« Face à faces » à la galerie Albert Benamou
Plongée dans l’œcuménisme artistique ; en marge de l’ogre de la globalisation. La galerie Albert Benamou, avec ses installations, ses sculptures, ses tableaux ou ses photographies, tend à exprimer la pluralité des pratiques culturelles. L’exposition réunit ainsi plusieurs artistes familiers des lieux. Dès l’entrée, le cliché du collectif russe AES+F pose les bases de la contre-culture américaine : sur Times Square, une colonne d’enfants tout de blanc vêtus, pareille à un vol de colombes porteur de paix, s’avance à l’encontre du visiteur. La pureté et la liberté réifiées de ces enfants font place nette autour d’eux. Ils semblent fuir le Manhattan figé et rongé par la publicité. A l’inverse, les voitures s’enfoncent vers l’arrière-plan, vers le néant du centre-ville.
Dans un même mouvement contraire, les peintures de Feng Zeng Jie évoquent la confusion des repères et la perte d’identité. Le Papillon amoureux représente l’étreinte charnelle de deux femmes orientales. Mais un strabisme divergent – un œil tourné vers l’est, l’autre vers l’ouest – horrifie la figure de chacune d’elles. Symboles de désorientation, ces hybrides allégoriques traduisent, dans une forme de lamarckisme, la dangereuse adaptation à la féminité occidentale.
Dénuement anxiogène
Au fond de la galerie, la poésie de Huang Yan se lit sur les visages. Comme si les paysages de nos origines dessinaient les traits de nos physionomies, l’artiste peint des décors naturels traditionnels sur des figures humaines. Un auto-portrait de Huang Yan ainsi arrangé complète son œuvre mélancolique, Four Seasons Landscape.
« Face à faces » délivre une place prépondérante aux sculptures. La confrontation dans l’espace est alors inévitable. Ainsi, les trois femmes en polyester de Wang Du trônent étrangement au centre de l’exposition. Dans l’esprit d’élimination du moindre défaut, d’atteinte de la perfection, les détails sont stigmatisés à outrance au point d’en faire des silhouettes ridiculement difformes. Avec les pièces du Coréen Choi Xooang, la dérision s’efface devant un dénuement anxiogène. The One, mythe séculaire des deux moitiés du couple rapprochées par et pour l’Amour, arbore une indélicate cicatrice. La fusion passionnelle devient physique, entachée d’une suture entre les omoplates, irréversible, qui unit les deux entités se tournant le dos.
« Face à faces » assemble des connaissances éloignées en un vaste melting-pot culturel. « Face » à un monde tenté de les effacer au profit d’un modèle unique, la galerie Albert Benamou valorise au contraire la multiplicité artistique de la plus belle des manières.
Cyril Masurel
« Face à faces »
Jusqu’au 3 octobre 2009
Du lundi au samedi de 10h00 à 19h00
Informations : 01 45 63 12 21
Galerie Albert Benamou
24 rue de Penthièvre, Paris 8e
Métro Miromesnil (ligne 9 et 13)
Articles liés

“Carnets du Sous-sol” : L’adaptation captivante de l’œuvre de Dostoïevski à la Comédie Saint-Michel
Une adaptation des Carnets du Sous-sol, un seul-en-scène sans filtre, du pur Dostoïevski, démesuré et jouissif. C’est un homme d’une quarantaine d’années, pétri d’amour-propre et de ressentiment, vivant depuis trop longtemps seul dans son “sous-sol, qui sort exceptionnellement de...

Alix Logiaco vous fait découvrir son dernier album au Studio de l’Ermitage le 18 février !
Le Studio de l’Ermitage accueille Alix Logiaco, son trio et ses invités à l’occasion de la sortie de son dernier album “From Sand To Land” À propos de l’album From Sand To Land Alix Logiaco Trio a sorti, le...

“Le Bal des voleurs”, une comédie familiale à ne pas manquer au Funambule
Trois voleurs maladroits se déguisent pour piéger une riche lady… Mais le destin va en décider autrement. Une comédie familiale et déjantée pleine de péripéties rocambolesques, de danses effrénées et de transformations de personnages ! Trois voleurs peu dégourdis,...





