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    Carré blanc – film avec Sami Bouajila

    6 septembre 2011
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    Le spectateur de cinéma est-il masochiste ? On peut se le demander, lorsque hébété, on sort dans la lumière crue du jour, après une immersion totale. Ce film est une punition qu’on a aimé recevoir, un mal nécessaire. Il y a du Sade chez Leonetti, dans ce miroir sans concession qu’il nous tend. L’humanité est laide, et comme dans les films de Romero, on se demande si elle mérite d’être sauvée.

    Techniquement, la perfection du film est impressionnante. Le moindre plan, travaillé à l’extrême tant au niveau du cadre que de la lumière, est un bijou esthétique et froid. Comme dans l’œuvre de Stéphane Couturier, où chaque photo vide est à habiter, le spectateur doit se confronter à ce monde agonisant où l’homme est devenu un loup, ou plutôt un ours carnassier. Cependant, aucune anarchie dans cette société. Au contraire : le monde du travail, la famille, les relations sociales, filiales, amoureuses atteignent un paroxysme de perfection qui confinent à l’aliénation. L’Autre, devenu cet Étranger de Camus, ne mérite même plus la violence que l’on décharge sur lui, aveuglément. La métaphore du « monstre-à-voir » ou des « ours » divise l’humanité entre ceux qui sont restés humains, et ceux qui se sont vendus sans même le savoir, par instinct de survie. Le mode de fonctionnement est l’injonction lente, la suggestion doucereuse plus virulente qu’un ordre.

    L’esthétique du Carré blanc, violente forme géométrique, qui s’oppose à la rondeur maternelle depuis longtemps disparue, se déploie durant tout le film : une porte, une fenêtre, un spot de lumière, un pansement sur le poignet d’un ex-futur suicidé : le carré blanc, c’est aussi l’écran de cinéma, cette nouvelle fenêtre sur le monde, ce balcon vertigineux auquel il n’est pas bon trop se pencher.

    Le travail du son, impressionnant jusqu’à l’absurde, enferme le spectateur dans une schizophrénie immédiate ; tout souligne l’état de sursis : un pare-brise étoilé qui se fendille, une sonnerie stridente, une respiration, qui s’accélère…  Julie Gayet et Sami Bouajila forment un couple extraordinaire, dans cette déshumanisation permanente. Sans cesse sur le fil, ils se trouvent à tâtons, hésitent entre la haine, l’amour. La fin, à cet égard, est laissée à la discrétion de chacun : signe fort ou ultime tentative désespérée, le spectateur est laissé face à son choix.

    Inspiré des films des années 70, adapté du moyen-métrage de Leonetti Le pays des ours, Carré blanc est un voyage extraordinaire au coeur de notre société, demain, et peut être déjà tout-à l’heure. Pari réussi : vous recommencerez à respirer en sortant de la salle, mais vous compterez chacune de vos respirations…

    Mathilde de Beaune

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    Carré blanc

    Un film de Jean-Baptiste Leonetti

    Avec Sami Bouajila, Julie Gayet et Jean-Pierre Andreani

    Sortie le 7 septembre 2011

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