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Fouapa : “Mon support préféré c’est celui que je n’ai pas encore essayé”

Daria Deschatrette 13 octobre 2021
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Fouapa est un artiste qui s’amuse avec les objets et qui place la couleur au centre de sa pratique. Né en 1987, il est imprégné de la culture de la bande dessinée des années 90 et crée des œuvres très diverses, à l’univers pop, autour du thème de la mort. Rencontre. 

Quel a été ton parcours ? 

Je suis autodidacte. J’ai toujours dessiné mais c’est depuis 2015 environ que je me suis lancé dans une carrière artistique, dans la production de toiles et c’est là que j’ai commencé à faire mes premières expos à Paris. Au fur et à mesure des rencontres j’ai développé ma pratique avec des choses différentes en galerie, dans la rue, pour moi et aussi pour des marques. 

Tu travailles également dans la publicité ? 

Dans la publicité je ne suis pas créatif, je suis dans la stratégie. Évidemment que ça joue dans ma pratique puisque je suis très attaché à l’impact de l’image que j’ai sur le moment. J’aime qu’une image se suffise à elle-même, qu’elle soit construite comme quelque chose qui a de l’impact à l’instant T, je ne m’attache pas trop au message qu’il y a derrière. Peut-être que le fait de travailler dans la pub m’a influencé dans ma pratique du street art puisque j’essaye d’adapter ce que je vais coller au quartier et/ou aux murs. Par exemple ce design de glace sera vers des glaciers, des boulangeries… 

Comment définirais-tu ton style ? 

Par deux mots : “pop macabre”. La thématique est toujours liée à la mort. Littéralement parce qu’il y a des crânes mais aussi parce que je reproduis un peu des corps qui font penser à des cadavres disséqués et ce genre de choses. Pop parce que j’ai besoin qu’il y ait des couleurs très vives. J’aime montrer de l’organique mais traité de manière fun avec des couleurs pastels que l’on associe spontanément aux bonbons donc presque gourmand. J’ai grandi dans les années 90 donc c’est mon univers graphique et ce que je recherche c’est attirer les gens vers la mort. Pour moi la mort c’est quelque chose de positif. Penser à sa propre mort c’est quelque chose qui motive, qui fait qu’on se demande pourquoi on est là, à quoi on sert, comment on peut se connecter aux autres. Il y a beaucoup d’artistes qui travaillent autour de la mort mais c’est toujours très premier degré, très sombre, très noir et c’est quelque chose que je peux apprécier à un niveau personnel mais moi j’ai envie de produire quelque chose de fun autour de ça.

As-tu une technique ou un processus créatif particulier lorsque tu crées une œuvre ? 

J’aime beaucoup travailler à la main, directement à l’acrylique sur toile, au posca, et au spray parfois. Aussi sur les objets. Je travaille beaucoup sur des objets religieux ou sur des objets atypiques. J’aime trouver des supports assez inattendus mais j’ai aussi tout un pan de ma pratique qui est digitale notamment pour les collages où ce sont des dessins que je vais faire sur iPad que je vais imprimer puis reproduire mais parce que là ce que je recherche c’est la facilité de reproduction et la possibilité de pouvoir “envahir un territoire rapidement”. La pratique à la main c’est plutôt ce que je destine aux projets “galeries”, pour des expositions, pour des commandes privées. J’essaye de trouver des supports atypiques et inattendus pour créer la surprise et pour moi aussi pouvoir trouver de la fraîcheur. Donc pas de technique de prédilection, j’essaye de varier tout ça. 

Qu’est-ce qui t’inspire et nourrit ton imaginaire artistique ? 

La mort c’est une thématique mais pas une inspiration quotidienne. Il y a des artistes qui m’inspirent beaucoup, par exemple Ron English, Colin Christian (plutôt un plasticien) car ils repoussent un peu la limite de ce qui est possible de faire. Aussi un peu Jason Freeny qui bosse beaucoup sur la dissection. Je peux très bien me laisser inspirer par ce que je vois dans la rue, des travaux d’artistes pas du tout suivis sur Instagram, je laisse la place à beaucoup de surprise dans mon inspiration et ma pratique. 

Que souhaites-tu susciter chez celui qui regarde une de tes œuvres ?

Un peu de dégoût dans la première impression et après un rapprochement. Cette double dimension de “c’est chelou mais c’est pas mal”.

Aujourd’hui tu te rapproches du street art, pourquoi ? 

J’ai eu un premier projet dans les rues de Lyon où je faisais des reproductions de Christ en résine qui a bien fonctionné et j’ai eu cette idée en arrivant à Lyon parce que les façades sont très colorées et que l’histoire de la ville est liée à l’histoire catholique. Ça m’intéressait de proposer ce détournement dans la rue et de coller quelque chose de physique en volume, de différent et d’un peu surprenant. C’est un projet qui a dû s’arrêter à cause des fachos qui m’ont un peu pris en chasse dans Lyon. Ça ne me dérange pas d’être un peu provocateur mais si ça devient le cœur de mon travail ça ne m’intéresse plus et générer la haine dans la rue ne m’intéresse pas non plus. Ce qui m’intéresse c’est comment utiliser la rue pour créer une interaction avec ce que je vais mettre dedans. Toute à l’heure je disais que j’essai d’adapter les collages aux lieux dans lesquels je colle. C’est quelque chose que je vais essayer de faire de plus en plus car j’ai envie de créer cette interaction avec le public, qui est différente de ce que tu vas trouver en galerie. Le lieu va créer un triptyque lieu-œuvre-public. Ça crée une petite étincelle, quelque chose d’un peu surprenant.

J’ai un autre projet où je fais des triangles en carton plume qui détournent le symbole illuminati, l’oeil de la providence d’une manière très grotesque. Je les mets dans des coins où on n’y fait pas attention et quand tu les vois tu as l’impression qu’ils te surveillent, te regardent et ça ça fait sourire car on est dans une époque où le complot est un peu partout dans la tête des gens donc c’est rigolo de créer des moments où les gens se disent “je comprends ce que la personne a voulu dire et ça me fait marrer”. Tu ne peux pas créer ça sur Instagram, ni en galerie, du moins pas d’une manière aussi forte et surprenante. À Lyon, les gens ne s’attendent pas à ce qu’on leur parle directement dans la rue à travers l’art.

Qu’est-ce que tu fais comme collage à Lyon ? 

Il y a deux projets en parallèle pour le moment. Sur carton plume ce sont les détournements de symbole illuminati mais ça c’est plus périodique car c’est plus long. C’est fait à la main intégralement au spray et au posca et chaque triangle est unique. Les collages c’est plus rapide puisqu’une fois que c’est fait sur iPad je peux l’imprimer en tant d’exemplaire et pour le moment c’est uniquement basé sur les dissections d’objets car c’est une manière très immédiate de parler aux gens.

Tu as détourné beaucoup d’objets qui sont à la base religieux à l’instar des petits Christ. Quel est ton rapport artistique avec les objets religieux ?  

Je ne ferais pas de l’art si je n’avais personne pour regarder ça. L’intérêt que j’y trouve c’est dans l’interaction avec les gens, que j’assiste à cette interaction ou pas. C’est vraiment dans le dialogue qui se crée. Chacun a sa relation propre et intime à un objet particulier et c’est toujours intéressant de trouver un objet un peu universel qui parle aux gens et fait appel à une intimité, à des souvenirs. Avec les objets religieux c’est le cas. Je n’ai pas une démarche blasphématoire, ça peut être perçu comme tel et ce n’est pas grave.

Personnellement je n’ai pas d’attachement personnel au sacré de ces objets là, je n’ai pas d’irrespect non plus mais les objets que je récupère sont des objets qui ont été abandonnés, qui sont vendus sur internet donc je considère que je fais de la recup’. Pour moi, à partir du moment où ils sont vendus sur internet la dimension sacrée disparaît et je suis libre d’en faire ce que je veux.

De plus, ces objets ont toujours une puissance en eux-même qui est super forte donc les utiliser comme support c’est incroyable. Je ne dénature pas l’objet, je le recouvre de peinture et je lui donne une autre vie et c’est presque comme si je lui redonnais ses couleurs. Encore une fois il n’y a pas de recherche de blasphème. Ce symbole là peut symboliser autre chose, c’est plutôt ça.

Tes œuvres sont sur des supports très variés (toiles, murs, objets, carton plume…). As-tu un support préféré ? 

Mon support préféré c’est celui que je n’ai pas encore essayé. Il y a tellement de possibilités que je ne me concentre pas sur un support et que lorsque j’ai des projets à venir sur d’autres supports j’ai vraiment hâte de m’y mettre. L’avis des autres pour moi est fondamental. J’ai envie de parler aux gens et si je vois que quelque chose fonctionne, je vais essayer de construire là-dessus sans forcément refaire la même chose. Puis ensuite amener autre chose et créer la surprise.

Peux-tu nous parler des travaux ou commandes que tu as pu faire avec des marques ?  

Une des premières était avec Playstation pour Paris Games Week. Il y a aussi eu une expo pour Ubisoft quand ils avaient sorti Far Cry Primal et c’était la première fois que je faisais une dissection de manette (une PS4). C’était très gratifiant de bosser avec des marques qui m’avait fait rêver depuis gamin. Plus récemment il y a eu mes collaborations avec Citadium à Paris. Ils m’ont confié deux années de suite la vitrine de leurs points de vente des Champs-Elysée et celui de Caumartin en face du Printemps.

Ma déformation professionnelle fait que j’ai un rapport très apaisé avec les marques et ça ne me dérange pas du tout de lier le côté business et artistique. Je sais ce que les marques sont prêtes à acheter ou pas et je sais surtout quelles marques peuvent être ouvertes à mon univers et lesquelles n’y seraient pas du tout. 

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Propos recueillis par Daria Deschatrette

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