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Rencontre avec Clara Tournay, artiste peintre

Amélie Casas 20 janvier 2023
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Fin 2022, la jeune artiste Clara Tournay nous recevait dans son atelier pour nous présenter sa démarche artistique, qui se colore entre réel et imaginaire. Rencontre.

Comment définirais-tu ton goût ?

J’ai une grande attirance pour tout ce qui se rapporte au réalisme magique et féérique, ce qui nous transporte dans un univers parallèle, presque surréaliste. Mon regard est attiré par les détails mais ce que je préfère, c’est les agrandir dans mes œuvres pour les rendre visibles et plus réels. Finalement, mon univers se construit autour de la thématique de la magie du monde.
Haruki Murakami est un artiste et écrivain japonais qui représente bien ce que j’aime. Il flirte avec le fantastique dans une littérature très descriptive, poétique et mélancolique. Son écriture évoque des thématiques existentielles, tout en laissant la place au lecteur de se créer son propre monde à partir d’informations qui lui appartiennent.

Quelle a été ton éducation à l’art ?

Je suis autodidacte. Mes parents ne venaient pas du tout de ce milieu là. Enfant, j’ai fait de la poterie pendant une dizaine d’années mais j’ai été initiée à l’art par les musées et la culture en général. Adolescente, lors d’un voyage à New York avec ma sœur, j’ai découvert un Pollock. Je suis restée une heure devant le tableau. J’arrivais à voir les différentes couches en trois dimensions, c’était comme une sorte de méditation.
Suite à cette rencontre avec Pollock, je me suis demandé pourquoi je ressentais autant de choses face à quelque chose d’aussi abstrait. Et à partir de ce moment-là, j’ai fait plus de musées, d’expositions, j’ai assisté à des cours du soir, des conférences… Avec l’âge, j’ai commencé à me forger mon avis et mes préférences. En ce moment, je suis dans une période où j’essaie de faire des expositions ou des vernissages qui sont à l’encontre de ce que j’irais voir en règle générale. La photographie par exemple ne me parle pas, mais plus je fais d’expositions autour de ce médium, plus elle m’intrigue.

Ta découverte de Pollock est intéressante. Comment qualifierais-tu ton art ? Quelle place lui attribues-tu entre l’abstrait et l’expressif ?

C’est vrai que ça pourrait s’apparenter à de l’expressionnisme abstrait. J’y ajoute aussi des informations figuratives, des mots qui s’approchent d’un poème, subtiles et toujours implicites. Ces informations apparaissent comme une porte d’entrée indirecte dans la toile pour guider le spectateur vers un raisonnement ou un questionnement. Je qualifierais mon art comme des œuvres magiques, spirituelles, qui ont pour volonté de transporter le spectateur dans un univers parallèle. Je travaille avec les épaisseurs, la matière, la couleur et la lumière.

Inscris-tu ton travail dans une forme de performance lorsque tu peins ?

Oui, c’est un état d’esprit. Chaque collection a sa propre thématique, dans laquelle j’aime rester. Cela passe par la musique, la méditation, la littérature. Finalement, ça s’impose à moi comme un rythme. Je vais chercher la liberté autour de la toile. C’est cette liberté qui donne une expression dans mon tableau. Au contraire, si j’étais sur un chevalet, je me sentirais contrainte de peindre dans un cadre. Hors c’est vraiment une sensation, je veux qu’on ait l’impression que l’œuvre évolue en dehors de son cadre. Chaque œuvre a son rituel, son acte, sa propre performance.

Pièce issue de la collaboration artistique de Clara Tournay avec KAMAD Paris

Quelles sont les matières, les techniques, que tu aimes travailler ?

Avant tout, je vais chercher à créer des effets de lumière. Les jeux de lumière et d’émerveillement sont une source d’inspiration qui revient constamment. Je cherche à retranscrire la beauté de toutes les formes de reflets de la lumière. Pour cela, je travaille les pigments ; qu’ils soient naturels, métalliques, acryliques ou issus de matières un peu plus terreuses. Je recherche aussi le volume, l’épaisseur et la profondeur. J’utilise différents types de médiums pour réaliser le volume : le papier, le plastique recyclé, le tissu, l’argile, le café… J’utilise aussi de l’acrylique, que je travaille sur des formats liquides ou plus épais, avec de l’huile ou d’autres types de liants. D’ailleurs, je travaille la toile directement en la chauffant, la mouillant, ou parfois même en la déchirant.

Quel rapport entretiens-tu avec la couleur ?

Un rapport de coloriste, c’est-à-dire que je travaille les couleurs avec rigueur. Elles ont une importance énorme sur le message que je veux faire passer et sur l’harmonie du tableau. La palette de couleurs et les nuances sont analysées en amont. Ça marche de la même façon lorsque je suis en rapport avec la matière : les pigments, l’argile, les feuilles d’or, le café, les pigments de fleurs. Tout a un sens, un ordre, une rigueur, dans leur application sur la toile. Aujourd’hui, après avoir pratiqué la sculpture pendant 10 ans et utilisé les couleurs depuis, je me dirige vers des installations ou des sculptures qui vont donner une autre dimension à ce que je fais sur toile. Je me suis rendu compte qu’à travers l’installation, je pouvais exploiter une nouvelle dimension.

Quels sont les artistes ou les mouvements qui t’inspirent ?

Les impressionnistes comme Monet ou Seurat. La manière dont Monet a su sublimer la nature par exemple, et magnifier ce qu’il voyait. Actuellement, je puise plutôt mon inspiration dans l’art asiatique et japonais, notamment à travers le mouvement artistique ukiyo-e, qui signifie “image du monde flottant”, et plus particulièrement la façon dont ces artistes captent le mouvement présent, celui de la vie qui passe, tout en étant dans un état de contemplation du monde. Des artistes comme Hokusai ou Hiroshige sont fascinants dans leurs travaux d’estampes japonaises sur la nature et le quotidien. J’y vois un monde réaliste mais fantasmé. C’est poétique, simple et ça transmet une atmosphère. Je m’inspire aussi de Takashi Murakami et de son univers proche de la culture Otaku. Il crée un art à la fois “kawai”, dérangeant, joyeux et inquiétant. Et peut-être que son profil entrepreneur m’influence un peu ?

Et dans d’autres domaines que les arts plastiques ?

Le cinéma d’animation et le rapport homme/nature qu’on retrouve dans les œuvres de Hayao Miyazaki, comme Princesse Mononoké, Le voyage de Chihiro ou Le Château ambulant, m’inspire beaucoup. J’aime cet univers onirique où la nature reprend ses droits dans un monde détruit par l’homme.

Fais-tu appel à un.e scénographe pour tes installations ?

Non, je m’en occupe moi-même. J’ai beaucoup de questions au sujet des chaînes dans mes installations, je trouve ça intéressant. C’est un matériau brut, agressif, mais finalement ça fonctionne comme une sorte de maillage ; les maillons sont tous ensemble et travaillent ensemble.

Qu’est-ce que ton atelier dit de toi ?

Il dit que j’aime beaucoup les couleurs et la lumière.
Pratique. J’ai besoin de praticité pour pouvoir m’exprimer. J’ai un espace pour peindre au sol, un espace pour pouvoir réaliser mes prototypes, un autre pour expérimenter. Je dois pouvoir faire différentes choses à la fois, sans qu’une activité n’empiète sur une autre.

Quels sont tes prochains récents et à venir ?

En décembre dernier, j’ai eu une exposition à la galerie Elios, dans le centre de Paris, et un duo show avec l’architecte Shady Saba au sein de la galerie Simon Madeleine.
Du 6 au 19 mars prochain, j’ai une exposition solo prévue à la LooLooLook Gallery (Paris). J’avance également avec Théo Bellanger, mon agent, sur un projet au sujet de la fonte des glaces. Je dois trouver un espace ou un lieu d’art pour pouvoir l’exposer.

 

Retrouvez toute l’actualité de Clara Tournay sur son compte Instagram.

Propos recueillis par Amélie Casas

 

 

 

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