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    Le libertinage selon Fragonard au musée du Luxembourg

    30 novembre 2015
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    1.FRagonard Le verrou

    Fragonard amoureux, galant et libertin

    Du 16 septembre 2015 au 24 janvier 2016

    Tous les jours de 10h à 19h ; le lundi et le vendredi jusqu’à 21h30 ; les 24, 31 décembre 2015 et 1er janvier 2016 de 10h à 18h.

    Fermeture exceptionnelle le 25 décembre 2015.

    Plein tarif : 12 €
    Tarif réduit : 7,5 €

    Musée du Luxembourg
    19, rue de Vaugirard
    75006 Paris
    M° St Sulpice ou Mabillon
    RER B Luxembourg

    www.museeduluxembourg.fr
    www.grandpalais.fr

    2.FRagonard_PsycheLe musée du Luxembourg nous présente le célèbre Fragonard tel qu’on l’a rarement vu : sous le prisme amoureux. Frivole, libertin, coquin… L’amour est adolescent, fougueux et libre au XVIIIe siècle. Fragonard le met en scène.

    L’amour libertin. C’est celui que dépeint Fragonard dans ce XVIIIe siècle qualifié par les frères Goncourt de siècle de la séduction et de l’intrigue amoureuse. La noblesse française se laisse emporter par une vague de légèreté amoureuse, qui va de paire avec la montée d’une littérature érotique et la multiplication de bordels de luxe – dont le plus huppé est celui tenu par Marguerite Gourdan rue Saint Sauveur à Paris – et la diffusion de romans qu’il n’est pas bon de mettre entre les mains des jeunes filles – comme les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos.

    Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) n’y échappe pas, il est même considéré comme un ténor incontesté dans cette veine où la sensualité est à son comble et le corps exulte. Dans ses œuvres, il saisit le moment critique où la femme va succomber, l’histoire est déjà écrite et elle en peut y échapper. Pour reprendre le titre d’un de ses tableaux : La Résistance inutile. Et là, si on supprime le décorum et l’aura du Don Juan (opéra que Mozart crée d’ailleurs en 1789), apparaît la question du viol. 

    Le désir tout puissant de l’homme

    Et contrairement à un Sade qui expérimente les limites et les dépassent, Fragonard ne cautionne pas le désir masculin tout puissant. Ce que l’on perçoit dans le fameux Verrou, ou dans ce dessin illustrant un conte de La Fontaine qui n’est pas dans la veine de ses contes moralisateurs, la Clochette. On peut lire dans le catalogue : « La scène montre un jeune garçon s’emparant de force d’une petite bergère “pour qui l’amour était langue étrangère”. Il lui a tendu un piège en retenant une vache de son troupeau. 

    3.FRagonard Resistance inutileC’est l’histoire de la pucelle…

    Partie de nuit à la recherche de l’animal, la pucelle est attirée au creux d’un bois désert par la sonnaille que le galant fait tinter à propos. […] L’artiste épouse le ton badin de La Fontaine pour traiter l’histoire de ce viol. L’étreinte est certes vigoureuse au point de faire voler en l’air le chapeau de la bergère, cependant la violence perpétrée envers une fillette âgée de treize ans est éludée. Le couple est comme emporté dans une sorte d’élan presque joyeux qui préfigure la mise en scène du Verrou. Si la gamine paraît vouloir s’échapper, on ne devine pas l’effroi qui la saisit ni la fin assez glaçante du poème :
    … la fille tout en transe
    Remplit de cris ces lieux peu fréquentés.
    Nul n’accourut.
    Ô belles, évitez Le fond des bois et leur vaste silence. 
    »

    On pourrait croire qu’une seule voix s’élève, ce serait faire fi des moralisateurs qui condamnent ces amours futiles, à l’image de Rousseau dans La Nouvelle Héloïse qui scelle le triomphe d’une forme de sentimentalisme moraliste. Fragonard ne reste pas insensible et questionne à la fin de sa carrière le sentiment amoureux véritable au travers d’allégories.

    Il fallait passer par le libertinage pour voir naître l’amour « romantique » qui éclairera le XIXe siècle.

    Stéphanie Pioda

    [Photos. Jean-Honoré Fragonard :
    Le Verrou, vers 1777-1778, huile sur toile.Paris, musée du Louvre © Photo Rmn-Grand Palais (musée du Louvre) / Daniel Arnaudet // Psyché montre à ses soeurs les présents qu’elle a reçus de l’Amour, 1753-1754, huile sur toile. Londres, The National Gallery © The National Gallery, Londres, Dist. Rmn-Grand Palais / National Gallery photographic department // La Résistance inutile, vers 1770-1773, huile sur toile. Stockholm, Nationalmuseum © Nationalmuseum, Stockholm]

    2.FRagonard_Psyche

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