Edvard Munch – Pinacothèque de Paris
Finalement, n’est-ce pas un tour de force, sans oeuvres majeures, que de renseigner les badauds et autres curieux de l’art sur le travail d’un artiste connu principalement pour Le Cri, tableau emblématique du mouvement expressionniste ? Qu’apprend-t-on au final ? Que ce tableau absent de l’exposition n’est en rien représentatif de l’œuvre du peintre, tout au plus d’une période de sa vie. Et nous voilà cheminant dans les salles labyrinthiques et exiguës de la Pinacothèque à la recherche d’Edvard Munch, né en 1863 et qui, à 17 ans, peint ce paysage de facture classique « Akerselva » (1881). Les techniques impressionnistes sont connues du jeune homme qui sait déjà jouer, comme dans ce tableau, des vibrations de la lumière dans une composition champêtre pleine d’harmonie vitale.
A Paris, il saura digérer l’influence de Seurat, Gauguin ou Toulouse-Lautrec. « La Seine à Saint-Cloud » (1890) ou « Jour ensoleillé à Nice » (1891), témoignent de ce regard attentif du peintre en pleine recherche de sa personnalité stylistique.
Indépendamment du travail pictural, l’œuvre gravée de Munch est de toute beauté. On ne peut s’empêcher de saisir tout ce qui dans ce travail, le rattache à un artiste comme Goya. Si le style tout en courbe, en ondulations rythmées est propre à Munch, thèmes et compositions forcent le rapprochement. Ainsi « La Harpie » (1894) n’est pas sans rappeler quelque affreuse entremetteuse ou sorcière des meilleurs Caprices de l’artiste espagnol ! Le plus souvent madone dépravée ou créature crépusculaire à la chevelure flamboyante, la femme selon Munch est complexe et rarement engageante.
Célébré, honoré, Munch, tout en conservant ce style pictural si caractéristique, fait de courbes et de contre-courbes, de gestes esquissés respirant la nervosité ou de mise en abîme volontaire de la toile laissée en réserve, réussit à nous convaincre de son goût prononcé pour la vie. Les portraits d’ « Inger Barth » (1921) ou de « Wilhem Wartmann » (1923) témoignent à eux seuls de son humanisme attendri, assorti d’une sensibilité exacerbée qui lui permettra d’extraire de ces portraits toute la vérité psychologique.
« J’aime la vie, la vie même malade », écrivait Munch dans un de ces poèmes. C’est peut-être bien cette phrase qui résume à elle seule toute la vie de cet artiste inclassable.
Karine Marquet
A lire aussi sur Artistik Rezo :
– Edvard Munch et Le Cri
Edvard Munch ou l’« anti-Cri »
Prolongation jusqu’au 8 août 2010
Tous les jours de 10h30 à 18h.
Fermeture de la billetterie à 17h15.
Le samedi 1er mai et le mercredi 14 juillet 2010, ouverture de 14h à 18h.
Nocturne tous les mercredis jusqu’à 21h (fermeture de la billetterie à 20h15).
Plein tarif : 10 € // tarif réduit (sur présentation d’un justificatif) : 8 €
Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine
75008 Paris
M° Madeleine
[Visuel : Norwegian painter Edvard Munch. 20 novembre 1933. Source : Galleri Nor Tilvekstnummer: NF.WA 03293 Internnr: NBR9407:02356. Domaine public]
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