0 Shares 758 Views

Cannes 2018, avant-propos

Pour la dixième année consécutive, Lucile Bellan sera à Cannes pour y couvrir l’intégralité du festival, de la compétition pour la Palme d’Or jusqu’aux sélections parallèles, en passant par tous les à-côtés de l’événement. À quelques heures de l’ouverture de cette 71e édition, il est temps de se mouiller la nuque avant de plonger dans le grand bassin…

Aller à Cannes comme une mauvaise habitude. Accro aux interminables files d’attente, au bip des badges, aux déjeuners sur le pouce, à l’affluence absurde à chaque montée de tapis rouge. Et puis au reste, au jingle du festival, ou de chaque compétition, au début de chaque séance, aux débats enflammés, au cinéma qui dégouline dans la rue hors des salles. Revoir les mêmes têtes toujours, faire partie pendant quelques jours de ce grand cirque.

Ces dernières années, il y a pourtant eu le scandale DSK le 14 mai 2011, et puis le festival après les attentats en France. Cette fois, après les mouvements #balancetonporc et #metoo qui ont ébranlé les plus hautes sphères de l’industrie du cinéma américaine, le festival a annoncé un tournant. Un demi-siècle après mai 1968, quand le Festival de Cannes avait accepté, à contrecœur, d’être impacté par le mouvement social qui touchait alors tout le reste de la France, l’institution de la Riviera affirme une nouvelle fois vouloir vivre dans son temps, des temps qui changent.

C’est une révolution douce qui est annoncée pour les prochaines semaines. Beaucoup des noms des grands réalisateurs dont on disait qu’ils “avaient la carte” ont fait place à des outsiders pleins de promesses, Un Certain regard a retrouvé son rôle de découvreur de talents et de cinémas du monde entier. Sans atteindre enfin la parité tant attendue, les femmes se frayent peu à peu une place dans le plus grand festival de cinéma du monde.

L’organisation traditionnelle qui donnait parfois aux journalistes et aux critiques l’opportunité de voir les films parfois avant même les équipes des films a également été bousculée. Thierry Frémaux a annoncé que, cette année, la priorité irait aux équipes des films et aux spectateurs. De même que des centaines de jeunes entre 18 et 28 ans sont attendus dans les derniers jours du festival. Après avoir envoyé leur lettre de motivation, ils profiteront de pass spécifiques pour découvrir les films.

Mais la vérité c’est que, même en pleine ère post-Weinstein, le festival restera le paradis des starlettes et de leurs admirateurs, que le tapis rouge et les robes des actrices resteront plus commentées que certains grands gestes politiques de films de pays émergents (comme Rafiki, premier film kenyan ouvertement lesbien présenté en sélection Un Certain regard mais d’ores et déjà interdit dans son pays). Et si de nombreuses réalisatrices vont pouvoir faire entendre leur voix sur la Croisette pendant cette quinzaine de mai, elles sont encore sous-représentées en compétition officielle. Mais le festival n’a pas encore officiellement commencé, et la révolution tant attendue pourrait encore se faire : tonitruante, par surprise, salutaire. Pour que le plus grand festival de cinéma du monde reflète à nouveau le monde dans lequel il se déroule.

Articles liés

L’ordre des choses – Théâtre de la Michodière
Agenda
32 vues
Agenda
32 vues

L’ordre des choses – Théâtre de la Michodière

A soixante ans Bernard Hubert s’est enfin fixé et vit le parfait amour avec Juliette qui a plus de vingt ans de moins que lui. Bernard Hubert et Juliette sa jeune compagne voient débarquer, Thomas, un séduisant trentenaire qui...

Sébastien Giray – Un bonheur acide !
Agenda
29 vues
Agenda
29 vues

Sébastien Giray – Un bonheur acide !

Dans ce nouveau spectacle d’humour musical, Sébastien Giray s’acharne à « trouver le bonheur » ! Malgré les coups portés par le quotidien, il élabore une stratégie toute personnelle… Textes percutants et incisifs, chansons drôlissimes, il propose un one-musical subversif...

« Quelque part dans le désert » – Ron Amir – Musée d’Art Moderne
Agenda
33 vues
Agenda
33 vues

« Quelque part dans le désert » – Ron Amir – Musée d’Art Moderne

Le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris accueille, du 14 septembre au 2 décembre, l’exposition « Quelque part dans le désert » du photographe israélien Ron Amir présentée au Musée d’Israël à Jérusalem en 2016. Composée de...