Marko Velk – Galerie Eric Mircher
Anatomie privative
Débarrassés des séductions importunes de la couleur, dérivés de l’axe tangible de l’abscisse et de l’ordonnée, les dessins de Marko Velk, épures étirées par la trame du rêve éveillé, sont autant de captures du vivant à l’état anatomisé : organes sans corps, crânes trépanés, ossatures saillantes, gisants anémiés. Et pourtant rien de grave, aucune souillure ni aucun cadavre ; seule la vie, drapée dans son intériorité, évidée et disséquée au coup par coup à même le papier. Torrents et tourments d’impressions en noir sur blanc ou blanc sur noir, tous négatifs photographiques, clichés instantanés d’une psyché abrégée à l’instant T, hésitant encore entre la vie et la mort. Ne sachant qui des deux, de l’Eros ou du Thanatos saura l’emporter, le dessin file la métaphore d’une mythologie aux contours estompés qui tantôt broie du noir sur fond de clarté, tantôt sonde la candeur sur fond de néant.
Dualisme métagraphique
Sur la fibre nerveuse du papier, le fusain et le pastel sec, matériaux volatiles, éphémères, et fragiles dont la puissance de libre figuration, toujours nuancée – nuances de noir, nuances de néant – est parfois contrastée, assignent au dessin l’échelle de sa gravité. À mi-chemin entre la peinture et la gravure, les dessins de Marko Velk, cadres informels pour une narration guidée par le seul fil conducteur de la libre association, sont engagés dans un cycle démiurgique oscillant entre respect de la tradition classique et désinvolture onirique, entre continuité et rupture. Représentation graphique d’une métaphysique secrète de l’union et de la séparation, le travail de Marko Velk toujours duel, est proprement écartelé par l’entre-deux du trait. Absentes à la couleur, les figures, au bord de l’effacement, à mi-chemin de la présence, sont autant de spectres corpusculaires, fragments de corps, de monde et de matière, perçant à vif la phénoménalité pour accoucher à la lumière.
Immortel transfert
Passant à l’être sans passer par la pensée, les visions immédiates de Marko Velk, projections envoyées de là aussitôt jetées ici sur papier, dictent à la main le dessin de son geste suivant le transport chaotique d’une mémoire aveugle à la couleur. Immortalisation du vivant en noir et blanc par la décharge d’un violent transfert de sensations et de souvenirs latents. Des visages sans nom, des formes sans couleur, des organes sans corps : dans le rejet et le contre-rejet du sujet, Marko Velk dessine l’absence, la séparation, la disparition. Paradigme même de l’art du dessin qui, de son tracé délimitant la forme dans l’espace, abolit tout ce qui serait susceptible de la mettre hors d’elle.
À l’extérieur de la galerie, il y n’y a plus quelque chose dans l’air mais bien quelqu’un dans l’eau. Plongée dans un bain d’immortalité, les yeux à jamais ouverts, comme dévisageant sa propre mort, comme à la surface de son propre corps, rendue à l’éternité, repose Ophélie.
Palimpsestes célestes d’une forme de vie à laquelle l’immortalité ne serait plus rien d’étranger, les dessins de Marko Velk suspendent la gravité des corps au procès de leur métamorphose toujours inachevée.
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