Avec “Tanguy, le retour”, Chatiliez tente de remonter la pente
Celui qui démarra sa carrière en fanfare peine depuis plus de vingt ans à retrouver un quelconque succès public ou critique. Et c’est avec une suite qu’il tente de nouveau de renouer avec nous.
Pour Etienne Chatiliez, la vie est un long fleuve en décrue. Venu de la publicité, le réalisateur a explosé en 1988 avec un premier long-métrage devenu culte, La Vie est un long fleuve tranquille. Les Groseille et les Le Quesnoy, « c’est lundi, c’est ravioli », ou encore Jésus reviens par Patrick Bouchitey : la comédie est définitivement entrée dans la culture collective du public français. En prime, quatre millions d’entrées et quatre César : meilleur premier film, meilleur scénario (avec Florence Quentin, la complice des débuts), meilleur espoir (Catherine “Marie-Thérèse” Jacob), meilleur second rôle féminin (pour Hélène Vincent).
En 1990, Tatie Danielle a certes attiré un public moindre (“seulement” 2 millions de personnes), mais les vacheries de cette matriarche détestable ont tout de même marqué, à tel point que même les personnes qui n’ont pas vu le film sont capables d’employer aujourd’hui encore l’expression “Tatie Danielle” pour désigner une vieille personne aigrie. Trois nominations aux César supplémentaires, même si cette fois, le film ne gagne aucune statuette, c’est tout de même marquant.
Il faut attendre cinq années pour se délecter du film suivant : Le Bonheur est dans le pré, écrit comme les précédents avec Florence Quentin, permet à Michel Serrault, Sabine Azéma et Eddy Mitchell de s’en donner à cœur joie, au sein d’un film merveilleusement scénarisé. Avec 4,9 millions de spectateurs et spectatrices, cela reste à ce jour le plus gros succès du réalisateur.
Tanguy, qui sort en 2001, fonctionne très bien aussi, bien que l’écriture semble moins aiguisée, et que tout soit plus empesé que d’habitude. Cette fois, Florence Quentin n’est plus au scénario. Elle est partie tenter la grande aventure de la réalisation, ce qui ne lui réussira guère, de Olé ! en Leur morale… et la nôtre. Mais le film marche bien, avec 4,3 millions de tickets vendus, et là encore, l’expression “Tanguy” entre dans le langage public, pour désigner un homme qui a du mal à quitter le cocon familial.
Tanguy fait réellement figure de film-pivot : moins bon mais toujours aussi performant, il précédera trois autres longs-métrages, de bien moindre qualité, qui trouveront leur public de plus en plus difficilement. Ecrit avec le co-auteur de Tanguy, La confiance règne (2004) réunit moins de 500 000 spectateurs, malgré le duo Cécile de France – Vincent Lindon. Agathe Cléry (2008) fait mieux (1,2 million), mais c’est davantage dû à la curiosité vis-à-vis du sujet (la femme raciste jouée par Valérie Lemercier, qui un jour se réveille avec la peau noire) qu’à la qualité réelle du film.
Quatre années plus tard, c’est L’Oncle Charles (2012) qui enfonce le clou : malgré le retour d’Eddy Mitchell, le film est un ratage, et le public ne s’y trompe pas, puisque moins de 300 000 places sont vendues. Un coup d’arrêt terrible pour celui qui avait si bien su remplir les salles.
Chatiliez a pris son temps. Et le revoici finalement avec la suite de Tanguy, qui ne prétend pas révolutionner le genre, comme en témoigne l’affiche, sciemment calquée sur celle du premier volet. Le trio Berger – Azéma – Dussollier y reprend ses marques, pour montrer comment une rupture peut mener Tanguy à retrouver le foyer familial, à 44 ans. Le film bénéficiera-t-il de l’aura du premier volet, sorti il y a 18 ans ? Rien n’est moins sûr. Mais attendons de voir.
Lucile Bellan
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