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    Ememem : “Je me considère comme un poète de trottoir dont les rimes sont des mosaïques”

    5 juin 2020
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    © Ememem

    Ne regardez pas en l’air mais à vos pieds. Ememem est un artiste lyonnais qui travaille le trottoir selon ce qu’il appelle l’art du flacking : il comble de mosaïque les nids de poule des trottoirs … et ainsi de joie les passants.

    Vous alliez l’utile au beau. Comment vous est venue l’idée de réparer des trottoirs avec de la mosaïque ?

    Tout est parti d’une vieille traboule trouée. À Lyon, une traboule est un passage étroit qui fait communiquer deux rues en traversant un pâté de maisons. Nous étions en août 2012, il faisait une chaleur terrible dans mon atelier de carreleur et j’avais décidé de travailler à l’extérieur. Je vis alors la fameuse traboule ravagée par les craquelures. J’ai passé le reste de mon été à retaper cet endroit. Les premiers “protoflacking” étaient nés. Quelques années plus tard, en trébuchant sur un nid de poule, je compris l’importance de mes expériences passées. Je décidai alors de “raccommoder” les trottoirs avec de la mosaïque et me lançai ainsi dans le flacking tel que vous le connaissez aujourd’hui.

    Pourquoi avoir choisi le terme de flacking ?

    Pendant une discussion animée, je parlais de mes réalisations sur bitume que j’appelais déjà mes flaques artistiques et c’est alors qu’un ami m’a soufflé ce mot à l’oreille. Il m’a offert la dynamique du suffixe anglais -ing. J’ai adopté ce terme et je lui ai donné du sens. Ça a été très excitant et ça l’est encore naturellement.

    Pourquoi avez-vous choisi la mosaïque comme médium de réparation ?

    C’est facile à trouver, c’est fini et durable. C’est un matériel que je tutoie depuis longtemps.

    © Ememem

    Où trouvez-vous la mosaïque que vous utilisez ?

    De différentes manières : des donations particulières, des trouvailles, des échanges, mais toujours de la récupération.

    Comment la choisissez-vous pour tel emplacement ?

    Je suis mes envies, je tâte le bitume, j’écoute les trottoirs, la lumière, la vie qu’il y a autour. C’est la rue qui me dit ce que j’ai à faire, mais aussi la matière et la volonté de l’action poétique. C’est tout simplement une question de ressenti.

    © Ememem

    Vous considérez-vous comme un street artist à l’instar d’Invader qui travaille également la mosaïque ?

    Je me considère, surtout, comme un fils du bitume, un poète de trottoir, dont les rimes sont des mosaïques.

    Où pouvons-nous retrouver vos patchworks de bitume et mosaïque dans le monde ?

    Madrid, Turin, Stavanger (Norvège), Barcelone, Sète, Paris, Dole, Aberdeen (Écosse), Saint-Étienne, Terracina, Gênes, Cagliari, Biarritz, et quelques-uns à Lyon.

    Êtes-vous le seul flackeur au monde à votre connaissance ou avez-vous inspiré d’autres personnes ?

    Imaginez-vous à trois heures du matin, dans la rue, avec du ciment, des seaux d’eau, de la mosaïque et un trou à reboucher. Il faut vraiment être déterminé et avoir un grain de folie. Je pense que nous sommes peu ou tout du moins pas assez. Tout le monde devrait être flackeur au moins pour une nuit.

    Vous avez créé le joli terme de flacking. Pouvez-vous nous dévoiler la raison du choix de votre nom d’artiste flackeur ? A-t-il un lien avec le flacking ?

    Oui, il existe un lien puisque Ememem n’est rien d’autre que … le bruit de ma mobylette lorsque je sors en mission pour flacker !

    Vous nous donnez envie de vous suivre dans vos missions. Quels sont vos futurs projets ?

    Je retourne très bientôt à Paris. Je m’apprête à visiter le Sud-Ouest de la France puis l’Italie et l’Allemagne.

    Avez-vous des envies d’utiliser d’autres médiums que la mosaïque, d’utiliser la mosaïque ailleurs que sur des trottoirs ou d’exercer une autre pratique que le flacking ?

    Bien sûr, la mosaïque, comme le bitume, est présente dans toutes mes œuvres d’atelier et sur toutes mes sculptures. Par ailleurs, hormis le flacking, j’ai récemment créé une série d’œuvres tirées de ma panoplie de flackeur masqué, elle s’intitule Les Danaïdes. Constituée d’une brouette, de deux pelles et trois truelles, elle revisite le châtiment éternel des Danaïdes condamnées à remplir pour l’éternité un tonneau percé. D’ailleurs, je vous invite à venir voir ma dernière exposition “Menu Ememem”, qui présente cette série d’œuvres. L’exposition rouvrira pour tout le mois de juin chez Fluxus, à Lyon, si vous êtes de passage…

    Les Danaïdes © Lionel Rault

    Pour plus d’informations sur l’exposition “Menu ememem”, cliquez ici.

    Propos recueillis par Annabelle Reichenbach

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