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Sélim Saiah : “Être peintre, c’est prendre la place du compositeur. “

Alix Plancade 19 juin 2020
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Rencontre avec Sélim Saiah, ce peintre au style figuratif, qui nous fait rebondir entre le monde théâtral et le paysage urbain.

Comment as-tu commencé la peinture ?

C’est une question que l’on me pose souvent et je ne sais jamais trop quoi répondre parce qu’en fait ça m’a toujours accompagné, j’ai toujours dessiné beaucoup surtout quand j’étais petit. Je peignais déjà un peu et je me trouvais bien là dedans. Après, l’idée d’en faire mon métier est venue beaucoup plus tard, quand j’avais une vingtaine d’années.

C’est pas très poétique de raconter ça mais à un moment donné je ne savais pas trop bien quoi faire de ma vie et je me suis dit que la seule chose qui m’intéressait vraiment c’était ça. Après c’est pas tout noir ou tout blanc, ça ne s’est pas tissé tout de suite dans ma tête. C’était ce qui m’intéressait donc j’ai fait des études là-dessus, sans non plus être convaincu que j’allais faire ça toute ma vie. Et puis les choses se sont installées petit à petit, comme une évidence finalement.

Quel a été ton parcours dans ce milieu ?

Mon parcours est un peu sinueux. J’ai commencé à peindre en étant très engagé politiquement, c’était dans les années 70 donc le monde était empreint de ça, il y avait une forte présence du discours politique dans tout ce qu’il se passait. C’était ma première démarche, et elle a encore été confortée car à ce moment là apparaissait la figuration narrative, et ce mouvement là m’intéressait. Donc je m’en suis rapproché un peu, ce qui m’a rapproché du théâtre. J’ai pris de plus en plus mes marques, je suis devenu un peu moins politique, les messages sont moins évidents et concernent plutôt mon sentiment par rapport à la société.

Comment es-tu entré dans le milieu des décors de théâtre ?

J’ai rencontré un peintre, Jean-Paul Chambas, qui était le scénographe de Jean-Pierre Vincent. C’était un milieu qui m’intéressait et j’ai pu participer à deux de ses décors. C’est là que j’ai rencontré Giulio Achilli, un peintre de décors, quelqu’un qui était assez merveilleux pour moi et qui m’a ouvert ses ateliers et son savoir. C’est quelque chose qui m’a tout de suite transporté de joie, parce que j’ai retrouvé des principes anciens de peinture qui étaient moins utilisés, c’était comme mettre mes pas dans les pas des anciens. Et ce qu’il y a de très joli aussi dans la peinture de décors c’est qu’il existe une transmission d’ateliers en ateliers, une transmission de maître à élève qui ne se fait pratiquement plus dans la peinture beaux-arts. Cet ensemble de choses a fait que ça m’enchantait un peu de manière romanesque.

Penses-tu que les peintures de décors ont influencé ta manière de peindre des tableaux ?

Techniquement, ça m’a apporté, mais en réalité non parce que c’est quand même un exercice très différent. La peinture de décors est un exercice technique sur de grandes surfaces, donc on a pas vraiment le droit à l’erreur, si tu te trompes tu passes un temps fou à rattraper, en plus des coûts de location des ateliers, donc il faut avoir une technique assez sûre dans ce métier. Mais il faut en même temps essayer de comprendre ce que cherche le scénographe, et d’avoir le rendu qu’il recherche, donc c’est un effet à la fois technique et sensible. C’est un peu comme être un violoniste lisant une partition, alors qu’être peintre c’est prendre la place du compositeur.

Quelles sont tes sources d’inspirations actuelles ?

Le quotidien, mais un quotidien qui reste très urbain alors que je suis de plus en plus à la campagne. J’ai beaucoup de mal à peindre la campagne, les paysages les choses comme ça. Je suis beaucoup plus centré sur les paysages urbains. C’est beaucoup de petits personnages dans une ville, c’est une peinture qui parle de la ville, de la solitude dans la ville.

Le sujet principal de tes œuvres ?

Une fois qu’on a dégagé les thèmes généraux, se pose le problème de la représentation de ce paysage, et en ce qui me concerne, je fais un gros travail préparatoire. Je ne suis pas capable de travailler directement sur la toile. Je travaille en général à partir de photos que, maintenant, je passe directement sur ordinateur et retravaille avec photoshop dessus. Je modifie beaucoup les idées d’éclairages, surtout de cadrage. La vision qu’on a aujourd’hui de l’image est une vision cinématographique, on ne peut pas avoir comme il y a 70 ans des images qui correspondaient plus à une vision classique de la peinture. On est obligé de raisonner en terme de plans cinéma, et je crois que mes peintures dégagent cette notion de cadrage et d’éclairage assez cinématographiques.

Combien de temps passes-tu en moyenne sur une toile ?

Il y a un travail de préparation qui peut être long, et je serais incapable de te dire la temps que j’y passe car souvent je prends une idée, que j’oublie, et que je peux retrouver six mois après. Mais à partir du moment où j’ai une maquette, une image qui correspond au sentiment que je veux évoquer, ça va relativement vite. Peut-être un jour, ou dix selon la taille et le nombre de détails. Ou bien parfois je vais mettre beaucoup de temps à trouver l’effet que je cherchais à donner. Je travaille souvent sur plusieurs toiles en même temps, j’ai besoin d’interruptions pour avoir un regard neuf sur ce que je fais, sinon je me noie assez facilement.

Les thèmes que tu explores le plus à travers tes toiles ?

Les thèmes principaux je pense que c’est la relation à l’autre et la solitude.

Selon toi, c’est quoi un artiste ?

C’est quelqu’un qui fait comprendre ce que les mots habituels ne font pas comprendre.

Pour en savoir plus sur l’artiste, rendez-vous sur son site

Propos recueillis par Alix Plancade.

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