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    Henry Darger est-il un artiste ? Réponse au MAMVP

    9 juin 2015
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    14. Second battle of McAllister Run they are pursued

    Henry Darger (1892-1973)

    Du 29 mai au 11 octobre 2015

    Tarifs

    Plein tarif : 5 €
    Tarif réduit : 3,5 €
    Billet combiné pour
    2 expositions :12 € / 9 €

    Musée d’art moderne de la Ville de Paris
    11, av. du Président Wilson
    75116 Paris

    M° Alma-Marceau
    (ligne 9)

    www.mam.paris.fr

    Du 29 mai au 11 octobre 2015

    Sous ce titre intentionnellement provocateur, l’idée est de comprendre comment et pourquoi un artiste inconnu lorsque Pollock et Warhol tiennent le gouvernail de l’art contemporain outre-Atlantique devient, quelques années après, l’artiste d’art brut le plus reconnu par le marché. Démonstration au Musée d’art moderne de la Ville de Paris qui expose l’artiste suite à un don de 45 œuvres de la succession Darger en 2012-2013.

     

    Dans l’histoire de Darger, tous les éléments sont réunis pour en faire un mythe. Alors que sa mère meurt en donnant naissance à sa petite sœur lorsqu’il n’a pas 4 ans, son père l’abandonne dans un orphelinat, pour ensuite être placé dans un “asile” comme il l’appelle. Il inquiète, faisant des “bruits curieux” et ayant des jeux bizarres dans la neige ou dans l’eau. Ne supportant pas cet établissement, il s’enfuit pour retrouver sa ville natale, Chicago, où il enchaînera les petits boulots dans les hôpitaux de la ville. Et c’est seulement au crépuscule de sa vie que le propriétaire de son appartement découvre une mine d’or, la production de toute une existence dans le plus grand secret. Henry Darger a écrit une épopée de 15 000 pages au titre improbable à rallonge – The Story of the Vivian Girls, in What is known as the Realms of the Unreal, of the Glandeco-Angelinnian War Storm, Caused by the Child Slave Rebellion –, qu’il a ensuite illustrée de planches à l’aquarelle et à la gouache. On imagine le propriétaire, Nathan Lerner, lorsqu’il a découvert, dans le capharnaüm qui régnait dans l’appartement, ces trésors qu’il a identifiés comme tels, lui-même étant artiste-photographe.

    12. Statues strangling childrenQu’est-ce qui fait une œuvre d’art ?

    Avec cette histoire, on touche au mythe romantique de l’artiste maudit, qui a créé coûte que coûte, dans la plus grande solitude. Un génie ! Sa marginalité et son absence de formation artistique l’ont rapidement fait basculer dans le champ de l’art brut, de ceux “dénués de culture artistique”, pour reprendre les mots de Dubuffet. Mais Darger se revendique “artiste” dans la biographie qu’il écrit à la fin de sa vie, “écrivain” également. Même s’il n’a jamais tenté de diffuser son travail, il avait conscience de créer une œuvre monumentale. Régulièrement, on entend dans les tentatives de définition de frontière entre art contemporain et art brut l’intention qui préside à l’œuvre. Pour Darger, l’intention est bien là. Et finalement, le cas de Darger n’illustre-t-il pas qu’il est vain de chercher à enfermer des artistes dans des cases dont les contours sont, de plus, poreux ? Y a-t-il encore un sens à maintenir un clivage en fonction d’un fantasme purement romantique de l’artiste qui serait au plus près de l’état du bon sauvage ? Il s’ignorerait et le monde civilisé serait là pour l’adouber et lui donner un label “art brut”. N’est-ce pas là méprisant, tout en ayant une connotation de néocolonialisme artistique ? Henry Darger est un artiste car il a développé tout au long de sa vie une œuvre cohérente, où il se perd parfois dans les méandres de cette épopée. Présentés à New York en 1977 – soit quatre ans après sa mort –, ses dessins ont suscité un intérêt qui ne s’est pas démenti depuis, allant jusqu’à creuser le plafond des records des enchères pour un artiste d’art brut, à plus de 500 000 euros. Mais laissons de côté la spéculation.

    Une violente douceur

    Il y a de la maladresse dans ses dessins qui se résument à partir d’un oxymore : une violente douceur. Ces jeunes filles hermaphrodites aux traits de poupées sont souvent violentées, torturées, crucifiées, étranglées, étripées…, le tout traité avec des couleurs acidulées. Une violence qui est parfois dérangeante et qui a été critiquée dès 1977, accusant Darger de déviance sexuelle, aspect que le MAMVP ne veut même pas évoquer, niant toute ambiguïté. Peut-être est-ce pour le musée une manière de se protéger et de ne pas revivre les attaques subies au moment de l’exposition Larry Clark en 2010. Quoi qu’il en soit, cette exposition permet de plonger dans l’univers riche et délirant d’un artiste à la gloire posthume.

    Stéphanie Pioda

     

    [à la seconde bataille de McHollester Run elles sont persuivies [sic]. C’est une zone tropicale. Pour une raison inconnue les arbres sont morts. reports au papier carbone, crayon graphite, aquarelle et gouache sur deux feuilles de papier vélin, 48,6 × 120,6 cm © Eric Emo / Musée d’Art Moderne / Roger-Viollet © 2015 Kiyoko Lerner / ADAGP, Paris / [Statues de Glandeliniens étranglant des enfants frappées par la foudre], reports au papier carbone, crayon graphite, aquarelle et gouache sur six feuilles de papier vélin “Classic”, 62,5 × 275 cm © Musée d’Art Moderne / Roger-Viollet © 2015 Kiyoko Lerner / ADAGP, Paris / Leur véritable identité a été découverte, mais lorsqu’elles ont été emmenées au camp par les Glandeliniens, en voiture, le moteur a eu quelques ratés, ce qui a permis aux petites filles de prendre la fuite sans peine. reports au papier carbone, crayon graphite, aquarelle, gouache et vernis sur papier vélin, 48,3 × 61 cm © Eric Emo / Musée d’Art Moderne / Roger-Viollet © 2015 Kiyoko Lerner / ADAGP, Paris ]

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