0 Shares 1264 Views

Julie Espiau : “Plus on ira vers l’acceptation des différents corps des femmes, plus elles seront épanouies”

Chloé Vallot 3 juillet 2020
1264 Vues

© Julie Espiau

Ayant recentré son travail d’artiste sur la sculpture depuis deux ans, Julie Espiau nous parle de son parcours atypique et de la façon dont elle conçoit son œuvre.  

Pouvez-vous vous présenter et exposer votre parcours ?

Je suis Julie Espiau, j’ai 52 ans. Je suis artiste, sculpteur céramiste professionnel depuis 2018. J’ai d’abord fait des études d’arts plastiques avec des cours aux Beaux-Arts de Bordeaux, puis j’ai fondé ma famille et j’ai bifurqué vers des métiers éloignés de l’art : la communication et la gestion durant treize ans. C’est un accident de travail qui m’a fait retrouver l’art. J’ai d’abord repris les pinceaux, avant de passer à la terre, qui a été une révélation : ça me permettait de mettre en forme, en volume, ce que je dessinais. J’ai fait de la sculpture quelques années sans que ce soit ma profession, avant de me lancer en 2018, lorsque j’ai reçu des prix lors d’expositions.

Vous habitez près de l’océan : les paysages maritimes vous inspirent-ils ?

L’océan et la nature me permettent d’être dans ma bulle, de faire le vide, de réfléchir et ils me donnent des idées. Ce n’est bien sûr pas mon inspiration principale, puisque je représente des corps de femmes, mais des éléments de la nature s’invitent dans mes créations. Souvent, je pars en balade, puis je couche mes idées sur papier en rentrant à mon atelier.

© Julie Espiau

Vous dites représenter les corps féminins sous les traits de naïades. Qu’est-ce qu’une naïade, et pourquoi avoir choisi ce personnage ? 

Les naïades sont des déesses mythologiques, de belles femmes qui admiraient leurs corps dans le miroir de l’eau. Elles sont souvent représentées nues dans la peinture classique. J’ai voulu utiliser cette vision de la beauté classique pour l’éloigner de l’image normée que l’on donne du corps féminin. Mes naïades ont des corps généreux, avec des attitudes et sentiments qui représentent universellement toutes les femmes. La beauté d’un corps réside dans sa particularité et dans sa différence, mais aussi dans son attitude, l’ensemble formant l’expression qui s’en dégage. Et c’est cette beauté que j’ai voulu sublimer au travers de mes naïades.

Pourquoi réalisez-vous vos sculptures autour du vide ?

Je veux montrer le contraste entre l’image que les femmes dégagent et leurs émotions intérieures, qui sont souvent contenues. Il arrive qu’une femme affiche fièrement son corps et ses rondeurs, mais qu’elle ait en réalité des difficultés à l’assumer. Le vide représente toutes les émotions exacerbées des femmes qu’elles retiennent à l’intérieur, qui peuvent être ou non en cohérence avec leur image. Le vide permet, dans mon imaginaire, aux émotions retenues, que les femmes ne veulent pas montrer, de s’échapper. Je travaille sur des sculptures de plus en plus ouvertes pour montrer que plus on ira vers l’acceptation des différents corps des femmes, plus elles seront épanouies.

© Julie Espiau

Comment choisissez-vous la couleur de vos œuvres ?

J’utilise toujours des couleurs différentes pour chaque sculpture tout en pensant à la présentation de l’ensemble. J’essaie de traduire l’effet de l’océan, de leur donner du scintillement, de reprendre les couleurs du soleil couchant, les verts de la forêt de pins… Mais surtout, la couleur répond à la forme : c’est l’attitude et l’émotion qui la déterminent. Mes dernières sculptures sont unies car je me suis orientée vers un travail de formes plus abstraites et j’ai donné la priorité à la recherche de la forme sur ces sculptures.

Avez-vous des projets pour le futur proche ?

En ce moment, je fais des recherches sur les émaux (couleurs d’origine minérale posées sur céramique, ndlr) pour essayer de trouver une certaine translucidité afin de donner des effets plus aquatiques. Mon travail actuel porte aussi sur de nouvelles techniques pour sculpter le vide avec des corps semblant défier la gravité, la recherche émotionnelle d’un équilibre entre la fragilité de la matière et la force dégagée par les formes. Enfin, j’ai décidé de commencer à donner des stages d’initiation et d’approfondissement afin de transmettre ma passion aux autres.

Plus d’informations sur le site internet, la page Facebook, et le compte Instagram de Julie Espiau.

Propos recueillis par Chloé Vallot

 

À découvrir sur Artistik Rezo :

Aksel : “Je dépeins le monde que nous allons laisser derrière nous”, de Pauline Chabert

Articles liés

Echappée belle à La Bonne Maison
Art
126 vues

Echappée belle à La Bonne Maison

Situé sur la colline de Sainte-Foy-lès-Lyon, à la Mulatière, La Bonne Maison est un vrai jardin secret où la part belle est faite aux fleurs. La propriétaire Odile Masquelier, s’attache depuis des dizaines d’années à faire de ce lieu...

Festival off d’Avignon 2021 : Le grand retour
Spectacle
141 vues

Festival off d’Avignon 2021 : Le grand retour

Après la saison blanche que fut 2020-2021 pour le spectacle vivant, ce festival off d’Avignon est une véritable bouffée d’oxygène, tant pour le public que pour les artistes. Une fois de plus, il est difficile de choisir entre toutes...

Bob Sinclar, Vladimir Cauchemar ou encore Kungs seront à l’Elektric Park 2021 !
Agenda
107 vues

Bob Sinclar, Vladimir Cauchemar ou encore Kungs seront à l’Elektric Park 2021 !

Pour son 12e anniversaire, le festival Elektric Park revient le 4 et 5 septembre prochain pour un week-end de folie sur l’île des Impressionnistes à Chatou ! Et pour cette nouvelle édition, le festival a annoncé une programmation 5 étoiles avec...