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Girl Power : la vraie place des filles dans le graffiti

21 avril 2016
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Film---Girl-Power---Urban-Art-Fair

Urban art fair
La première foire internationale dédiée à l’art urbain s’installe au Carreau du Temple

Du 22 au 24 avril 2016

Tarifs : de 8€ à 12€


Carreau du temple
4, rue Eugène Spuller
75003 Paris
M° Temple 

urbanartfair.fr

Girl Power 

Projection en avant-première samedi 23 avril à 20h

Tarif : 10 €

www.girlpowermovie.com

Girl_Power_affiche_-_copie_copieProjection en avant-première samedi 23 avril, 20h

Il lui aura fallu 7 ans et un tour du monde pour finir son documentaire, ‘Girl Power’. Présenté samedi en avant-première au Carreau du Temple dans le cadre de la Urban Art Fair, l’artiste tchèque Sany exprime la difficulté d’être une fille dans le milieu du graffiti.

Paupières noircies au khôl, noir comme ses ongles, visage caché. Sany de son pseudo, avance à couvert quand il est question de graffiti.

« J’ai commencé à taguer à 16 ans dans ma ville natale : Prague. J’aime la liberté que cet acte me procure, une sorte d’émancipation. Mais c’est totalement interdit. Il est possible d’aller en prison pour un tel acte. Alors on fait attention, on reste prudent. C’est pour ca que je me cache le visage quand je graffe. »

La jeune femme n’a jamais parlé de cette deuxième identité à sa famille.

« Je ne veux pas les inquiéter. Pourtant, ce n’est pas parce que je graffe que je suis une délinquante. Dans ma vie publique, j’occupe un poste de direction, je ne suis pas une rebelle ! Mais la majorité des gens considèrent qu’un graffeur est une âme perdue, un associable.  Et puis à mon âge, 30 ans, je suis censée fonder un foyer, être posée. Graffer dans la rue et avoir une vie de famille rangée sont deux termes antinomiques !»

 credit Girl Power-extrait du documentaire
 Pour arrêter ces clichés, Sany décide en 2009 de réaliser un documentaire sur la place des femmes dans le graffiti. « C’est un milieu très masculin. Beaucoup considèrent que c’est trop physique, trop dangereux pour une fille. C’est vrai que nous graffons surtout la nuit et dans des endroits insolites. »

Il faut d’abord repérer le lieu, s’en approcher, ne pas attirer l’attention. « On fume une cigarette, on essaye d’être discret. Et puis d’un coup, on sort les bombes. C’est très rapide. Si par malchance on se fait repérer, il faut courir, sauter, grimper. Il est évident que c’est moins facile pour une femme. A travers ce documentaire, j’avais envie de montrer à tous comment nous avons réussi à nous imposer malgré cette différence. »

Mais le projet n’est pas facile à monter. Qui accepterait de se laisser filmer, de répondre à ses questions ? Elle le sait, ce n’est pas un milieu où l’on aime parler et se mettre en avant. Tous ses amis graffeurs, se cachent le visage, comme elle. « Avec nos bombes de peinture, nous nous emparons de lieux publics. La police est souvent à nos trousses et beaucoup nous connaissent déjà. Moins on se montre, mieux c’est.»

L’artiste réalisatrice insiste. Elle envoie des mails aux filles qu’elle souhaite absolument rencontrer, n’hésite pas à se déplacer à l’étranger quand on lui parle d’une graffeuse talentueuse.

« Finalement j’ai réussi à interviewer 28 femmes, non sans difficulté. Parfois, c’est l’argent qui manquait pour me rendre dans leur pays, d’autre fois la magie n’opérait pas et nous renoncions au tournage. » 

Sany  a dû se rendre dans 15 villes. En tout, plus de 8 langues à traduire  et sous-titrer en anglais. « Cela n’a pas toujours été simple pour se comprendre. »

Un triste constat émane du documentaire: peu de femmes réussissent à vivre de cette passion.

« C’est toute la spécificité du graffiti. La peinture n’a pas de fin commerciale, ce n’est pas du street art ! La ville ne te donne pas un espace pour que tu t’exprimes. Le gouvernement n’est pas de ton côté. Il est donc très rare que les filles arrivent à en vivre, contrairement à la pratique plus simple mais moins libre, du Street art. »

Sany a arrêté provisoirement de peindre dans son pays, trop de soucis avec les forces de l’ordre. Elle préfère travailler à la diffusion de son documentaire.

« J’espère que mon travail va être un déclic pour les femmes artistes, elles doivent continuer à suivre leur rêve. »

Elles graffent sur un train, courent, déjouent les forces de l’ordre pour imposer leur nom et rester libres. Au coin de la rue, une fois le danger passé, leurs jambes ralentissent enfin.  Alors seulement, leurs visages ne se cachent plus, la cagoule tombe. Les bombes de peinture dans le sac à dos, elles marchent retrouver leur quotidien, comme toute femme.

Identiques ? Pas tout à fait.

M.D

A découvrir sur ARtistik Rezo :
– Combien d’artistes femmes sont présentes à la Urban Art Fair 2016 ?
– Agnès b., invitée d’honneur de l’Urban Art Fair, Stéphanie Pioda
– Madame : « Je n’imagine pas bosser sans me marrer », 
Sophie Pujas

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