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Miki Kaneko : “En art, c’est le processus qui me passionne plutôt que le résultat.”

Boris Voidey 13 février 2021
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Rencontre avec Miki Kaneko, une artiste polyvalente aux multiples talents et au style singulier. Depuis toute jeune, l’art a été pour elle, un vecteur de communication et d’expression. Ses oeuvres aux influences japonaises représentent une connexion entre orient et occident.

Pourrais-tu te présenter ? Nous parler de ton parcours, de tes études…

Je m’appelle Miki Kaneko, j’ai 43 ans et je suis artiste-peintre. D’origine japonaise, j’ai commencé la peinture à l’huile à 17 ans, à Tokyo, dans une école préparatoire aux Beaux-Arts. Mais les concours des Beaux-Arts au Japon sont très durs et je n’avais pas envie de peindre toujours les mêmes thèmes plusieurs années d’affilée uniquement pour les préparer. J’ai donc décidé de partir à l’étranger pour expérimenter d’autres systèmes d’enseignement de l’art.

J’ai ainsi quitté le Japon en 1996, à l’âge de 19 ans, dans le but d’intégrer une école d’art française. Après une tentative aux Beaux-Arts de Montpellier, où mon style plutôt classique et figuratif ne correspondait pas à l’orientation artistique contemporaine de l’école, je me suis finalement orientée vers des études de graphisme et j’ai intégré l’école Estienne (École supérieure des arts et des industries graphiques) à Paris, où je me suis formée à l’illustration Didactique.

Pendant ces années d’études, j’ai perdu mes deux parents qui étaient toujours au Japon et j’ai eu un enfant. Des bouleversements qui m’ont fait partir dans d’autres directions professionnelles et je n’ai plus toucher de pinceaux pendant 12 ans. Après ces 12 ans de rupture, j’ai recommencé à peindre et c’est devenu mon métier.

Comment as-tu développé cette fibre artistique ?

J’ai commencé par le dessin très tôt, dès l’école maternelle en réalité. J’étais très introvertie, peu adaptée à la collectivité. Je ne parlais jamais et cela inquiétait les institutrices. Je faisais des crises de colère, je fuguais souvent de l’école et je ne comprenais pas les règles.

Il n’y avait qu’une seule chose qui marchait avec moi, c’était de dessiner, de faire de la peinture, de créer des choses. Si on me donnait un crayon et du papier, j’étais tranquille. Je dessinais les portraits des enfants et maîtresses, je ne faisais que ça toute la journée. J’avais une maîtresse qui me donnait des conseils comme “regarde bien ce que tu dessines. Observe-les mieux avant de dessiner.”, “Le nez n’est pas pointu lorsque tu es en face. Tu vois les ailes du nez, les narines…” “ les yeux ne sont pas ronds. Ils sont plutôt en amande…” Je suivais ses conseils, je dessinais très bien dès l’âge de 3 ans !

Sinon, je vivais beaucoup de mon imagination. J’avais peu d’amis étant enfant et j’ai passé beaucoup de temps dans la nature. J’habitais à la limite de la banlieue de Tokyo et il y avait encore de la nature. Je vivais dans les arbres, je peignais les insectes, les fleurs, les animaux, la terre, le ruisseau, les nuages. J’aimais découvrir la nature et la dessiner. C’était ma façon de communiquer avec le monde autour de moi quand j’étais petite.  Je n’avais pas envie de parler. Ni d’écouter. C’était en quelque sorte mon monologue par le dessin.

Saurais-tu mettre des mots sur ce qui t’intéresse dans la peinture et plus globalement dans l’art en général ?

J’ai toujours aimé créer. C’est le processus qui me passionne plutôt que le résultat. Le fait de chercher, de créer quelque chose qui enclenche une certaine émotion. J’ai beaucoup de dessins et de peintures en cours de réalisation, qui n’ont pas de but. Parce que j’aime ce qui se passe “pendant”.  Lorsque j’ai une couleur rouge, ça excite les sens. Si la couleur noire vient dessus, ça crée une intensité. Si le bleu se met à côté, ça crée la rivalité. Je joue. C’est pareil pour la cuisine. Petite, j’aimais déjà prendre un peu d’ingrédients lorsque ma mère cuisinait pour créer ma propre recette. En général, personne ne voulait la goûter, mais j’ai continué. J’ai sûrement gâché de la nourriture et de la peinture parce que j’aime découvrir, changer d’ingrédients, créer une nouvelle harmonie à mes yeux.

Comment définirais-tu ton style artistique ?

Si je devais le définir, je dirais figuratif contemporain.

Quelles sont tes inspirations ?

J’ai été touchée par différents artistes de street art. Je trouve qu’il nous a ramené la peinture figurative dans le domaine de l’art. Il y avait à mes yeux une tendance dans l’art contemporain qui voulait que, si tu faisais de la peinture et en prime de la peinture figurative, ce n’était plus vraiment de l’art, c’était d’une autre époque.

J’étais abonnée au magazine Art Press pendant des années et je me disais que la peinture était morte avec Picasso et Monet. Puis il y a eu cet essor fulgurant du street art grâce à l’expression des peintres de la rue, qui a permis de toucher un plus grand nombre de personnes et d’artistes. Ils ont redonné une sorte de légitimité à la peinture et ont permis de renouer avec l’art figuratif.

Sinon, j’ai été inspirée par Rembrandt, Leonard de Vinci, Antoni Tàpies, Ernest Pignon Ernest… En ce qui concerne les thèmes de mes peintures, mes inspirations sont inévitablement les gens et les animaux. Il se passe tellement de choses dans les regards.

Parle nous d’une de tes séries de peinture ?

Moitié de visage.

J’avais fait une série avec la moitié de la tête d’un animal de face peint en blanc sur un fond abstrait en couleur. Souvent ça laissait les spectateurs assez confus dans un premier temps. Ils ne savaient pas ce que la peinture représentait. Puis une fois qu’ils ont trouvé l’animal, ils ne pouvaient plus le quitter du regard.

Il paraît que notre cerveau complète la partie cachée d’un visage ou d’un objet lorsqu’il est caché. J’ai trouvé intéressant de faire participer en quelque sorte les spectateurs, à terminer ma peinture dans leurs têtes. Puis c’est assez hypnotisant une moitié de visage. On part vite dans un voyage intérieur.

© Miki

Quels sont tes projets futurs, tes ambitions ?

J’aimerais développer la peinture murale, que je pratique déjà occasionnellement et le tatouage en plus de mes peintures.

Je crois que le changement du support et de format m’intéressent dans les deux cas. Je trouve que l’idée d’inscrire mes dessins sur un corps vivant est fascinante. Je porte également un intérêt particulier pour le tatouage de par mes origines. Au Japon, le tatouage a un statut très particulier et a une connotation très négative puisque lié historiquement aux Yakuzas. J’ai toujours été fascinée par ce côté “réservé aux yakuzas”, c’est au Japon une beauté artistique qui a, de ce fait, un côté quasi-inaccessible. J’aime aussi le tatouage par sa beauté de peinture mouvante.

Plus d’informations sur le site de l’artiste.

Propos recueillis par Boris Voidey

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