

Propos recueillis par Adèle Chaumette

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